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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 15:58

cafepiree5C’est un café  pas comme les autres, que j’avais inscrit au Panthéon de mes petits bonheurs de vie : « Un café frappé à 4h du matin au Pirée. » Bonheur à l’aller, quand après le vol Paris/Athènes et l’heure de trajet du bus 96 de l’aéroport jusqu’au Pirée, on arrive un peu hébété sur le port pour découvrir qu’il faut patienter deux heures, parfois plus, avant le départ du ferry pour l’île de son choix. Bonheur au retour quand on débarque à l’aube au Pirée avec la perspective d’un vol passé midi.

cafe piree1Ce café ombragé par des lauriers-roses était un havre, avec une quantité incroyable de tables et de chaises à l’extérieur comme à l’intérieur, plus tous les services qu’un voyageur peut espérer : boissons et grignotages, Internet à tarif étudiant, toilettes propres avec douches, téléphone et consigne pour les bagages, y compris les sacs à dos si souvent aujourd’hui rea non grata (choses non bienvenues), à croire que dans ce monde aseptisé les backpackers, les routards donc, doivent être éliminés du paysage non pas de façon brutale mais doucereuse, en leur faisant notamment moult complications à l’aéroport pour enregistrer leur bagage, qu’ils doivent enfermer dans un grand sac en plastique ou ligoter bien serré, au motif que « toutes ces courroies, mon Dieu, ça peut coincer les tapis roulants ». Ils s’en aperçoivent après 50 ans de voyages de backpackers partout à travers le monde !!! (petite parenthèse : merci à l’Australie, continent si ouvert aux voyageurs en sac à dos, qu’on trouve dans n’importe quelle petite ville une auberge appelée non pas « de jeunesse » vu qu’elle héberge tous les âges, mais « backpackers » vu qu’elle est particulièrement accueillante aux voyageurs en sacs ados, ceux qui toute leur vie gardent au cœur une part d’adolescence).

cafepiree4Pour en revenir à ce café qui recèle mes souvenirs de quinze ans de voyages en Grèce, d’aubes incertaines aux doigts de rose caressant de tendres traînées le ciel céruléen, de musiques lancinantes dont la seule écoute gommait tout stress tandis que m’envahissait la certitude que j’étais là où je devrais toujours être pour être en bonne santé- à deux pas de la mer avec tout le temps qu’il faut- j’eus ce 6 juin un sursaut de bonheur : l’embarcadère n° 9  d’où partait le ferry Adamantios Korais se trouvait à deux pas du mythique café dont j’apercevais à quelques mètres les lauriers fleuris doucement bercés par une brise meltémique, et à deux mètres au-dessus des grilles l’inscription étonnante : « la consommation n’est pas obligatoire ». Faut vous dire, monsieur, que dans ce pays de mer et d’îles, le port est un service d’Etat. Bien sûr, ça aide si vous consommez, mais si pas, vous êtes tout de même bienvenu et l’Etat subventionne le service public, comme dans toute démocratie.

cafepiree3J’ai franchi la grille ouverte avec un sentiment curieux : pas une seule chaise dans le jardin fleuri. Un coup d’œil à travers la porte vitrée : vide, avec des vestiges de vitres réfrigérées et quelques chaises empilées. A l’étage, un homme lave mélancoliquement le sol de la terrasse, seul. Le café géré par l’Organismos Limenos Piraiôs (autorité du Port du Pirée) a fermé, crise oblige. Je suis donc allée acquérir deux petites souvlaki (brochettes marinées) et une bière dans un kebab un peu miteux : 4,30 euros pour le tout, moins cher qu’un café au Fouquets J aurait dit NS en pensant que le Grec a sans doute un SMIC  très bas, mais des prix également très bas. Si ce n’est qu’en scrutant le ticket de caisse, j’ai vu le taux de TVA : 23% contre 19,6% en France. Les Grecs ne paient pas tous leurs impôts directs, qu’ils soient évadés fiscaux ou légalement défiscalisés, mais les consommateurs paient la TVA au prix fort et on n’en parle jamais, alors que cet impôt est le plus pénalisant pour les revenus modestes.

Dans le jardin du café disparu, j’ai dégusté mes brochettes à l’ombre des lauriers en fleurs. Allongés sur un muret, des SDF siestaient, canettes vides en pagaille autour d’eux… Ils avaient mis du linge à sécher sur un fil tendu entre deux branches. L’un d’eux s’est levé, a pissé sous un arbre. Bientôt l’endroit sera devenu zone malodorante. Ce sera le moment pour les promoteurs d’acheter pour une bouchée de pain ce bâtiment si bien situé et de le transformer en bureaux ou bar branchouille. La mondialisation y trouvera son compte, l’âme du Pirée beaucoup moins, mais on sait déjà que "ce port du bout du monde que le soleil inonde"

n’appartient désormais que très peu aux Grecs et beaucoup plus aux Chinois.


P1020612.JPG


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Published by - dans Humeur
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commentaires

Nurja 26/06/2012 15:22


Je suis plus optimiste que vous, Françoise.


Ca ne va pas assez vite, mais je constate, ici et là, des changements, des essais de faire autrement. Et ça fonctionne!

françoise 26/06/2012 13:05


à Olivier: la réponse de Uscalde aurait été la mienne


à Uscalde: merci, je n'aurais pas dit mieux


à Nurja: qu'attendons-nous? De ne plus avoir peur. Changer de système, c'est un effort inouï pour la majorité des humains. Quand je pense le temps qu'il a fallu pour que l'idée qu'on puisse aimer
au pluriel fasse son chemin (ety elle reste néanmoins très minoritaire), je mesure le temps qu'il va falloir pour persuader les gens que la croissance infinie nous mène à la fin de l'humanité. La
planète, elle, se débrouilllera sans nous, peut-être avec un certain soulagement.

Nurja 25/06/2012 20:09


Une part de notre souci est que notre système économique, pour fonctionner, a besoin de croissance. Hors une croissance infinie dans un monde fini, y a forcément qqch qui coince. Résultat, le
système se casse régulièrement la figure, on remet des rustines sans songer qu'à rouler avec des pneux à moitié plats sur une route pleine de morceaux de verre, ça ne va pas aller.


Qu'attendons-nous pour changer le système?

usclade 25/06/2012 15:07


@Olivier : la question que vous posez est récurrente dans cette affaire, et on assiste à un petit jeu pathétique où il s'agit de lyncher un coupable idéal. La population accuse les institutions
et les institutions accusent la population. Ah ces grecs, des fainéants, des grugeurs, des cigales irresponsables, comme la chef du FMI l'a laissé entendre...


Ce qui est sûr, c'est que pour moi, ok, on peut dire que c'est le système déresponsabilisant qui a conduit à ça, et que la mascarade de la démocratie représentative dans le monde de la finance
privée mondialisée est morte dans le berceau de la démocratie, il n'empêche qu'à mes yeux les institutions ont une responsabilité plus importante dans ce gâchis.


Si l'on accepte l'idée que le système financier est là pour financer l'économie et non pas spéculer bêtement sans assumer les conséquences réelles de ses placements, alors le système financier
est responsable de cette situation, pour ne pas dire coupable. Le responsable, c'est celui qui a le pouvoir. c'est celui qui sait, et qui peut. Bref, certainement pas le peuple qui a toujours été
maintenu dans l'infantilisme par le pouvoir en place.


Désormais, un patron de bar qui sert un client ivre jusqu'à mettre sa vie en danger peut être poursuivi. Il faudra qu'on accepte qu'un jour un financier qui continue à prêter à un foyer
surendetté devra un jour répondre de ses actes quand le désastre sera irréversible.. Même si celui ci agit sous couvert du FMI, de l'UE et des banques les plus prestigieuses...


Depuis quelques décennies, l'idéologie dominante a voulu nous faire croire que la privatisation de tout était l'avenir du monde, que l'impôt c'était le mal absolu, et que donc plutôt que financer
les dépenses communes via les finances publiques, il fallait passer par les finances privées. Haro sur l'impôt qui "appauvrit" les riches, vive les sicav qui enrichissent les riches...


Mais une fois que les inégalités sont creusées à un niveau dans lequel le système se sclérose,  le transfert de richesse est terminé. Une fois qu'ils ont obtenu notre dernier centime, la
seule chose que l'on peut fournir aux possédants, ce sont des reconnaissances de dette.


De la monnaie de singe, ou bien une acceptation de soumission, un blanc seing pour l'esclavage. A nous de choisir...


 

Olivier de Vaux 25/06/2012 13:50


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