"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Josiane Balasko a écrit le scénario de son film « Cliente » il y a plusieurs années.Tous les producteurs l’ont refusé. Un film sur une femme de 50 ans qui s’offre les services d’escort boys de trente ans, sulfureux, ça, tabou ! Elle a donc transformé son scénario en un roman, qui a remporté un vif succès, preuve que quelque part, cette histoire parlait aux gens. Quatre ans après le livre, Balasko sort enfin le film dont elle a eu du mal à boucler le budget, la réticence des producteurs demeurant…
Bien ficelé et pas simpliste, « Cliente » peut donner lieu à des interprétations diverses selon l’œil avec lequel on le regarde : un sujet, c’est la rencontre entre une histoire, un auteur et les autres. Qui transforment l’histoire à l’aune de leurs propres fantasmes. Donc « Cliente », ce peut être :
-une fable moralisatrice sur la solitude des bourgeoises friquées qui se sont trop consacrées à leur boulot et pas assez à l’amour.
-un sujet sociétal sur le manque de fric qui pousse des hommes jeunes et mignons à monnayer leurs charmes pour payer leurs traites de fins de mois, sans penser pour autant qu’ils se prostituent. Un peu comme récupérer des choses « tombées du camion » ou pirater un compte sur Internet : de la débrouille.
-une comédie sur notre pauv’ monde où tout s’achète, y compris l’illusion de plaire et un peu de plaisir, du moment qu’on a les moyens. 
-une histoire de complicité et d’amour fraternel entre Judith la bourgeoise (Nathalie Baye) et sa sœur Irène (Josiane Balasko)
-une bluette sentimentale où la bourgeoise tombe amoureuse de son escort boy tandis que sa sœur, qui a toujours cru à l’amour, le trouve en la personne d’un Apache costaud et jovial ( joué par Georges Aguilar, mari de Balasko à la ville).
-une comédie sur la pesante promiscuité familiale qui fait fuir le héros- Marco l’escort boy, joué par Eric Caravaca- avec ces mots à Fanny, sa jolie épouse (Isabelle Carré) : « Ce n’est pas toi, c’est cette vie que je n’aime plus. »
-un film décontracté et drôle sur le sexe, la télé, la modernité des mœurs, etc.
C’est aussi pour moi- forcément- un film sur l’intimité. Car de façon moins poignante mais plus drôle que Patrice Chéreau dans « Intimité » (dont j’ai déjà parlé http://fsimpere.over-blog.com/article-7006466.html ) ce film montre un homme et une femme qui se retrouvent en principe juste pour le sexe et qui, lorsque cela se répète, et surtout lorsque l’échange cesse d’être marchand (Marco refuse un jour d’être payé) se découvrent intimes.
« Je suis bien avec toi », murmure Marco. Sa cliente qui n’en est plus une lui caresse les cheveux. Instant magique d’après le plaisir, où il n’y a plus d’enjeux puisque la séduction, l’orgasme, la performance, tout ce qui peut rendre le sexe anxiogène est passé. Ne reste que ce temps suspendu, hors monde, où les amants se sourient ou se caressent la joue, rêveurs, loin des rapports de force et des enjeux de la vraie vie.
« Mais tu l’aimes », répond Judith à Marco en parlant de Fanny. Oui, il l’aime. Il ne l’a pas quittée par désamour, mais à cause du manque d’intimité, justement, parce que la cohabitation avec une belle mère et une belle-sœur envahissantes l’ont fait fuir. Le temps d’une parenthèse intime avec une femme de vingt ans son aînée.
Cette intimité des amants, aussi mystérieuse que le désir et bien plus que l’orgasme ou les prouesses sexuelles, si raffinées soient-elles, cette intimité qui n’est pas de l’amour mais fonde cependant des attachements durables au-delà du sexe, cette intimité vitale après laquelle courent sans doute tant d'hommes et de femmes depuis que le monde existe, voilà ce sur quoi j’aimerais écrire. Le titre serait simple : Journal intime.