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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 15:17

( Extrait de Jouer au monde" J'ai Lu, 2012)

... Le camarade syndiqué devint directeur de cabinet d’un ministre et jouit sans retenue des privilèges de son rang. Il s’amusait à traverser tout Paris en voiture de fonction cernée de motards, et faisait des chronos avec l’un de ses homologues, ancien compagnon de Groupes d’Action Révolutionnaire :

« Vingt minutes pour gagner Orly à 18h, tu dis mieux ?

... Quatre ans après sa nomination, il avait pris du poids et perdu sa tignasse rebelle, s’exprimant à présent dans un langage contraint où « l’idéologie à l’épreuve des faits » remplaçait le merveilleux « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Marine en fut blessée à l’aune des espoirs qu’elle avait nourris et se demandait, comme pour un amour déçu ou trahi, à quel moment, et pour quelle raison on lui avait menti.

« Ils avaient des idées et pas le pouvoir de les réaliser. Ils ont aujourd’hui le pouvoir, mais plus la volonté de réaliser leurs idées », se plaignait-elle à des amis tout aussi désappointés.

- Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument », lui rétorqua un camarade énarque, ravi de cette citation qu’il présentait comme une fatalité quasi biologique. Marine n’était pas loin de partager cette opinion, mais elle en resta meurtrie et son appétit de vivre s’en ressentait toujours, quelques cinq ans plus tard.

Vivre, oui, mais ailleurs, en marge, à côté… Loin de ce monde qui basculait irrésistiblement vers l’injustice sous couvert de modernité.

+ + +

Dehors, elle fut saisie par la quantité de cars de police stationnés autour des bouches de métro. De braves touristes cherchaient à se rendre aux Champs-Élysées et demandaient leur chemin à des CRS de province venus prêter main forte à leurs collègues... Une clameur lui fit tourner la tête. Le cortège des personnels soignants arrivait sur la place. Les manifestants étaient très nombreux, jeunes pour la plupart.

Un appel la fit sursauter :

- Marine ! Ma- rine !

Elle chercha d’où provenait la voix. Une main s’agitait au-dessus des têtes. Marine reconnut Anne-Marie. Elle fendit le cordon de sécurité et rejoignit son amie.

- Ça alors, quelle surprise ! Ça fait plaisir de te voir !

- Moi aussi. Depuis combien de temps ?

- Je dirais bien … trois ans ?

- Au moins, oui. Comment vas-tu ?

- Ça va. Et toi ?

-On fait aller, sourit Anne-Marie. Les conditions de travail se dégradent, les camarades sont de plus en plus mous, le pouvoir de plus en plus dur. La routine, quoi ! ...

- En tout cas, votre manif d’aujourd’hui est un succès !

- Encore heureux, soupira Anne-Marie, ça fait des mois qu’on remue les camarades pour organiser l’action. J’ai pas dû passer deux soirs de suite à la maison depuis la rentrée de septembre.

- Les troupes ne sont plus motivées ?

- Ce n’est plus pareil. Avant, on manifestait avec l’espoir que ça change, c’était plutôt gratifiant. Aujourd’hui c’est par désespoir que ça n’ait pas changé. Les revendications sont pratiquement les mêmes, mais le cœur y est moins. Pas évident de manifester contre un pouvoir dont on avait tellement rêvé !

La semaine dernière, je me suis défoncée pour trouver un logement et des vêtements pour une famille expulsée. Le père est venu me dire que les vieilleries que je leur avais envoyées, je pouvais les reprendre. Il exigeait des habits neufs et à la mode!

- C’est dingue !

- C’est comme ça. Si tu exceptes les mecs qui dorment dehors, ce qu’on appelle pauvreté à Paris ferait rêver plus d’un Africain ! Pas pour rien qu’ils veulent venir.

-C’est toi, la communiste, qui dit ça ???

-Eh oui ! Sans doute parce que je les côtoie plus que toi, les pauvres. Souvent je me dis que si le Che revenait, il découvrirait avec stupeur que l’Homme nouveau et fraternel dont il rêvait n’existe pas. Y a des exceptions, bien sûr, mais globalement c’est plutôt chacun pour soi.

... Anne-Marie sourit :

-Je garde mes idéaux, rassure toi. Mais le scandale aujourd’hui, c’est moins la pauvreté que la richesse indécente de certains, qui sont de vrais parasites. L’argent pour l’argent, sans la moindre idée d’intérêt collectif. Les usines paternalistes d’autrefois étaient moins pires ! Alors m’être tant battue pour en arriver là, tu comprendras que je fatigue. J’en ai marre de perdre mon temps en réunion. Les gars s’en foutent, ils n’ont que ça à faire après le boulot, mais moi j’aimerais bien voir davantage les enfants, lire, faire autre chose, quoi ! Quand j’ai aidé trois mourants à passer, j’ai envie de me consacrer à du plus gai que les cas sociaux.

Elle but une gorgée de son chocolat qui avait refroidi et manquait d’arôme. Dehors le ciel était bas, les voitures circulaient mal. C’était un temps d’automne en plein hiver, un temps de fin d’époque, début de quelle autre ?

Marine écouta longuement son amie et décortiqua avec elle les caprices de la vie, avec l’impression mitigée de vivre un instant d’amitié important et d’agiter des lieux communs.

- Plus les années passeront, songea-t-elle, plus je rencontrerai de ces gens blessés par la vie, plus tout neufs mais pas encore assez vieux pour encaisser le choc du temps et des désillusions. »

Elle se demanda fugitivement si la vie valait la peine d’être vécue pour assister à cette déliquescence universelle, puis sourit en regardant sa montre : dans quatre heures, elle avait rendez-vous avec le Brésil.

 

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 15:15

Je l'avais vu dans un reportage, sur LCP je crois. Il devait participer à une émission télévisée et était arrivé dans son Q.G fatigué, vidé. Son assistante lui avait proposé un café, il avait décliné l'offre: "Non, si je prends un café, ça va m'énerver et je risque de dire des bêtises. Je vais plutôt dormir une demi-heure, j'en ai besoin."

Je l'avais vu lors d'un meeting sur le Droit au Logement répondre à un militant qui lui reprochait d'être un "bourgeois bien logé"  (par parenthèses, quelle insupportable réthorique, celle qui voudrait qu'on ne saurait être "de gauche" sans être pauvre, surtout si l'on regarde le vote réel des pauvres... quand ils votent) Il avait répondu: "C'est vrai, je suis bien logé, il y a du chauffage chez moi (on était en hiver). Mais justement, je ne peux pas me sentir heureux quand je rentre dans un appartement confortable si dehors, il y a des gens qui dorment dans le froid." On peut dire que c'est une motivation individualiste, sensible, mais elle ne l'a jamais empêchée, au contraire, de développer des analyses globales, historiques et politiques.

Aujourd'hui, les jurnaux titrent avec délectation sur la fatigue,voire le renoncement à la politique de Jean-Luc Mélenchon. Lui a simplement précidé qu'il avait besoin de prendre du recul et de dormir. D'arrêter, en somme, d'être le nez dans le guidon.

Dussé-je en choquer beaucoup qui n'ont à l'esprit que ses emportements complaisamment provoqués et filmés par les médias,  je trouve admirable cet homme politique capable de prendre du recul avec la drogue quotidienne qu'est l'approche du pouvoir et la griserie médiatique. Tout comme, dans un tout autre genre, j'ai apprécié qu'un Xavier Dolan (le cinéaste Québécois "prodige") adulé, primé à Cannes et en pleine ascension, déclare avoir besoin de prendre un an sabbatique pour faire des études et avoir le temps d'aimer les gens qu'il aime. C'est tellement rarissime d'avoir envie de réfléchir avant d'agir.

an01r__dit_.jpgC'était le slogan de l'An 01: "On arrête tout, on réfléchit, et c'est pas triste".

Jean-Luc Mélenchon fait à voix haute le constat que les gens de gauche- je dis bien de gauche- font avec tristesse: la droite, comme le constatait le milliardaire Warren Buffet, a gagné la guerre idéologique. (aujourd'hui, l'extrême-droite aussi gagne du terrain) au point qu'il devient impossible d'espérer changer l'Ordre Economique Mondial  par la voie démocratique, le pouvoir des 10% qui possèdent 90 (ou 99?)% de la richesse du monde s'y opposerait immédiatement. Ne reste qu'une alternative: faire un pas de côté et vivre "autrement" à partir d'initiatives locales, sociales et solidaires en espérant qu'elles feront tache d'huile et dessineront un monde plus juste. Ou préparer une révolution qui ne pourrait être que violente face aux forces en jeu en face.

Le premier terme de l'alternative existe déjà, et je me réjouis de constater ici et là la multiplication des comités solidaires, logements partagés, agriculture paysanne,  polyamoureux, énergies écologiques, libertaires, anarchistes, féministes...  tout en sachant que ces initiatives restent si marginales face au bloc de la  pensée libérale que je n'en verrai pas le résultat global de mon vivant.

Reste l'hypothèse violente, qui a fonctionné en 1789, mais au prix de combien de vies, et pour quel résultat  225 ans plus tard?  Cela mérite largement un temps de réflexion au calme, de vacances au sens de "faire le vide" pour mieux le remplir d'une pensée claire et non polluée par l'agitation et la propagande.

Alors bonne vacance Jean-Luc, et bonnes vacances à tous!  

 

gour tazenat2



 



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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 09:38

acropole2Les polars ont l'avantage d’expliquer et de faire vivre de l'intérieur des situations que les débats d'experts et même les documentaires ont du mal à clarifier. C'est ainsi que depuis 2010 Petros Markaris raconte la crise grecque à travers les aventures du commissaire Kostas Charitos, flic banal mais tenace, aux prises avec des criminels hors du commun.

adiamantisAprès « Liquidations à la grecque » et avant « Pain, éducation, liberté » « Le justicier d'Athènes » met en scène un mystérieux « Percepteur national » qui assassine méthodiquement les grands fraudeurs fiscaux. A la ciguë, et ce n'est pas par hasard. ( au passage, la ciguë a l'air bigrement efficace pour occire discrètement son prochain...). Dans le même temps, Katerina, la fille chérie du commissaire, lasse de bosser bénévolement, envisage de s'exiler dans l'espoir de gagner un peu d'argent. Les exilés Grecs d'autrefois faisaient partie du peuple le plus pauvre, ceux d'aujourd'hui sont souvent très diplômés, et amers de voir leurs efforts réduits à néant.

Affiche Qdeg A3 Vive la crise brute 2 versions 1Petros Markaris- ou est-ce le traducteur ? - ne s'embarrasse pas de style littéraire et de réflexions métaphysiques à la manière d'un San-Antonio. Le commissaire Charitos mène son enquête avec la bonhomie et l'obstination d'un Maigret et une véritable obsession des embouteillages à Athènes. Ce faisant, par petites touches il révèle à travers une foule de personnages- politiciens, hauts fonctionnaires, entrepreneurs véreux- les raisons de la crise grecque qui n'a aucune raison de s'arrêter tant que ceux qui ont créé cette crise restent aux commandes du pays. Il décrit aussi les petites lâchetés et les grands désespoirs des Grecs, mais également ce qui les fait tenir : une solidarité familiale sans failles, le goût tenace des repas de famille et d'amis qu'on bricole avec ce qu'on a, ainsi que le désir d'en découdre avec ceux qui les ont menés là, de les faire payer...

Dans les romans de Markaris, les victimes sont généralement des personnages immondes, et les criminels des personnages blessés ou révoltés par les injustices. Ce qui les rend sympathiques et révèle sans doute dans l'inconscient de l'auteur, et peut-être de tous les Grecs, le désir de tuer, au moins symboliquement, les responsables de la crise.

51B8+DlnHQL. SY445Excessif ? Exagéré ? Un récent documentaire « Qui veut la peau de Bernard Tapie ? » diffusé sur France 5 montre encore une fois la réalité plus stupéfiante que le polar le plus échevelé. Charismatique, charmeur autant qu'exaspérant, Tapie a été tour à tour manipulateur et manipulé tant par la gauche que par la droite, avec un cynisme total. L'utilisation de Tapie par François Mitterrand pour contrer Michel Rocard, puis par Nicolas Sarkozy pour être élu en 2012 moyennant ensuite le fameux arbitrage qui nous a coûté quelques 400 millions d'euros mettent en évidence un Tapie voyou mais aussi ministre, emprisonné pour dérapages financiers multiples, mais encensé par les fans de l'OM, comédien au théâtre mais aussi (surtout?) dans la vie. De quoi réaliser une série politico-financière qui paraîtrait invraisemblable si elle était présentée comme une fiction...

Chez ces gens là, Monsieur, on brasse en toute impunité des millions d'euros ou de dollars, on joue avec les peuples comme avec des pions d'échecs, et lorsqu'on échoue, on invoque une « crise » mythique, comme une fatalité, en exigeant que paient ceux qui n'y ont joué aucun rôle. Comme le dit le « Justicier d'Athènes » à la fn du livre : « L’État grec est la seule mafia qui a fait faillite, toutes les autres sont florissantes. »

 

markaris

 


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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 12:26

 

 

Ce qui rend l'humain humain, c'est la culture. J'ai déjà écrit icique si l'homme préhistorique, après une journée épuisante à traquer le mammouth, avait éprouvé le besoin de dessiner sur les grottes sans espoir d'avoir un public et des acheteurs pour ses œuvres, c'est que la culture est plus qu'importante : essentielle. L'essence même de la civilisation. Que retient-on d'un pays? Les Pyramides d'Egypte, la muraille de Chine, les églises de tous styles, la Bible, Léonard de Vinci, Victor Hugo, Bach, Mozart ou Miles Davis, les thermes romains, les temples Incas ou Hindous, les peintures aborigènes, les sculptures du Zimbabwe, les masques Vaudous, toutes les musiques... Si la France demeure la première destination touristique au monde, c'est certes parce que ses paysages sont magnifiques et qu'on y mange bien- la cuisine étant en elle-même une culture- mais aussi parce qu'on y trouve, sur un territoire pas très grand, un concentré unique d’œuvres d'art de toutes les époques. Si les Américains et les Australiens découvrent sur le tard les Indiens et les Aborigènes qu'ils ont massacrés et appellent désormais « natives» pour signifier qu'ils sont à l'origine de leur pays, c'est bien parce qu'il est important de savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va.

Une civilisation qui néglige la culture cesse rapidement d'être civilisée. J'ai connu un homme avec qui les discussions s’achevaient souvent par une explosion de violence de sa part quand nous n'étions pas d'accord. Un jour où je lui en fis la remarque, il répondit : « Oui, mais toi tu maîtrises les mots, moi je n'ai pas fait assez d'études. Alors quand je ne trouve pas les mots, ça me donne envie de crier ou frapper. » (il n'avait que crié, sachant qu'un geste de trop m'aurait fait fuir à jamais.). Les mots, comme antidote à la violence...

Oui, la culture est un des meilleurs vecteurs de cohésion sociale et de construction de l'identité de chacun. (2012)

J'ai un ami agriculteur et documentariste. Un jour qu’il racontait ce qu’il faisait à un copain, celui-ci éructa : «  Tu es intermittent du spectacle ? Système d’assistés, de nantis. Foutez rien et on vous paie… »  Il se trouve que l’éructeur était militaire. Frédéric lui répondit calmement : « Tu es payé toute l’année, depuis des années, sans que tu fasses la guerre, alors que le métier du militaire est de faire la guerre. En somme, tu es un intermittent de la guerre. Permets-moi de me réjouir que tu sois intermittent ! Moi, j’ai choisi d’être intermittent de la culture, tout aussi nécessaire à l’humain que la guerre, mais hélas précaire. Et dis toi qu’avec 1 ou 2% du budget de la Défense, on couvrirait largement toutes les sommes versées aux intermittents du spectacle. » (2010)

Et pour finir, relisez « La vie très privée de Guy Kaddict », c'est pour l'instant de la science-fiction, mais ça deviendra vite VOTRE réalité si vous continuez à ne rien comprendre au conflit des intermittents, des fonctionnaires et de bien d'autres catégories sociales dont on ne découvre l'indispensabilité (néologisme, je sais) que lorsqu'elles disparaissent.

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 22:59

Venus_de_Milo_Louvre_Ma399.jpg"Ce qui vient de se passer (le référendum) n'a aucune conséquence, c'est nul et non avenu [...] La seule élection qui vaudra, c'est celle du 25 mai, le reste n'est qu'un faux semblant". Qu'il est sidérant ce Hollande ! Des milliers de personnes ont participé à cette consultation, et qu'il soit ou non d'accord avec le résultat, ce résultat est là. Affirmer que le scrutin est nul parce qu'il ne lui plaît pas, n'est-ce pas une ingérence dans les affaires intérieures d'un pays étranger et un déni de démocratie ?

Mais j'y pense : n'est-ce pas en France que le peuple, au cours d'un scrutin tout ce qu'il y a d'officiel et d'organisé a voté en 2005 à 55 % contre le projet de Conctitution européenne et qu'il n'en a été tenu aucun compte ? (précision: voter contre n'était pas « être contre l'Europe », mais contre la ligne économique ultralibérable qui transpirait à chaque page du Traité). Plus tard, quand des députés ne votaient pas selon la ligne attendue par l'exécutif, n'est-ce pas en France qu'on les a fait revoter pour obtenir la réponse souhaitée ? Et le président de cette France là ose donner des leçons de démocratie à l'étranger ?

N'est-ce pas les économistes de 2008 qui affirmaient doctement « la crise est derrière nous » « il n'y a aucun risque que les banques soient touchées l'une après l'autre », "le capitalisme, il n'y a que ça qui marche" qu'on retrouve sur les plateaux TV en 2014, toujours pédants et sûrs d'eux alors qu'ils ont eu faux sur toute la ligne tandis que ceux qui avaient vu juste et mis en garde contre « l'argent fou » sont peu ou pas invités ?

N'est-ce pas le Ministère de la Culture, préposé au rayonnement de la culture française, qui a supprimé en 2013 toute subvention au « Monde Diplomatique », magazine français le plus lu sur la planète, tandis qu'il octroie de l'argent public (le mien, le vôtre) à Télé 7 jours, Gala ou Closer et surtout au Figaro de Dassault (premier journal subventionné par le Ministère de la Culture, 16 millions en 2013) qui engrange par ailleurs des millions de recettes de pub via ses magazines (Fig-mag, madame Figaro), et fustige en permanence les « assistés » qui vivotent du chômage ou avec le RSA.

Quant au fils à papa Pierre Gattaz, président du MEDEF de père en fils (son père Yvon présidait aux destinées du Centre National du Patronat Français, ancêtre du MEDEF, dans les années 80) il vient de s'octroyer 25 % d'augmentation de salaire tout en proposant d'instituer des contrats de travail en dessous du SMIC. L'idée d'un salaire minimum lui semble insupportable, mais celle d'un salaire maximum acceptable ne l'effleure même pas.

Quand se taieront enfin les éditorialistes perroquets qui répètent en boucle: « Croissance, il faut de la croissance, la croissance n'est pas au rendezz-vous"? Qu'ils aillent vivre en Afghanistan ou en Sierra Léone, ils y trouveront des taux de croissance de 12,5 à 15 % (chiffres 2012.) Ça veut dire quoi d'ailleurs la croissance ? En Libye, qui du temps de Khadafi avait un taux de croissance oscillant entre 2 et 4,5 % (à la louche), il y a eu en 2012 un taux de croissance de … 104,5 %, venant après une chute de croissance en 2011 de … - 62,1 %. Ça sent bigrement les chantiers de reconstruction sur lesquels, comme des charognards, se sont précipitées les entreprises de BTP du monde entier !

La croissance n'est pas un bien en soi, mais la photo d'une situation économique conjoncturelle qui ne préjuge en rien du bonheur des habitants du pays, au contraire. Les pays développés ont naturellement peu de croissance parce qu'ils débordent déjà de biens de consommation... qu'ils n'arrivent d'ailleurs plus à vendre, et c'est la crise !

Comme le remarque sagement le site « statistiques mondiales » le taux de croissance ne mesure que la croissance du revenu humain et non la valeur du patrimoine de l'humanité. Si cette croissance s'obtient en puisant dans l'actif de l’humanité ( ressources et énergies non renouvelables, NDLR) celui-ci se dévalorise et le bilan comptable réel devient négatif. Ce pourrait être le cas depuis les années 1970/80. En d'autres termes l'obsession de la croissance enrichit quelques individus mais appauvrit le monde.

Qu'on cesse de harceler les gens avec la dette.  Si, comme dans d'autres pays, une banque centrale avait prêté à taux bas aux Etats européens au lieu, comme la Banque centrale européenne, de prêter à 1 % aux banques privées des milliards que celles-ci ont prêté ensuite à des taux pouvant atteindre 7 % pour des pays comme la Grèce, aucun pays d'Europe ne serait accablé par sa dette. Par ailleurs si la comptabilité publique faisait comme les comptabilités d'entreprises- amortissement de la dette sur plusieurs années et prise en compte des actifs dans le bilan- on découvrirait qu'un pays qui s'est endetté pour éduquer les jeunes, investir dans la recherche, garantir une bonne santé aux habitants et entretenir son patrimoine est en fait un pays riche en patrimoine et ressources humaines de qualité, alors que le même pays s'appauvrit quand il emprunte pour pouvoir consentir des réductions de charges à des entreprises qui les utilisent à 65, voire 80 % pour rémunérer leurs actionnaires au lieu de les investir dans la recherche et leur activité d'économie réelle.

Le surprenant, le sidérant, le désespérant, c'est que l'analyse de la situation est faite depuis longtemps, de façon très détaillée, dans moult livres, articles et excellents documentaires sur l'argent fou, la faillite des banques, l'évasion fiscale, les liens douteux entre finance et politique et même les projets alternatifs qui marchent. Nul ne pourra dire comme en 45 : « Je ne savais pas ». Mais alors pourquoi rien ne bouge-t-il alors que cette situation mériterait... n'ayons pas peur des mots, une Révolution ?

J'ai posé la question autour de moi, avec souvent pour réponse : « Les  gens pensent que ce système va dans le mur, mais ne savent pas quoi mettre d'autre à la place ? » La propagande selon laquelle le communisme est une horreur, l'écologie est utopique, les alternatifs des marginaux, les pays d'Amérique Latine pauvres et violents, l'Afrique toujours mal partie et jamais arrivée fait que l'idée même de changer angoisse ceux qui entendent à longueur de journée ces litanies dépressives.

La crise, c'est peut-être cela : préférer un monde fini, usé, qui va dans le mur mais on connaît le mur, plutôt qu'oser explorer des horizons nouveaux, où le regard se perd avec volupté.

Ah oui, le titre de ce billet : je suis la Vénus de Milo, car face à cela... les bras m'en tombent.

 

 

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 13:39

Puisqu'il n'est pas dans l'ADN des politiciens ( « ce n'est pas dans l'ADN », expression très mode en ce moment) de changer de logique de pensée même quand la réalité démontre chaque jour que leur logique est dépassée, ne marche pas et pire : aggrave les problèmes, (une exception : l'Italie, où le nouveau chef de gouvernement a décidé d'abandonner la politique d'austérité vu ses piètres effets), cherchons le plan B.

utopie« Plan B », autre expression à la mode pour dire « solution nouvelle à un problème ancien non résolu par les logiques du passé ». Je vous en ai parlé en 2013 , notamment  d'un bar associatif de Poitiers appelé « Plan B ». Il fonctionne toujours, avec des menus à 12 euros préparés à base de produits de saison, bios autant que possible et locaux, plus des spectacles de musique, animations, conférences... originaux, qui créent de vrais liens entre les convives, bref une ambiance comme on les aime. « Et de bonnes bières » conclut un habitué.

Plan Bières1A propos de bières, j'ai rencontré à Clermont-Ferrand Jean-Baptiste Loiseau et Anne-Lise Amiot. Après avoir bossé en entreprise, tous deux ont eu envie de travailler en harmonie avec leurs idées, et pour un produit qu'ils aiment. En l'occurrence la bière, mais pas n'importe laquelle. Ils décident de brasser à petite échelle- micro-brasserie artisanale- avec de l'eau pure, des malts, houblons et autres ingrédients issus de l'agriculture biologique, et de réduire les transports, d'où une diffusion exclusivement locale auprès de nombreux partenaires : bistrots, cafés, vendeurs, marchés, et naturellement l'Empire du Malt, the caviste en bières qui diffuse notamment l'Auv'alie, la bière dédiée aux rugbymen Clermontois de l'ASM. Jean-Baptiste et Anne-Lise suivent des stages dans des brasseries artisanales, dégotent du matériel d’occasion, cherchent des financements, et Anne-Lise suit une formation universitaire de brasseur à la Rochelle.

planBières5Le 8 mai 2012, sortent leurs premières bouteilles avec un logo simple : Plan B, comme Brasserie et Bières Blanche, Blonde, Brune et amBrée. Auxquelles s'ajoutent des bières de Printemps, des Vacances et de Noël. Modérément alcoolisées, car ces deux amateurs considèrent que la bière est une boisson conviviale dont on boit généralement plus d'un verre par soirée, et qu'il est préférable de la faire légère, ce qui ne l'empêche nullement d'être goûteuse, plutôt que de s’assommer dès la première demi-heure avec de l'alcool en excès.

planBières4Le résultat est concluant : après une année et demie, leur production de 800 litres par semaine s'écoule si bien qu'ils vont passer à 1600l par semaine. Tout comme le plan B de Poitiers, celui de Clermont-Ferrand organise ou participe à de nombreuses manifestations locales autour de la musique, de la St Patrick ou d'événements sportifs. Ce n'est plus seulement de la bière, c'est aussi du plaisir plein la tête. Autre projet : fédérer les agriculteurs locaux, notamment producteurs de céréales autour d'un label « Auvergne bio » car jusqu'ici, faute d'offre locale suffisante, le Plan B doit acheter ses ingrédients bio au-delà du département.

Il y a moult- et malt- autres plans B dans le monde, il suffit de demander à Google pour en trouver, et sans compter sur d’hypothétiques sauveurs, imaginer le sien propre pour faire de ses rêves une réalité et de sa réalité un rêve. (devise de ce blog « Jouer au monde »)

 

 

 

 

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 11:52

Face à l'adversité, deux façons de réagir : s'en prendre aux autres ou à soi. Ce qu'on appelait autrefois les personnalités de type A ou B. Par exemple, s'il perd ses clés, le « type A » s'énerve, vocifère, appelle tous ses proches pour leur demander « ce qu'il ont bien pu faire de ses clés qu'il est sûr de leur avoir prêté un jour », va déposer plainte pour perte ou vol ( « Perte ou vol, monsieur ? Ce n'est pas le même formulaire » s'insurge le cerbère policier) et lorsqu'il retrouve enfin le trousseau dans la poche de son blouson, clame à qui veut l'entendre qu'un naze quelconque lui a fait une blague pour lui faire croire qu'il perd la tête. La maladie d'Alzheimer, est la hantise des papy-boomers qui s'en croient atteints dès qu'ils ont quelques DADA : déficits d'attention dus à l'âge. Mais ne leur parlez pas d'âge, ils détestent ça ! Le papy-boomer ne vieillit pas, il mûrit, grisonne gentiment et trouve détestable que des gamins de 40 ans le vouvoient, ça fait bourge... Le type A , qui s'échauffe facilement, est candidat à l'infarctus, à l'AVC et aux accidents de la route, toujours provoqués par des imbéciles qui se croient tout permis.

Les personnalités de type B perdent aussi leurs clés mais alors elles battent leur coulpe, s'en veulent d'être si étourdies et prennent rendez-vous pour une consultation Alzheimer dès que la chose se répète deux ou trois fois. Avec les frais que cela induit pour la collectivité, leur angoisse, et la nuisance de traitements dont l'efficacité est sans doute inférieure à la stimulation naturelle et régulière des neurones par une vie sociale et culturelle nourrie. (tiens, les vieux bonzes qui pensent que les « intermittents du spectacle» sont des parasites sociaux : pas du tout, ils contribuent à l'équilibre mental de leurs contemporains!) Les « type B » qui « se rongent les sangs » sont candidats aux ulcères, dépressions, voire cancers ou suicides quand l'adversité dépasse la perte d'un trousseau de clés.

Il existe une troisième voie, pacifique pour soi et pour les autres : la confiance en soi et en son étoile. C'est un fait corroboré par aucune étude scientifique autre que mes années d'expérience, mais j'ai remarqué que cette confiance a souvent des retombées positives, et au moins, évite de se ronger les sangs et de faire chier les autres.

J'ai déjà raconté comment j'ai retrouvé un chèque égaré de 9000 francs en écoutant simplement la voix nocturne qui m'indiquait où le retrouver. Que ce soit une divinité quelconque ou mon inconscient qui m'ait inspirée, c'était le résultat du processus que j'avais enclenché: parcourir en mémoire ce qui s'est passé depuis la dernière fois qu'on a vu l'objet. Lorsque se produit un « trou » dans cette remontée du temps, c'est mauvais signe, signe qu'à ce moment précis l'objet s'est défilé. Car l'objet inanimé a une âme, tout poète le sait. Observer les replis et malices de cette âme aide grandement à ne plus se laisser surprendre.

A force d'étudier les mœurs de la seconde chaussette- celle qui manque régulièrement lorsqu'on range le linge propre- j'ai découvert sa propension à tomber du monceau de linge sale dans l'escalier du sous-sol (qui, n'ayant pas de nez de marches, avale et cache prestement ladite chaussette, la complicité des objets entre eux pour échapper à l'emprise humaine est surprenante mais je les comprends) et à se coller aux parois du tambour de la machine à laver. D'où l'habitude prise de jeter un coup d’œil sous l'escalier du sous-sol AVANT de mettre la lessive en route, et de faire tourner manuellement le tambour APRES la lessive pour décoller les chaussettes tapies sur la paroi. Résultat : plus de seconde chaussette manquante ou presque.

Mais revenons à la méthode C : lorsqu'il s'avère que l'objet a fugué en profitant d'une faille d'attention, la probabilité de le retrouver s'amenuise. C'est alors qu'intervient la confiance en soi et en son étoile. Inutile de battre sa coulpe, ça fait mal et ne sert à rien, ni d'invectiver les autres. Une seule certitude réconfortante : l'objet est quelque part sur cette planète, et moi aussi. Je sais qu'il existe, lui aussi me connaît. Par conséquent, il y a plus de chances que nous nous retrouvions qu'il n'y avait de chances de nous trouver quand ni lui ni moi ne connaissions notre mutuelle existence : cette première « rencontre » ayant eu lieu, pourquoi perdre foi en des retrouvailles ?

Par parenthèses, cette méthode fonctionne aussi en amour. A chaque rupture, je me dis qu'il y avait une chance sur 3 milliards que je rencontre cet homme, une sur trois millions pour que nous nous plaisions, et même si, au moment de la rupture, la conjoncture paraît nettement défavorable, il y a désormais plus d'une chance sur 3 milliards pour que nous nous retrouvions un jour pour une relation pas forcément passionnelle- tant mieux, la passion n'est pas faite pour durer- mais éventuellement amoureuse ou tendrement amicale. Cela vous fait sourire ? Pourtant, il m'est arrivé un, trois, cinq, voire dix ans après la rupture, de renouer avec ces amours des liens qui cette fois-ci n'ont pas de terme prévisible, car plus aucun des enjeux qui fragilisent les relations.

Et s'il ne revient pas ? Objecterez-vous. N'étant pas encore morte, ni lui, rien ne prouve qu'une retrouvaille est impossible. Cette conviction me rend sereine, jusqu'au moment où le souvenir de la personne (ou de l'objet) s'est si estompé que leur retour n'a plus en fait d'importance. Je ne dis pas que cela efface toute mélancolie- c'est joli, d'ailleurs, la mélancolie- mais ça protège des chagrins destructeurs. 

Pour en revenir aux objets, j'ai égaré un été mes papiers de voiture. Mon retour sur le passé récent m'indiqua qu'ils avaient du s'enfoncer dans le sable lorsque le sac de plage s'était renversé. Vu la difficulté à faire comprendre aux CRS que les papiers de ma voiture prolongeaient leurs vacances, j'en fis cependant faire des duplicata. Quinze mois plus tard, je reçus mes papiers originels dans une enveloppe expédiée de Normandie, sans un mot d'accompagnement. Quelqu'un les avait trouvés et avait durant plus d'un an négligé de les renvoyer. Leur état impeccable prouvait en effet qu'ils n'avaient pas longtemps séjourné dans le sable humide. Et que j'avais eu raison decroire leur retour possible.

Puis ce fut la fugue d'un porte-carte contenant de l'argent, des chèques vierges et ma carte d'identité. J'avais peu de chances d'en retrouver le contenu, mais gardais intacte l'idée de retrouver le contenant de cuir vert, dont je situais la disparition à moins de dix mètres de chez moi, sans doute lorsque, pressée d'ouvrir ma porte, j'avais sorti les clés de mon sac avant d'arriver et fait tomber le porte-carte. Quatre jours passèrent. Le cinquième je retrouvai dans ma boîte à lettres le porte-carte et son contenu, y compris l'argent liquide, accompagné d'un message: « J'ai trouvé ceci dans la ruelle près de chez vous, et en lisant votre carte d'identité, j'ai su que c'était à vous. Signé : votre voisin du dessus. J'ai remercié chaleureusement le voisin, grondé mon porte-cartes qui n'avait pas souffert de son escapade malgré le crachin, et décidé de ne plus le mettre dans la même poche de sac que mes clés.

Car c'est un élément essentiel de la méthode C : tirer des enseignements de chaque expérience, pour ne pas tomber dans ce que Freud nomme « le principe de répétition », qui consiste à refaire inlassablement les mêmes erreurs. Les types « B » enclins à s'auto-flageller en gémissant « c'est toujours sur moi que ça tombe ! » (les objets perdus, les hommes malveillants, les loubards malintentionnés) ont tendance à répéter à l'envie les mêmes schémas, tout en s'étonnant qu'ils aient les mêmes conséquences. Exemple mondain : si Valérie T avait observé avec neutralité- sans s'en réjouir- la manière goujate qu'a eu François H. de dire d'elle « j'ai rencontré la femme de ma vie » en oubliant ses 25 ans avec Ségolène R. et ses 4 enfants, elle ne serait pas étonnée aujourd'hui de la manière goujate dont il l'a congédiée comme un monarque change de favorite. On peut même espérer qu'elle aurait eu le bon sens de le quitter la première !

Que les romantiques persuadées que leur amour va changer le macho indélicat en féministe tendre déchantent : un homme peut évoluer, mais le fonds demeure et réapparaît volontiers au galop, comme le naturel du proverbe. Cela n'empêche aucunement de vivre une belle histoire avec lui, mais en sachant, comme pour les chaussettes, passer régulièrement une main à l'intérieur du tambour de son crâne pour savoir ce qu'il y dissimule.

Pour en revenir au sac, je me suis demandé si mon expérience des doublures qui craquent et avalent les petits objets ne justifiait pas d'acquérir un sac totalement « made in France » réalisé par des artisans amoureux de leur savoir-faire et de la qualité qui en résulte. Las ! Excepté les très grandes et très chères marques- deux ou trois en France- même les sacs « de marque française » sont aujourd'hui en tout ou partie réalisés ailleurs, pas forcément en Chine. La délocalisation ayant la faveur de ceux qui croient que le coût du travail est le maillon faible de la France (en oubliant le coût des dividendes et celui des transports, si largement subventionnés qu'il est rentable pour certaines entreprises d'importer des pommes du Chili quitte à jeter celles produites en France) ces chefs d'entreprises ont importé le dumping social dans les pays d'Europe, notamment de l'Est, sans aucun souci des conséquences politiques et violentes de cette exploitation.

Il mélange bien des choses ce billet, penserez-vous. Pas tant que cela. C'est une base essentielle de ma vie: sans confiance en moi et en mon étoile, le désir d'améliorer les relations amoureuses et le monde en général m'aurait quitté en moins de temps qu'il n'en faut à une chaussette pour disparaître sous un lit, autre malignité bien repérée !

 

 

 

 

 

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 14:54

Inutile, coûteux, nuisible pour l'environnement et les populations locales, inadapté à l'indispensable changement de politique énergétique... rien que ces arguments devraient suffire à stopper le projet de l'aéroport Notre-Dame des Landes auquel s'accroche si désespérément Jean-Marc Ayrault qu'on pourrait penser qu'il s'agit d'une question personnelle, d'une ambition politique.

C'en est sans doute une, à laquelle s'ajoute l’amour-propre qui le pousse à s'obstiner malgré le nombre croissant d’opposants, loin d'être tous d'irresponsables gauchistes ou baba-cool.

Mais il y a plus, et pire : ce projet est un PPP : partenariat public/privé, formule chère au cœur de Nicolas Sarkozy, que le gouvernement actuel (non, décidément non, je ne peux pas l'appeler socialiste) poursuit dans une optique de strict court terme : l’État n'a pas d’argent pour financer cet aéroport, Vinci s'en chargera... Mais Vinci, qui a déjà la main mise sur nombre d'équipements publics- les autoroutes bradées après avoir été financées par les contribuables par exemple- n'investit jamais à perte. C'est normal, c'est son métier et sa vocation de faire du profit. On ne saurait le lui reprocher, mais on peut lui tenir rigueur du lobbying musclé fait auprès des pouvoirs publics pour favoriser les PPP, des conditions financières draconiennes qui seront tôt ou tard financées par les citoyens au détriment de l'intérêt collectif, et de cette mentalité de prédateur qui consiste à s'emparer du territoire et des équipements collectifs dont les États et les citoyens ne sont plus alors que locataires. Avec la précarité et les risques que cette dépendance suppose.

La perversité des PPP a fait l'objet d'un documentaire allemand- toute l'Europe est touchée- qui montre combien cette formule dangereuse favorise la corruption des dirigeants et fausse le jeu normal de la démocratie. Diffusé jeudi soir et ce matin, on peut le visionner ici. Allez-y, c'est édifiant et ça fout les boules de voir une fois de plus bafouées les règles élémentaires d'honnêteté par les puissants, avec un sentiment total d'impunité. Normal, même quand ils font l'objet de poursuites, celles-ci se terminent rarement mal pour eux...

 

Samedi 22 février, grande manifestation contre le projet d'aéroport Notre-Dame des Landes à Nantes. A défaut d'y participer,  on peut signer une des nombreuses pétitions qui circulent contre ce projet, symbole de la primauté des intérêts privés sur l'intérêt collectif et de l'asservissement des dirigeants politiques à l'économie privée. (tant qu'à être traitée de "rouge" par certains, mettons de la couleur!)

 

2014-02-22_Manif_Affiches.jpg



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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 11:21

bambou.jpgUne armada d'experts pas vraiment antilibéraux a rédigé un rapport à l'intention des participants au Forum de Davos où se retrouvent ceux qui dirigent le monde, politiquement ou économiquement. Ce rapport, d'une lucidité intéressante, analyse la connexion des «risques globaux». Il reconnaît que les risques économiques, sociaux, écologiques et géopolitiques, sont interconnectés et susceptibles de déclencher à court ou moyen terme une défaillance systémique. Constate que les inégalités sociales sont devenues improductives et que les luttes contre l’austérité en Europe sapent la confiance dans les institutions. main-jouer-bulle-_-isp0803206.jpgReconnaît que les protestations populaires dans les pays émergents indiquent l’épuisement des modèles prédateurs, et que le chômage de masse risque de faire de la génération des jeunes ayant 20 ans en 2013 une génération perdue. Sans oublier que le changement climatique et les évènements météorologiques extrêmes pèsent sur l’économie et que d'ici quelques années l’accès à l’eau risque d’être compromis pour une part grandissante de la population.

En conclusion, le rapport considère comme risque systémique numéro 1 "le creusement des inégalités", et en 2 le dérèglement climatique.

Chouette, me suis-je dit, le risque numéro 1 est sans doute le seul où l'on peut faire rapidement quelque chose alors qu'inverser le déréglement climatique devient de plus en plus aléatoire et sera long...

caresses.jpgIl suffirait d'une volonté politique- établir un revenu maximum acceptable, un revenu de base pour tous, traquer les fuites de capitaux et l'évasion fiscale, payer les matières premières à leur juste prix, redistribuer les profits et/ou les investir dans l'économie réelle plutôt que de spéculer, etc- pour réduire considérablement les inégalités. C'est faisable, il y a des expériences en économie sociale dont peuvent s'inspirer les entreprises classiques (d'autant que les SCOP, notamment se portent généralement bien.

Sauf que conscients de l'échec du système libéral/financier, les auteurs ne proposent aucunement de changer de système. Ils restent persuadés que celui-ci est le meilleur même s'il échoue, que les indicateurs économiques (PIB, croissance) restent adaptés au monde actuel alors que tout prouve le contraire.

Ils ont le cerveau si formaté que l'idée de changer de logique ne les effleure pas.

album-400855.jpgAlors ils font la charité. Bill Gates a consacré 50 milliards à sa fondation. C'est généreux. Certes, on sait que les fondations sont aussi un excellent moyen d'optimisation fiscale pour les grosses entreprises, et on pourrait reprocher à Bill de financer davantage l'envoi de vaccins aux enfants du Tiers-Monde que l'amélioration des conditions de vie des plus pauvres, alors que notre passé récent a prouvé qu'en finançant l'accès à l'assainissement et à l' eau potable et à la nutrition on améliore bien mieux la santé qu'avec des vaccins. Mais ne boudons pas notre plaisir: Bill donne beaucoup de sous, Bill est charitable... comme les bonnes dames de la Comtesse de Ségur donnaient des vieux vêtements aux pauvres.

émeuEt Bill a lui aussi une vision bloquée du système lorsqu'il déclare à un journaliste de France-Inter qui lui demande si le creusement des inégalités ne le choque pas, ainsi que l'accroissement constant des richesses de 1% de la population.

"Il ne faut pas raisonner ainsi, ce n'est pas parce qu'une personne s'enrichit qu'une autre s'appauvrit, on n'est pas dans un monde fermé. Toute croissance est profitable à tous."

Eh non, Bill. Première énorme erreur: si, nous sommes dans un monde fermé, une seule planète dont certaines ressources sont en train de s'épuiser, ce qui va à l'encontre du mythe de la croissance comme clé de tout.

koalarit.jpgEffectivement, quand une personne s'enrichit, une autre ne s'appauvrit pas: ce sont des milliers de personnes qui s'appauvrissent pour financer l'enrichissement de la première, l'écart des revenus, socialement dangereux lorsqu'il dépasse un ratio de 1 à 40, dépasse aujourd'hui le 1 à 500 (et encore, je dois être en dessous de la vérité).

mer2.jpgReste la question: es-tu de bonne foi, de bonne conscience, ou faux-cul? Indulgente, je prêchais pour la bonne conscience, me souvenant d'une chercheuse qui travaillait sur un OGM de banane dont je lui faisais remarquer qu'il serait une catastrophe pour les pays producteurs de bananes (avec argumentation solide à l'appui). Elle me répondit: "Je ne pense pas à tout ça quand je suis dans mon labo, je fais juste de la recherche." Avec une immense bonne conscience, celle de faire avancer la science. "OK pour les chercheurs, m'a-t-on répondu, mais au niveau des décideurs de Davos, ils ne sont nullement stupides, ils savent ce qu'ils font. 

Un bal des faux-cul, en somme, qui depuis le sommet de Rio en 1992- il y a 22 ans!- savent que "la maison brûle" et continuent d'attiser le feu.

 

bruxelles.jpg

Les images n'ont rien à voir avec le texte, c'est juste un peu de douceur dans ce monde de brutes

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 18:54

«Je trouve ce gouvernement plutôt nul » lance tout de go une amie avec laquelle je n'ai jamais eu de conversation politique jusqu'ici. Ravie, je renchéris (ou plussoie comme on dit aujourd'hui) et m'apprête à développer un argumentaire, quand elle me devance et détaille ses griefs : en France on n'aime pas les riches, on les accable de charges, ils vont s'exiler à l'étranger et alors qui créera des emplois ? Les jeunes diplômés fuient ce pays où on préfère les assistés aux battants, etc... Bref, nous ne sommes pas du même bord et j'élude rapidement la conversation.

51B8+DlnHQL. SY445Nous vivons décidément une époque étonnante où des personnes de gauche comme de droite arrivent à la même conclusion à l'égard du gouvernement ! Même au-delà du gouvernement, le modèle libéral-financier devient un scandale si dupont aignancriant que des livres sur la finance, la dette, la fraude et l'évasion fiscales sont écrits aussi bien par des économistes de gauche que de droite, et qu'on voit se côtoyer « La violence des riches » du couple Pinçon-Charlot qualifiés de « marxistes » par les droitistes aussi bien que « Les voleurs de la République » de Nicolas Dupont-Aignan, qui, il est vrai, associe à ses idées de droite une droiture proche de l'honnêteté reconnue à de Gaulle, à laquelle Dupont-Aignan se réfère. Ce livre résulte de l'enquête parlementaire sur l'évasion fiscale qu'il a menée avec Alain Bocquet, député communiste, qui préface le livre.

Devant cette unanimité face à une situation inacceptable- quelles que soient les raisons pour laquelle on la trouve inacceptable- comme il doit se sentir isolé, le malheureux adhérent ou sympathisant du parti PS (Pseudo Socialiste), qu'il doit se faire tout petit dans les dîners en ville où il est la cible des reproches et des quolibets, que le dîner ait lieu à Auteuil/Neuilly/Passy ou dans les quartiers les plus défavorisés. Qu'il doit redouter le réveillon du Nouvel An où après quelques verres il se trouvera toujours un dirigeant de société, un syndicaliste en lutte ou un intermittent du spectacle en fin de droits pour lui fondre dessus telle la vérole sur le bas-clergé.

couv Gaccio HDbrunogaccio-2C'est à l'intention de ce malheureux que Bruno Gaccio a écrit son « Petit manuel de survie  à l'usage d'un socialiste dans un dîner avec des gens de gauche» en une dizaine de chapitres. D'un auteur des « Guignols » on peut s'attendre à un humour décalé, une dérision frisant juste ce qu'il faut la mauvaise foi, et du style. "Je ne peux pas être socialiste, dit-il, je suis de gauche". C'est enlevé, cruel, drôle mais pas que ça. Car au-delà du gag résumé par le titre, ce livre se livre mine de rien à une analyse de la situation économique et politique qui rappelle à tous, pas seulement aux électeurs du PS, quelques vérités bonnes à dire. Exactement comme le font les marionnettes des Guignols quand elles sont inspirées : de l'éducation civique sans peine. Belle idée de cadeau à offrir sous le gui en se souhaitant malgré tout une bonne année.

Le seul risque de ce livre est que son humour décalé soit pris au premier degré, exactement comme certains racistes venaient jadis voir Guy Bedos pour le féliciter de son sketch « Vacances à Marrakech » en ces termes « Qu'est-ce que vous leur mettez, aux bougnoules ! ». Guy Bedos a fait ses adieux (définitifs?) à la scène lundi 23 décembre, avant de devenir grotesque comme certains vieux rockers qui s'obstinent. Vous nous manquerez Guy, je me souviens vous avoir embrassé le 10 mai 1981, il y a trois siècles, et ne me dites pas que la relève est assurée, votre fils Nicolas ne vous arrive pas à la cheville, les siennes sont trop enflées pour que son humour reste léger.

Je ne peux résister à la perversion de vous faire réécouter ce chef-d'oeuvre...

 

 


 

 

BONNE ANNÉE À TOUTES ET TOUS!

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