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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 13:02

« L’employée de France-Telecom s’est défenestrée. Elle venait d’apprendre qu’elle changeait de chef de service ».  Dit comme ça dans les journaux, ça semble invraisemblable, ou alors un cas d’espèce, une dépression foudroyante et imprévisible. Sauf qu’en dix-huit mois, 23 personnes se sont suicidées à France-Telecom. Sauf que ça n’avait rien d’imprévisible puisque sort ces jours-ci aux éditions la Découverte une enquête « Orange stressée, le management par le stress  à France Telecom » qui révèle l’importante consommation d’anxiolytiques dans l’entreprise, les arrêts de maladie longue durée cachant souvent des dépressions, l’augmentation des démissions et les suicides. Le management par le stress, selon l’auteur Ivan du Roy a été érigé en système permettant de pousser à la démission des milliers de salariés jugés en surnombre. Ecrit comme ça, ça semble invraisemblable, les entreprises ne sont pas aussi cyniques, tout de même ! Ben non, c’est tout le système économique qui l’est. Un système qui a érigé en loin d’airain  la guerre économique nationale, internationale, mondiale et la compétitivité au service du profit maximum dans un temps minimum, au profit de quelques-uns, au détriment de milliers d’autres, en oubliant que l’économie devrait juste être la gestion des ressources de notre belle planète pour subvenir aux besoins et aux désirs de l’ensemble de ses habitants… et des générations futures.

Alors dans ce système où les winners, les durs, les performants sont à l’honneur, quid des fragiles, des rêveurs, des plus lents, des poètes, des handicapés ?  Ils sont là, effondrés de ne pas arriver aux objectifs qu’on leur affecte ou alors épuisés d’y arriver en forçant leur nature qui n’est pas anormale, mais simplement pas dans la norme imposée.  Niés dans leur spécificité, dans leur façon d’être, dans leur droit à l’être. Niés dans leur droit à dire « ça va trop vite » « je suis fatigué » « j’en ai marre ».

Essayez donc d’arriver le matin dans une entreprise où chacun se fait la bise ou se serre la main : « Salut, ça va ? » « Ca va ! » Essayez donc de dire « Ca ne va pas », pour voir. Je l’ai fait parfois.  Entre le « Ah bon ? » indifférent, le « C’est dur pour tout le monde, tu sais » agacé, ou- les plus nombreux- qui s’éloignent sans rien dire comme s’ils n’avaient pas entendu, la cause, elle, est entendue. Exprimer un état d’âme fragile dans un  monde de brutes, c’est passer pour impudique ou emmerdeur. « Never complain, never explain » : la fameuse formule britannique des gens bien élevés qui trouvent mal élevés les états d’âme est sans doute à l’origine d’un bon nombre de suicides.

Il faut une énergie peu commune pour résister à cette brutalité sereinement et construire sa bulle de douceur dans son coin en espérant qu’elle se propage.  La rébellion exige presque autant d’énergie. Reste, pour ceux qui se sont épuisés, l’autodestruction. En France, avec la plus forte consommation mondiale de psychotropes, 12 000 suicides et 100 000 tentatives par an,  on a de quoi se poser des questions sur la fraternité de notre devise nationale, la liberté et l’égalité étant déjà sérieusement battues en brèche.

 

 

 


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Published by Françoise Simpère - dans CHANGER
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commentaires

reynald 18/09/2009 12:37

Chère Françoise,                        peut-être aurais-je du être plus précis dans mon comm. en état dépressif ou d'épuisement physique, il n'y a plus de réflexion logique possible, il ne faut pas s'écrouler, point. Et la pression des chefs se fait d'autant plus insistante qu'il sent faiblir, donc il cravache (et tant pis si le cheval meurt après la ligne d'arrivée).  C'est avant qu'il faut poser les limites de ce qui est acceptable, lorsque l'on est en pleine possession de ses capacités, de son ressenti.Une fois le cycle établi, il devient infernal et je vous rejoins, Vallis et toi. Je me suis aussi fait avoir par le dernier patron que j'ai eu à subir (il y a 30 ans). J'ai eu la chance de m'en sortir à temps, mais c'est surtout qu'il avait dépassé une borne que je considérais comme infranchissable (que j'avais définie de longue date comme telle). C'est probable que si je n'avais pas établi clairement ce qui était inacceptable, il aurait fini le massacre. Je suis par avance d'accord que cette attitude est plus facile (non, elle devient incontournable) avec une conscience politique.AmitiésReynald

jm 18/09/2009 10:04

Révolution, once again !

françoise 18/09/2009 09:44

à Philippe: je suis d'accord avec vous (ciel, encore :) ) c'est à nous de prendre notre bonheur en main et de savoir dire non à ce qui nous détruit, car ceux qui gouvernent n'ont que faire de NOTRE bonheur, c'est leur narcissisme qui les motive.à jm: je vois ce que vous voulez dire, et quand le DRH de la boîte parle de "mode du suicide", même s'il s'excuse ensuite, c'est révélateur. Pb: des psys disponibles et compétents, on en manque et il y en aura de moins en moins. La démographie médicale est en chute libre...à Reynald: certes, aucun boulot  ne mérite qu'on y détruise sa santé mentale ou sa vie, mais on peut dire cela quand on n'est pas dépressif, justement. Parce que la dépression, ça ne se commande pas, on pe peut pas "prendre sur soi", ni "se raisonner" comme disent les proches. C'est un trou noir qui doit être comblé par de l'écoute, du travail sur soi, parfois des médicaments quand le risque suicidaire est grand, et surtout la reconnaissance sociale de cette souffrance.à Vallis: ma réponse à Reynald fait écho à la vôtre. Une personne dépressive m'a dit un jour "si j'avais un cancer, on me plaindrait et on prendrait soin de moi, alors qu'avec ma dépression, j'emmerde tout le monde". Alors les dépressifs se taisent, pour ne pas emmerder les autres... et se tuent parfois. Cela étant, j'ai accompagné des dépressifs, ça brûle une énergie folle, on se sent terriblement épuisé et injustement blessé quand la personne transforme sa dépression en agressivité dont vous êtes victime... 

Vallis 18/09/2009 06:56

"Donc la vraie question est celle-ci: Sa propre santé physique et son équilibre nerveux valent-ils la peine d'être bradés pour six mois de salaire...Au lieu de démissionner par épuisement, autant se faire porter pâle (burn-out, dépression, fatigue chronique, etc.) Et dans tous les cas, le faire avant d'être à bout et de se flinguer. Aucun boulot ne mérite que l'on s'y tue et aucun patron ne mérite le cadeau de notre vie." écrit ReynaldBen non, justement, on ne peut pas parler en ces termesC'est précisément parce qu'on est fragile, en tout cas plus fragile que d'autres, parce qu'on n'a pas sa place dans un certain type d'entreprise, qu'on n'est pas respecté, entendu, qu'il peut  arriver des situations aussi dramatiques et terrifiantes que ces suicides à répétitionDémissionner par épuisement ? ben non, parce que justement, 'on n'est plus en capacité de raisonner , parce que justement on a peur (d'un tas de choses, le sujet est vaste et non exhaustif) et que seul, on n'y arrivera pasLa dépression, et son terme dramatique, ce n'est jamais anodinIl n'y a pas de "petite dépression" et s'il suffisait de dire "je suis déprimé donc je démissionne" c'est trop shématiséd'abord parce qu'on ne PEUT pas forcément démissionner (pas uniquement pour des raisons matérielles)ensuite parce qu'il faut RECONNAITRE (pour soi d'abord) qu'on est fragile dans un contexte où tout vous demande de ne pas l'êtremm au sein d'une micro société comme la famille, il est interdit d'être fragile (surtout quand on est une femme, et je ne parlerai mm pas des épouses et des mères)quand on fait une dépression, ça parait parfois plus "facile" d'aller au bout de ses forces que de se mettre en arrêt et d'avoir l'étiquette "FRAGILE" et encore pire "DÉPRESSIF"et après c'est les questions auxquelles on ne sait pas répondre "comment ça va ? quoi depuis ce temps ça va pas mieux ? et pourtant t'as tout pour être heureux.. t'avais la chance d'avoir un boulot.. patati patata"Ya aussi un autre truc : on dissocie rarement la personne dépressive de sa maladiela preuve, elle même dit "quand j'ai fait MA dépression" ou "quand j'ai MES crises d'angoisse"en fait au boulot, on nous demande souvent de nous agiter comme des fous pour ne pas laisser surgir les émotions, pour ne pas avoir malon confond action et agitationsans compter qu'encore une fois c'est le patient lui même qui ne "veut pas" reconnaître qu'il est dépressif parce que c'est trop douloureux voire insupportableya beaucoup de symptômes somatiques pourtant qui donnent l'alerte (encore faut il les écouter) : le corps est une impitoyable caisse enregistreuse..en fait je dirais que la question n'est pas " sa propre santé physique et son équilibre nerveux valent-ils la peine d'être bradés pour six mois de salaire..."la question est "pourrait on apprendre à s'autoriser à aller mal ? on n'est pas obligé de remplir chaque heure et chaque minute de son temps, fut ce au boulot. De toutes façons, les heures se remplissent toutes seules (et pas forcément de façon agréable ) ne pourrait on apprendre à ne plus avoir peur d'un vide (auquel nous renvoient la dépression et" l'inactivité") alors qu' en réalité ce viden'existe pas ? Bonne journée Françoise

jm 18/09/2009 03:30

le suicide est avanttout une marche personnelle. Pour ma part j'a iconnu cette marche, c'était quand la douleur devenait insuportable, douleur psychique pour mon cas. Ma toubib m'a choppé à temps etjustement ils ont tropseuls  csgens : pas derévoltes dans l'entreprise etmaintenant des psy par plateu téléphonique. Cete entreprise cherche vraiment à tuer, même si si c'est sans intention ....

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