Le Grenelle achevé, tout le monde se fout de l’environnement : dans un an, OGM , pesticides, carburants et nucléaire continueront de polluer ( n’oublions par que si le nucléaire ne produit pas de dioxyde de soufre ou d’azote, il dégage de la vapeur d’eau brûlante et des déchets radioactifs qui s’accumulent) . Sauver la planète ? Oh ouiiiii !!!! Mais pas question de changer un iota de ma vie pas forcément heureuse mais dont j’ai l’habitude, et changer ses habitudes aïe, aïe, aïe… Comme disait une journaliste d’Europe 1, « c’est dur d’être écolo, moi qui adore les bains » . Se passer d’un bain de 200 litres d’eau, quel l’enfer ! Qu’un africain consomme en moyenne 20 l pour se laver, boire, et faire la cuisine, cette journaliste l’ignore sans doute, c’est fou ce qu’il existe aujourd’hui de gens qui n’ont pas idée de se qui se passe au-delà du périphérique (La meilleure d’un copain : « Viens plutôt chez moi, chez toi c’est trop loin ». Comme je lui faisais remarquer que le chemin de chez moi à chez lui devait sensiblement être aussi long que l’inverse, il rétorqua, superbe : Oui, mais moi j’habite Paris. » )
Pour en revenir à l’écologie, pourquoi ce tollé contre Chris tine Lagarde ? Le choquant, c’est que cette femme quelque peu « Madame- Figaro –prout- ma -chère » propose aux autres ce qu’elle ne fera jamais elle-même, à savoir délaisser autant que possible la voiture au profit du vélo, de la marche ou des transports en commun. La manie des ministres de sauter dans un avion à tout bout de champ ne donne certes pas l’exemple, et je ne parle pas de Nicolas S. j’aimerais lui faire son bilan équivalent Carbone à ce Président qui déclame tant d’intentions écolos . Mais le conseil en soi de Chris tine Lagarde n’est pas idiot, il aurait été donné par Nicolas H ulot lors d’une de ces soirées « Spécial environnement » qui fleurissent sur toutes les chaîne s (quand je pense qu’il y a 4 ans, on m’a refusé deux projets d’émissions écolos au motif que ça n’intéressait personne…) tout le monde aurait voté oui au vélo, pedibus et autobus. 87% des français pensent qu’il faut réduire l’utilisation de la voiture. Ce n’est donc pas le conseil en soi qui est à rejeter, mais le fait qu’il est donné par une ministre dont l’objectif affiché est de décomplexer les riches est de réhabiliter l’argent dont on ne savait pas, le pôvre, qu’il était si mal en point dans un pays où les hauts revenus ont progressé sensiblement, jusqu’à atteindre + 172% pour le salaire présidentiel. Et comment réhabiliter l’argent, notamment des pétroliers : 12 milliards de bénéfices annoncés par TOTAL pour 2005, avant même la hausse du prix du brut. Comment ? En faisant clamer au bon peuple qu’il veut son auto, qu’il veut pas de vélos ! Et tant pis pour l’effet de serre, tant pis pour la pollution génératrice de troubles pulmonaires et de cellules cancéreuses (le 95 sans plomb contient une dose de benzène dix fois supérieure aux doses admises comme cancérigènes), tant pis pour l’épuisement des ressources pétrolières, les générations futures se débrouilleront.
Idem pour la consommation. Vouloir un taux de croissance et une consommation toujours plus élevés dans une planète aux ressources limitées est un non-sens. D'ailleurs le bonheur ne se résume pas à un taux de croissance, et tant mieux, car sur une planète où 80% des ressources sont accaparées par 20% de la population, ça ferait 80% de malheureux, ce qui est heureusement faux. Sans compter les riches pas heureux.
Donc, sachant que consommation et bonheur sont deux choses différentes, sachant que depuis plusieurs années on s’insurge contre la débauche com merci ale qu’est devenu Noël, sachant que les gens ont surtout besoin de considération, de fraternité et de convivialité, valeurs non monnayables, il est réjouissant que 26% des français envisagent de dépenser moins pour les Fêtes. Mais non, les medias larmoient sur la misère de ceux qui ne partiront pas en vacances ou se passeront de foie gras ou de champagne à Noël. N’est-ce pas indécent de s’indigner de ne pas surconsommer, de s’en mettre plein la lampe pour se précipiter le lendemain sur les articles « comment gérer les excès de Noël avant ceux du Nouvel An ? » puis d’acheter des kits de régime hors de prix afin de perdre les kilos laissés par la dinde aux marrons et les chocolats ? Tandis que des pauvres, des vrais, dorment dans le froid, ou alors bravent la mort et la prison pour quitter des pays de misère ou des dictatures hostiles. Où, c’est sûr, il fait chaud et comme dirait Aznavour « la misère est moins pénible au soleil ».
Ca m’énerve, cette incohérence entre la débauche de sentiments et la réalité cynique, cette façon de larmoyer sur la misère puis de faire un détour pour éviter le mendiant du quartier, ça m’énerve d’entendre un adhérent du MEDEF dire dans le doc « J’ai très mal au travail » : « Autrefois on s’affrontait en faisant la guerre, aujourd’hui c’est dans l’entreprise. » Ca m’énerve de lire sur une affiche de pub du T GV pro : « Ici la guerre économique fait rage, mais elle ne fait pas de bruit. » Ca vous manque tellement la guerre, les mecs ?. Il vous en faut toujours, des terrains de jeux où prouver que vous êtes fort et puissant en écrasant le voisin ? La virilité, pour vous, c’est toujours la violence ? Ou, plus cyniquement, la guerre ne vous intéresse-t-elle que parce que le marché des armes est le plus lucratif au monde, avant ceux de la drogue, de la prostitution et de la publicité ? Et qu'une pub de voiture vous a mis dans la tête « Il a l’argent, il a le pouvoir, il aura la Femme. »
Cette société n’est plus immorale, elle est a-morale. Le mot morale semble désuet, presque, au point qu’être honnête, aujourd’hui, rime avec être bête. Exemple : « Tu déclares tous tes revenus ? T’es maso ou quoi ? »
