"Faire d'un rêve une réalité": Humeur, humour, coups de gueule et coups de soleil.
Vu le documentaire « La cuisine des sondages » : le réalisateur a suivi le travail de l’Institut Ipsos entre octobre 2006 et mai 2007. Des moments drôlissimes, quand pour rentabiliser le travail des enquêteurs, on demande simultanément au quidam pour qui il pense voter au premier tour et s’il lui est arrivé d’utiliser des sex toys pour augmenter son plaisir. J’ai demandé à Pierre Giacometti, directeur d’Ipsos, si la préférence électorale pouvait se corréler au comportement érotique. Il a eu l’air troublé par la question, il ne savait pas. J Moment surprenant, celui où les responsables d’études redressent les résultats en fonction d’équations étonnantes qui mêlent précision arithmétique, pifométrie évidente et intuition, avec un bon résultat cette année, et les erreurs que l’on sait en 2002 et en 2005 pour le référendum sur l’Europe.
La vraie question, n’est cependant pas celle de la précision ou de l’exactitude des sondages, mais celle de leur rôle. La main sur le cœur, les instituts vous assurent que les sondages n’influencent en aucune manière les citoyens. Cependant, quand CSA a présenté François Bayrou à 24% (+7% par rapport au sondage précédent), les autres Instituts ont vu aussitôt la cote de FB monter. Non pas parce qu’ils ont bidouillé leurs chiffres pour imiter leur concurrent, non. Tout simplement parce que ce sondage avait influencé les électeurs. La réponse « mais non, ça n’influence pas les électeurs, ils sont libres », me fait penser aux publicitaires jurant leurs grands dieux que la pub pour les cigarettes ou le coca ne pousse pas les consommateurs vers la malbouffe.
Démonstration inverse : l’Institut français d’Education pour la Santé voulait faire des spots pour apprendre aux français à mieux se nourrir. L’ANIA, qui regroupe les industriels de l’agro-alimentaire, s’y est opposée par une lettre comminatoire, estimant que ces spots pourraient porter préjudice aux produits agro-alimentaires. (aveu flagrant au passage qu’ils sont incompatibles avec une nourriture équilibrée !!!) Aveu aussi que la pub influence, puisque même les spots modestes de l’INPES sont redoutés. Que dire des spots brillants et coûteux de la vraie pub, celle des multinationales genre Nestlé dont je vous parlais récemment ?
D’ailleurs, soyons sérieux : si la pub n’influençait pas les consommateurs, pourquoi diable les industriels dépenseraient-ils des milliards en publicité ?
Si les sondages n’influençaient pas les votes, pourquoi diable les candidats en commanderaient-ils en permanence, au prix où c’est ? (de 5000 à 50 000 euros selon le type d’enquête).
Et c’est là que pèche la démocratie, car de l’aveu même des Instituts, seuls les candidats soutenus par de gros partis, avec de gros moyens, sont leurs clients, les autres n’ont pas les moyens.
Dans le cadre de l'aide aux petits candidats, j'ai donc choisi de faire de la pub, gratuite, à celui-ci qui a une bonne bouille.
L’élection fonctionne alors sur le même principe que la pub : matraquage et occupation du terrain. Le problème est que ça ne prouve pas que le produit soit bon, mais juste qu’il est bien marketé. Conclusion de Giacometti : « Vous savez, en France, on reste raisonnable. Aux Etats-Unis, il y a longtemps que la politique n’est que du marketing. » Ben justement, c’est bien inquiétant quand on voit le résultat…

