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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 18:59

2 novembre, Jour des morts, profitons en pour en parler, puisque ce sujet concerne tout le monde, riche ou pauvre, homme ou femme, beau ou laid. Sauf que la mort, Coco, on en parle peu. C’est sujet quasi secret défense. Dans nos civilisations occidentales s’entend, parce qu’en Afrique, au contraire, comme me disait mon frère après 4 ans de Bénin et de fréquentation de villages reculés « ils s’occupent davantage des morts que des vivants. » Quant au culte des ancêtres en Asie, je ne vous dis pas… Mais en Occident… Il y a quelques années, avec un ami, j’avais proposé à un groupe de presse un projet de trimestriel tournant autour de la mort. Il possédait déjà des magazines pour les bébés, les petits, les écoliers, les lycéens, les adultes, les jeunes retraités, les vieux et les impotents. Ca me semblait logique de compléter leur collection. L’idée m’était venue quand une amie m’avait dit « je dois aller à un enterrement juif, est-ce que tu sais si on y envoie des fleurs ? »  Je n’en savais fichtre rien, et je m’aperçus alors qu’on est hyper ignorant de ce qui concerne la mort, les rites, les cultures, la loi … jusqu’à y être soi-même confronté.

J’ai raconté dans « Aimer plusieurs hommes » comment un copain de 16 ans (j’en avais 14 et demi) s’était noyé. Deux heures plus tôt, je riais avec lui. Cette expérience selon laquelle on n’est jamais sûr qu’une personne qu’on aime sera là le lendemain a sûrement été primordiale, fondatrice, dans ma vision de la précarité des choses et des êtres, et, paradoxalement, de l’éternité des sentiments puisque je n’ai jamais oublié ce garçon qui n’était pourtant même pas un amoureux, mais juste un bon camarade: "jamais au grand jamais son trou dans l'eau ne se referma". Il m'avait très tôt confrontée à ce fait mystérieux de la disparition irrémédiable. Je me souviens m’être dit avec une sorte de curiosité: « lui sait ce qu’est la mort », et avoir aussitôt compris que cette expérience universelle puisqu’on y passe tous, est indicible. Entre la vie et la mort, il n’y a que l’arrêt d’un souffle et la phrase rituelle « c’est fini » que prononce le médecin, le pompier ou tout autre témoin présent, sauf les proches qui n’y veulent pas croire et murmurent si souvent « ce n’est pas possible ». Il suffit de mourir - c’est tout simple, même les imbéciles y arrivent - pour être à jamais incapable de communiquer cette expérience. A l’inverse, aucun vivant ne devrait s’autoriser à préjuger de ce qu’est la mort. Il n’en sait rien.  

Qu’il s’abstienne de dire « c’est une belle mort » (ça veut dire quoi ?), « il (elle) n’a pas souffert » (qu’est-ce qu’il en sait, le vivant de service ?) « les plus malheureux sont ceux qui restent » (est-ce bien sûr ? Ce sont pourtant ceux qui restent qui iront, après les obsèques,  déjeuner ensemble et goûter cette chaleur toute particulière des retrouvailles familiales d’enterrement. Ce sont les vivants qui, quelques mois après, feront des projets de vacances ou vivront de belles amours…) Bizarre aussi cette certitude assénée par les prêtres selon laquelle le défunt a rejoint Dieu et connaît le bonheur de la vie éternelle… sans supposer une seconde que ledit défunt a pu mériter l’enfer ou au moins le purgatoire dont on nous a bassiné toute l’enfance pour nous faire peur au moindre péché véniel. Les morts, disait Brassens, sont tous de braves types, mais cette unanimité est bien agaçante à l’enterrement de certains dictateurs et salauds intégraux qui ont du sang sur les mains, le malheur de milliers de gens sur la conscience et qu’on bénit d’un goupillon oublieux.

Et puis d’ailleurs, qui sait ici-bas ce qui se passe après la mort ?  Par mesure d’économie ménagère, je pencherais volontiers pour la réincarnation qui évite qu’une âme ne serve qu’une fois, mais j’avoue n’avoir aucune certitude… Alors quand je mourrai, j’aimerais qu’on évite les lieux communs et que tout simplement on se souvienne des jolis moments de vie partagés.



 

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Published by Françoise Simpère - dans Humeur
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commentaires

reynald 03/11/2009 23:29



Chère Françoise,


                              
tu nous amènes encore un grand débat.
La mort et la civilisation occidentale.
C’est tout un poème, parce que c’est une hypothèse... n’entend-on pas dire SI JE MEURE.
Je ne partage pas cette façon de voir, ni la façon occidentale de cacher la mort. En juillet, ma compagne et moi avons vécu sa propre mort. Elle a lutté ce qu’elle a pu pour vivre et se soigner,
faire des projets pour après aussi. Lorsque le verdict médical est tombé, d’abord, elle le savait déjà et elle a consciemment  vécu sa fin de vie à la maison, triant ce qu’elle
devait  et pouvait encore faire avant de poser le point d’orgue de sa vie.
C’était (et c’est toujours) une immense émotion, mais sans tristesse. Chaque jour était un pas de plus vers la mort,  et finalement ce qu’il y avait de particulier n’est que le
fait qu’ils étaient les derniers.
Je vais probablement passer pour un illuminé, puisque çà ne correspond pas avec la religion catholique, mais ce n’est pas grave…
Sa dernière nuit me fut aussi particulière. J’avais été me coucher à env. 1h30. A 3 h j’ai été réveillé en sursaut, j’ai été la voir, elle était calme, couchée en chien de fusil. Un petit mot, un
baiser, une caresse et je retourne me coucher. A 6 heures, rebelote, réveil en sursaut comme çà ne m’est jamais arrivé en plus de 60 ans de vie, et je savais, en allant la voir, que je la
trouverai morte. Elle s’était mise sur le dos, les mains jointes. Il n’y a pas eu la phrase rituelle du toubib. Sa mort est estimée à 03h15. Avant de mourir, elle avait ressenti le besoin d'un
dernier adieu.
Je n’ai jamais cru qu’il me serait aussi facile de côtoyer la mort.


J’ai fait sa toilette avec l’infirmière et je l’ai gardée à la maison jusqu’aux obsèques.


La mort redevient une péripétie naturelle de la vie dès que le fait de mourir est accepté, ainsi que son absence de date de péremption. Demain ou dans 50 ans, finalement
qu'importe, si ce n'est ce que nous avons fait, vécu, semé avant.
En parler, c’est toujours une grosse émotion, mais c’est sans tristesse.
Hormis la douleur qu’il était difficile de gérer, ma compagne a été, comme elle le voulait, consciente de sa mort, jusqu'au dernier souffle qu'elle craignait de devoir faire subir. En ce sens, je
crois pouvoir dire que ce fut une belle mort.
Mais il est vrai que nous avons la conviction du recyclage des âmes, mais c’est un tout autre problème.
Amitié
Reynald




seignez denis 03/11/2009 15:09


Très  intéressant le sujet de la mort . J'ai ressenti un grand soulagement  le jour
ou j'ai eu une expérience  en dehors de mon corps.Ce jour là J'ai eu la preuve  que je n'étais pas un morceau de viande  mais un être spirituel immortel. Hélas tout le
monde n'a pas ce genre d'expérience bien utile.
Le gros problèmes des occidentaux est qu'ils s'identifient à leur corps! Grosse erreur! Lorsque quelqu'un meurt c'est uniquement le corp qui meurt . La personne, l'unité de conscience , l'être
spirituel continue son petit bonhomme de chemin probalement avec  une nouvelle identité .
Livre très sympa à lire sur le sujet " La vie après la vie " du docteur Raymond Moody paru chez Robert Laffont en 1977.
N'ayez pas peur ce n'est pas si terrible après tout .  Amitiés , Denis


françoise 03/11/2009 12:44


à SF: t'es sûr que ce genre d'email est compris dans to forfait?
à Guy: minutes d'exception, en effet...
à UT: Bien fait d'en parler?
à TB: je me demande d'ailleurs si la morgue (sans jeu de mots) de nos politiciens bient de ce qu'ils appartiennent pour la plupart aux baby-boomers, qui ont connu très peu de mortalité infantile,
et arrivent à 70 berges en se croyant toujours éternels.
à Jean marc: le passé n'est jamais simple, l'imparfait comme son nom l'indique, le futur incertain, reste le présent à saisir avant qu'il ne passe.
à Andiamo: t'inquiètes pas, j'ai du souffle et de la constance: j'arrive à récolter plus de 50% des pommes à propos :)



Andiamo 03/11/2009 10:45


Respire fort Princesse... Que le souffle de la vie te pénètre.


Jean-Marc 03/11/2009 08:46


brecht : " l'avenir de la réalité n'a d'intér^t que vu d'en bas". Seul le présnt existe à notre conscience. Le passé n'est qu'une ré-invention présente, une réappropriation, quand au futur, il
n'existe pas car il nécessite une rupture de sysmétrie pour se céer qui naît à chaque instant d'un pure hasard, d'un pur chaos physique.


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