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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 19:13

nuitSamedi, on est sorti tard d’un dîner. Après quelques stations de tram, l’ami qui nous accompagnait a décidé de finir son chemin à pied : « J’en ai pour vingt minutes ». Il est parti tout tranquillement, mains dans les poches, dans une avenue presque déserte et peu éclairée. On n’y fait pas attention, ça semble naturel, mais si ça avait été une fille, on lui aurait dit que ce n’était pas prudent, qu’elle devrait plutôt prendre un taxi… Se balader seule en pleine nuit est un plaisir quasi interdit aux filles, et la menace est si intériorisée que même lorsqu’on le fait, on ne peut se défendre d’une certaine appréhension.

Lola.jpg« Dans la rue sombre presque déserte, il n’y a que des hommes. L’un fume une cigarette, adossé à un porche, deux autres vont et viennent à pas lents, un groupe de fêtards sort d’un restaurant.  Allongé sur un banc, roulé dans son duvet, un jeune SDF dort, le bras passé autour du cou de son chien, un doberman à l’air rogue qui gronde au passage de Lola. Elle avance d’un pas rapide, mais pas trop. Il y a une juste façon de marcher pour une femme, tard le soir. Trop doucement, elle semble attendre, trop vite elle semble fuir. Prendre garde aussi au rythme de ses pas, au bruit des talons sur le macadam. Trop silencieux, il les fait sursauter, trop bruyant, il peut devenir une provocation, attirer la convoitise. »

(« Ce qui trouble Lola)

Lorsqu’une femme se fait agresser en pleine nuit, il y a immanquablement des commentaires sur le fait qu’elle n’aurait pas dû se trouver là. Lorsqu’elle se fait violer en minijupe, on entend des remarques sur les tenues « pousse au crime ». Trois femmes disparaissent à peu d’intervalle en faisant leur jogging, et voilà qu'on me demande: « tu vas faire du vélo seule en forêt ? Fais gaffe, t’as vu ce qui est arrivé aux joggeuses ? » On ne se demande pas pourquoi la violence masculine, et en particulier la violence sexuelle sont si répandues, on trouve naturel de conseiller aux femmes: « restez chez vous, dehors c’est dangereux. » C’est si banal dans la tête des hommes que je me souviens, il y a dix ans, qu’un enquêteur avait dit à une jeune fille violée ( dont il s'étonnait, par parenthèses, qu'elle s'exprimât avec calme, comme si ça signifiait qu'elle était consentante!) : « Si ça se trouve, votre agresseur voulait juste voler votre sac, mais jolie comme vous êtes… »

jouer.jpgAu lieu de se focaliser uniquement sur les femmes voilées, manifestation extrême de la peur des hommes face à leurs désirs (et de leur jalousie aussi), on devrait commencer par des choses bien plus courantes : que des jeunes filles n’osent pas se mettre en jupe au collège, qu’à une certaine heure le métro soit dangereux si on n’a pas de pénis, que des hommes face à une femme seule ne sache pas réfréner leurs pulsions. Ce ne sont pas des « monstres », comme l’a faussement dit Nicolas Sarkozy, car des « monstres » ne seraient aucunement responsables de leurs actes. Ce sont des hommes, et c’est la moitié de l’humanité qu’on devrait interpeler sur cette violence qui est la sienne.

Françoise Giroud disait qu’il y aurait une véritable égalité entre les hommes et les femmes quand on mettrait à un poste à responsabilités une femme aussi incompétente que certains hommes… On en est loin, mais on ferait aussi un grand pas si les filles pouvaient aller et venir où bon leur semble, dans la tenue de leur choix, sans courir aucun risque. .

 

P1000808.jpg 

 

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Published by - dans Humeur
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françoise 28/02/2011 20:02



à Andiamo: ça a déjà été fait... dans la chanson de Brassens "le Gorille"


à Liza: très juste, et c'est pour cela que raconter par le menu le moindre fait-divers est nocif, ça crée des générations de trouillardes (pourtant la voiture tue 3000 personnes par an, plus que
les criminels sexuels, et on ne cesse pas de rouler pour autant). et des générations de pervers, qui passent à l'acte parce que l'acte est médiatisé, alors que sans cela, leur "gardien" au sens
Freudien du terme les empêcherait peut-être de céder à leurs fantasmes.



liza 28/02/2011 17:13



C'est aussi une question d'évaluation subjective du risque.


J'ai été, seule, dans une petite ville de province, en Argentine, pendant 2 mois à l'âge (inconscient peut-être) de 21 ans. Je n'avais peur de rien, j'habitais près du centre ville et me baladais
régulièrement jusqu'à minuit, même si je savais bien que c'était dangereux pour une jeune femme.


Ce n'est qu'à la fin de mon séjour que j'ai appris que la zone était très mal réputée et que durant le mois précédent deux fusillades avaient eu lieu dans le pâté de maisons. Même pour un homme,
il était peu conseillé de marcher dans la rue le soir - alors imaginez, pour une étrangère ! Je n'avais rien remarqué... Finalement j'étais heureuse de ne pas avoir été avertie : cela n'aurait
fait que me cloîtrer dans ma studette alors que, a posteriori, il valait mieux sortir puisqu'il ne m'est rien arrivé...


Le risque est parfois, dans l'angoisse, pris pour une certitude. Surestimé, il nous amène alors à étouffer nous-mêmes notre liberté.



Andiamohttp://perso.wanadoo.fr/hobbyclubJe suis al 24/02/2011 17:15



Ce qui me plairait (beaucoup) c'est qu'un juge se fasse violer !


Bien fait : a-t-on idée de sortir en robe ?



françoise 24/02/2011 09:57



à Usclade: vous mettez le doigt sur un point important: les mecs prédateurs sont en majorité des hommes qui ont peur: d'eux, des femmes, de l'avenir. Un livre intéressant "la mâle peur" du Dr
Leleu a très bien analysé cette peur ancestrale de l'homme face aux femmes. Donc, soyez courageux, les mecs, et cxessez de compenser vos faiblesses par la violence.


à Pascal et Reynald: très juste, F. Giroud avant écrit cela il y a plus de vingt ans, depuis on a effectivement vu des femmes très incompétentes à de hauts postes, mais pas à aussi haute dose que
les hommes, vu qu'elles restent très minoritaires en haut de l'échelle sociale. Pour le reste, oui: changer les rapports hommes/femmes, c'est renoncer à un système basé sur l'oppression, et quand
on voit comment durant des années les dictateurs tunisiens, lybien, égyptien... ont été bien tolérés, on se dit que l'oppression ne gêne pas tant que ça lorsque sont en jeu le tourisme, le
pétrole et la possibilité d'opprimer les plus faibles et les femmes des plus faibles.


à Patrick: un cas d'espèce ne change rien aux statistiques d'agressions, qui touchent majoritairement les femmes. De plus j'ai entendu ce matin que ce garçon se serait peut-être noyé
accidentellement après une beuverie.



Patrick Trévisiol 24/02/2011 00:53



Malheureusement l'actualité, (avec ce mec retrouvé dans une écluse du Nord) semble nous dire, que cette crainte n'est plus l'apanage de la gente féminine.  Parité.... :)



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