Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 13:15

pecheMon cousin Olivier dont j’ ai déjà parlé ICI,  est en train de réaliser son rêve de tour du monde à la voile et en famille. Parti il y a quinze mois, il a connu bien des galères. A travers le récit rédigé par sa femme  et le blog de sa fille Audreyon perçoit les galères de météo, le mal de mer et les avaries du bateau d’autant grainplus prégnantes que leur budget pour cette équipée est restreint. Plus d’une fois, j’ai admiré sa femme Virginie, qui ne partage pas la même passion du bateau qu’Olivier mais a accepté de l’accompagner dans son rêve, en sachant que toutes les tâches quotidiennes –provisions, cuisine, rangement, soutien scolaire des études à bordenfants qui travaillent par correspondance- seraient plus difficiles qu’à terre. Audrey et Damien, redoutaient aussi de quitter leurs copains. Vivre plusieurs années sur un voilier rien qu’avec ses parents, quand on a 13 ans au départ, ça peut faire peur… Mais Olivier tenait à ce voyage, pour que ses enfants comprennent qu’il existe d’autres façons de vivre que la consommation occidentale, d’autres paysages que les centres commerciaux, d’autres loisirs qu’Internet. (même s’ils l’utilisent pour communiquer pendant ce voyage).

capvert2Et de fait, au fur et à mesure qu’ils expérimentent et vivent des aventures dont une seule leur aurait paru insurmontable il y a deux ans, ils découvrent le plaisir de découvrir d’autres pays et d’autres habitudes, d’être en contact direct avec la brésilnature et la mer, et surtout de rencontrer des personnes qui, comme eux, ont choisi de larguer les amarres pour s’ouvrir l’esprit. Des personnes hospitalières, toujours prêtes à partager, aider et vivre de bons moments avec eux. L’inconnu cesse de faire peur pour devenir un être humain avec qui on parle et fraternise. L’opposé de l’ambiance sécuritaire qui fait de tout étranger un danger…

cap vertEh oui, les voyages forment, et pas que la jeunesse. Ils sont à l’inverse du tourisme qui promet « l’aventure en toute sécurité avec guide francophone », et parque les clients dans des hôtels où ceux-ci ne verront pas un autochtone, excepté parmi le personnel de service. Ils rendent plus libres et autonomes. Est-ce pour cela que l’on tente de dissuader les gens de voyager ? En tout cas, c’est l’impression qu’on a en lisant les conseils aux voyageurs du Ministère des Affaires étrangères (MAE). Les consulter donne envie de se planquer sous sa couette sans bouger tant le monde y est présenté comme dangereux, farci d’individus louches qui n’en veulent qu’à votre peau et votre porte-monnaie. Le langage dit « diplomatique » n’est pas ici de mise, au contraire :

5 terroristes ont été arrêtés à Melbourne en août 2009 alors qu’ils préparaient un attentat visant une base de l’armée à Sydney et 5 autres avaient été arrêtés en 2005 à Sydney. Le risque terroriste existe donc en Australie. (sans un seul attentat avéré, notons-le…)

Deux affaires de piraterie survenues en août et septembre 2011 doivent inciter les plaisanciers se rendant au Venezuela à redoubler de vigilance.

Allemagne : On constate un développement de la petite délinquance (vols à la tire) dans les zones touristiques et dans les grandes villes. Des agressions racistes sont régulièrement signalées.

Belgique : Malgré une diminution de la délinquance, les vols de liquidités et de documents d’identité restent très fréquents, en particulier dans les gares

La question du terrorisme en Grèce n’est pas close même si le démantèlement du groupe terroriste du "17 novembre" a mis un terme à vingt sept années d’attentats revendiqués par ce mouvement.

Bref, faites gaffe dès que vous sortez de chez vous, même dans des pays réputés très sûrs :

Une faible délinquance au Canada et un sentiment général de sécurité n’excluent pas un comportement citoyen afin de prévenir tout type de vol d’objets de valeur (bijou, appareil photo…) ou de documents administratifs

 Le MAE nous prend aussi pour des crétins infantiles : D’une manière générale, l’attention des visiteurs peut aussi être appelée sur le respect nécessaire de la réglementation et des usages locaux (code de la route). (Suisse)

Attention, je ne fais pas d’angélisme et suis la première à voyager sans bijoux précieux, avec peu d’argent sur moi, à garder mes papiers d’identité à l’hôtel (avec photocopies sur moi, et fichiers desdits papiers sur clé USB) et à éviter les quartiers « chauds » si je voyage seule. Mais l’expérience- et pas que la mienne- montre qu’on rencontre plus de gens accueillants que de malfrats dans l’immense majorité des pays. A la décharge du MAE, on peut dire que les ambassades ne voient que les voyageurs en détresse, ce qui déforme leur vision du monde, tout comme un gynécologue est persuadé que la ménopause est une épreuve affreuse car il ne voit que les femmes qui en souffrent. Mais le résultat est là : le MAE fout la trouille et exacerbe la peur de l’étranger. 

La France est la 1ère destination touristique au monde. Sans doute parce qu’elle a la chance de ne pas faire partie des pays visés par le MAE. J’imagine la présentation qu’en ferait notre cher ministère, rien qu’en copîant/collant des phrases réelles et en remplaçant le pays concerné par la France.

greve-generale.jpgLa violence routière est la première source d’insécurité en France. La plus grande vigilance est recommandée aux piétons et cyclistes dans leurs déplacements. Il arrive fréquemment que des manifestations sociales bloquent les circuits touristiques. Ces actions sont parfois violentes. Il convient d’éviter les zones où surviendraient de tels mouvements et de se renseigner au préalable sur les préavis de grève annoncés. 

L’autre source d’insécurité est la petite et moyenne délinquance. La surveillance dans les lieux publics des sacs de voyage est donc vivement recommandée. Le nombre de vols à l’arraché dans les grandes villes, près des sites historiques, dans les transports en commun reste important.

Ajoutons, pour suivre l’actualité :

flics 5Plusieurs affaires d’assassinats et de viols en 2011 doivent inciter les voyageuses à ne pas s’aventurer seules dans les bois et forêts. De même, il est recommandé de ne pas laisser sortir les enfants sans un adulte en raison de cas de pédophilie régulièrement signalés. En cas de contrôle de police, il est recommandé de ne pas résister et de ne pas chercher à parler aux policiers afin d’éviter une garde à vue pour outrage ou une conduite en centre de rétention pour tout étranger dont les papiers ne seraient pas parfaitement en règle. L’attention des voyageurs est attirée sur le fait que l’alcoolisme en France est une cause majeure d’accidents et d’agressions : les voyageurs  éviteront de trinquer avec des inconnus susceptibles de les dévaliser après les avoir fait boire.

Nom d’un diplomate, comment peut-on vivre dans un pays aussi risqué ?


coucher de soleil

 

 

Publié dans : Humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 08:05

joueraumonde COUV4bisAujourd'hui « Jouer au monde » fait ses premiers pas et j’en suis aussi émue que pour un enfant. Quinze ans de gestation, ça crée des liens d'amour avec ses personnages. A cette euphorie, un seul bémol : la date de parution: 2012, année électorale. Bémol car- ce n’est un secret pour personne- je souhaite ardemment l’avènement d’une autre logique de société: économie écologique, partage des ressources et fraternité au lieu de l’arrogance et du culte de l’insécurité qui caractérisent la droite. Cela ne signifie pas pour autant que je suis béate à l’idée qu’un membre du PS arrive au pouvoir, car nous avons déjà donné, nous les plus de 50 ans! Une part de « Jouer au monde », dans ma vie comme dans le livre, vient de là. De la certitude que si une élection peut nous débarrasser d’un fâcheux, elle ne garantit aucunement un changement de société si nous ne prenons pas notre destin en mains. 

Dans un chapitre de « Jouer au monde », Marine raconte le 10 mai 1981 :

 mitterrand81.jpegA 20h, lorsque devait apparaître à la télévision le visage du nouveau président, Marine était au théâtre. A Bobino précisément, où Guy Bedos avait interrompu son spectacle. Le visage levé vers l’écran géant, il faisait les cent pas en murmurant « Ca y est, cette fois ci, ça y est ! ». Toute sa vie, Marine se souviendrait de la pluie de roses rouges sur la scène à l’annonce du résultat, des gens qui s’embrassaient et d’un couple de vieux entonnant « Le temps des cerises » avant de fondre en larmes de joie:

« Ca nous rappelle 36 ! »

Vers 22h, alors que le bal battait son plein place de la Bastille, un orage éclata, violent, sur la capitale. Marine y vit comme un symbole : l’eau purificatrice allait donner naissance à un monde nouveau.

Plus tard, c'est la déception lorsque, « à l’épreuve des faits », les espoirs se délitèrent :

Marine en fut blessée à l’aune des espoirs qu’elle avait nourris et se demandait, comme pour un amour déçu ou trahi, à quel moment, et pour quelle raison ils lui avaient menti.

« Ils avaient des idées et pas le pouvoir de les réaliser. Ils ont aujourd’hui le pouvoir, mais plus la volonté de réaliser leurs idées », se plaignait-elle à des amis.

« Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument, » lui rétorqua un camarade énarque, ravi de cette citation qu’il présentait comme une fatalité quasi biologique.

Zut, me dis-je, raviver cette période ne va pas arranger les affaires de la gauche… Scrupule analogue à celui que veulent faire naître en toi les gens du PS lorsqu’ils t’enjoignent de « voter utile » et de ne pas disperser les voix sur les « petits candidats » (essentiellement Melenchon, Joly, Poutou côté gauche) pour contrer Marine le Pen.  

eva jolymelenchon-copie-1Tout d’abord, la notion de « petit candidat » me hérisse, elle est contraire au principe républicain d’égalité. De quel droit certains s’estiment-ils plus grands que d’autres ? Si on mesurait la grandeur d’un candidat à sa droiture et son courage, Eva Joly serait gagnante. Si on la mesurait à la proposition d’un vrai projet de société et au charisme qui donne envie de le réaliser, Jean-Luc Melenchon serait vainqueur.

Deuxio, le coup du « vote utile », on nous l’a fait en 2002 et on s’y est fait prendre, alors qu’a postériori, il était évident que Jean-Marie père de Marine n’aurait jamais obtenu plus de 40% des voix. Et même si… aurait-ce été la faute des électeurs, ou celle des « grands candidats », trop mauvais pour susciter l’envie de voter pour eux ? Il y a quelque chose d’indécent à faire peser le poids de l’échec sur les électeurs !!! Comme j’ai répondu à un ami proche du PS : « Si Jospin avait été bon, j’aurais voté sans hésiter pour lui dès le premier tour, si Hollande était bon, ce serait pareil : je ne vote pas pour ou contre un parti, mais pour ou contre des idées, une vision de la société et accessoirement un candidat. Ca commence à bien faire, ces caciques de la politique incapables de reconnaître leurs erreurs. »

Au lieu de diaboliser Marine le Pen, réaction idiote car elle se pose en martyre et ça lui rapporte des voix, pourquoi ne s’interrogent-ils pas sur le fait que beaucoup d’électeurs de Marine viennent des classes modestes, qui votaient autrefois PC, ont vu le parti communiste disparaître sous l’hégémonie du PS et ne se sont pas reconnus dans la gauche boboïsante que n’épargnaient ni les scandales, ni l’arrogance ? Comment voulez-vous que des gens qui triment et se font empapouter jusqu’à la moelle depuis quarante ans puissent se reconnaître dans le train de vie et les manières d’un DSK ou d’un Kouchner, pour ne citer que les plus symboliques ?

Un de mes amis bosse avec des ouvriers pour la plupart intérimaires et immigrés de seconde génération. Ces derniers sont abstentionnistes ou votent le Pen. Pas parce qu’ils y croient, juste parce que « tant qu’à voter, autant faire chier les autres en votant  Marine ».  A l’argument selon lequel leur championne risque de les faire chier en tant que noirs ou descendants d’immigrés même s’ils sont français, ils haussent les épaules : « De toutes façons, on est des loosers, y en a pas un qui s’est occupé de nous, alors tant qu’à être looser, autant se marrer en les faisant un peu chier. »  OK, ce n’est qu’un exemple et il existe heureusement des pauvres qui votent avec leur cerveau, mais il ne faut pas non plus, sous prétexte de « politiquement correct » omettre le fait que si l’opposition riches/pauvres et la lutte des classes sont bien réelles, les riches ne sont pas tous immondes, et les pauvres ne sont pas tous intelligents, le pourcentage de connerie existe dans toutes les couches de la société. Donc ne pas omettre que bien des gens qui ont en bavé sous Sarko voteront à nouveau Sarko parce qu’un mec marié à une Top model et qui roule les épaules, ça leur plaît, ça fait "zy-va" qu'a réussi.

affaires-gens-manger-argent-_-tjo0021.jpgSi seuls les riches votaient à droite, jamais celle-ci ne serait élue puisque les riches représentent moins de 20%des gens, dont 10% seulement de richissimes. (de plus il y a des riches qui votent à gauche, si, si !) Il faut donc admettre que dans les 51% d’un président de droite, plus de 30% viennent de gens qui, logiquement, n’auraient pas dû voter pour lui… et s’interroger sur ce qui fait l’échec renouvelé de la gauche. En effet, depuis 1958, avènement de la 5ème république, on a vécu 40 ans avec la droite et seulement 14 avec la gauche. Même pas 14 ans: 12, puisqu’il y a dans ces 14 ans deux ans de cohabitation  avec Jacques Chirac comme Premier Ministre de Mitterrand. Il y a évidemment une raison majeure: la domination par les medias et par les financiers des campagnes, qui sont les décideurs réels vu qu'ils tiennent les manettes internationales financières et boursières. Certes. Mais ça n'oblige pas non plus à se soumettre. 

 Par simple souci d’équité, il serait juste que la droite, élue par la moitié de la population +1, laisse la place à la gauche, qui en représente autant. Une vraie gauche, capable de lutter contre la financiarisation de l’économie dont même des économistes de droite disent aujourd’hui qu’elle est une catastrophe intégrale contre laquelle rien n’a été fait depuis 2008 malgré les promesses des uns et des autres. Pour choisir, voir quels candidats apportent de vrais engagements sur ce point. Mais quels que soient leurs engagements, se souvenir du passé et en aucun cas ne leur signer un chèque en blanc. 

Qui que tu sois, futur(e) Président(e) ce sont les citoyens qui joueront le 3ème tour et t’auront à l’œil.

chat-hypnotiseur.jpg

 


 

 

Publié dans : CHANGER
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 00:36

amoureux trio2011, ce n'est pas la pire nouvelle, a été l'année d'une médiatisation sans précédent des pluriamoureux, avec souvent une vision réductrice. Entre les journalistes qui cherchaient des trios (un homme avec deux femmes ou deux hommes avec une femme), ceux qui voulaient savoir « comment on s'organise avec autant d'amants (le « autant » n'étant jamais quantifié mais reflétant le fantasme de l’interviewer) les sceptiques voulant prouver que cela ne peut pas marcher et les convaincus opposant le modèle usé de la monogamie au modèle flambant neuf du polyamour, sans prendre garde au fait qu'on peut être pluriamoureux et vivre également des périodes de relation unique, on a réalisé combien ce sujet, comme tout autre d’ailleurs, est jugé à travers le prisme déformant de la culture, l’histoire et la logique personnelle de chacun, en gommant toute complexité.  Complexe pourtant, car au- delà de l'affirmation selon laquelle il est possible d'aimer ouvertement et sincèrement plusieurs personnes, admise aujourd'hui par 67% des auditeurs de Brigitte Lahaie (il y a dix ans, à peu près le même pourcentage affirmait que c'était totalement impossible) au-delà de cette affirmation/définition donc, il n'existe pas deux façons identique de vivre des amours plurielles, et ce choix sera même vécu différemment par toute personne au cours de sa vie, en fonction des encontres et de sa propre évolution. Difficile d'expliquer cela dans une interview d'une heure, réduite après montage à 1 minute trente. Mais au-delà de cette spécificité journalistique, les prismes déformants existent partout.  

homme_champignon.jpgLes libertins voient surtout le côté multipartenaires des pluriamoureux qu’ils considèrent comme des libertins, disons... sentimentaux. Exunt en revanche les interrogations sur la construction d'une famille de Lutins, sur les conséquences juridiques d'unions plurielles et stables dans un pays de tradition monogame, sur la liberté d'aimer et le territoire personnel de chaque partenaire.

première couvLes serial monogames, qui quittent leur partenaire chaque fois qu’ils ou elles en rencontrent un(e) autre se demandent si les pluriamoureux ne seraient pas des gens qui « n'ont pas le courage de divorcer. » Certains, qui m’ont connue lors des « quarantièmes rugissants » ( « Aimer plusieurs hommes », p. 117 et suivantes) s’étonnent dix ans après que je sois toujours mariée, persuadés que je devais divorcer. Inutile d'expliquer qu'un homme et une femme peuvent sortir séparément sans être brouillés pour autant, inutile de rappeler que le choix du pluriamour est bien antérieur à la quarantaine agitée, inutile de souligner que tout couple de longue durée, monogame ou poly, traverse des périodes houleuses qu'il peut surmonter, ils ne l’entendent pas. Pour eux, le polyamour est le  cache-misère de couples en rupture ou un compromis pour sauver le conjugo. Un couple en crise, ça divorce! S'il ne le fait pas, c'est qu'il manque de courage et se ment à lui-même.  Etrange d'ailleurs comme les divorcés, autrefois stigmatisés, sont aujourd'hui regardés plus favorablement que les pluriamoureux...

ecran3.jpgLes frustrés voient ces derniers comme des épicuriens, des jouisseurs effrénés qui mènent une vie amoureuse débridée et insouciante. Inutile de leur dire que, de même que toute mère se demande parfois devant un nourrisson braillard ou un ado renfrogné pourquoi diable elle a pondu des mouflets (tout en les adorant) toute personne mono ou poly, se demande parfois ce qu'elle fait avec son ou ses partenaires débiles. L'avantage du Lutin est de pouvoir fuir le ronchonchon du moment et se refaire une santé avec un amoureux mieux disposé, qui contribue à lui rendre la sérénité nécessaire pour ne pas trucider le ronchonchon. L’inconvénient du polyamour est que  plusieurs amoureux signifient aussi plusieurs risques de crise. Si chacun fait la sienne l'un après l'autre, c'est comme avoir deux filles espacées de six ans : douze ans d'adolescence à affronter, il faut une santé de fer !  L'avantage du pluriamour, c'est que le goût de l'indépendance autorise à claquer la porte en disant « Vous me fatiguez, je me retire dans mon tipee et reviendrai quand tout sera calmé ». L'inconvénient du pluriamour est que l'habitude d’être attentif à chaque relation amène immanquablement à se demander si on est responsable ou non de cette épidémie de ronchonchonnerie. Bref, c'est une vie passionnante mais ni 100% épicurienne, ni 100% facile. Cependant, inutile de l'expliquer aux frustrés, ils ne retiennent qu'une chose : vous avez une multitude de jolis souvenirs amoureux alors qu'ils se demandent encore s'ils vont oser aborder la collègue de bureau qu'ils croisent chaque jour dans le RER.

mouette.jpgLes lubriques considèrent le polyamour comme l'autorisation de « s'envoyer en l'air » sans risque de révolvérisation par un(e) conjoin(e) jaloux(se). Combien de lettres de lecteurs sur le thème « j'ai eu la révélation avec vos livres, c'est comme ça que je veux vivre, dites-moi comment convaincre ma femme d'être Lutine, elle est  très possessive. » Inutile d'expliquer qu'on ne rend pas une personne moins possessive en lui brandissant sous le nez « le Guide des amours plurielles » comme une méthode A Mimile de l'adultère heureux, mais plutôt en la rassurant sur ce qu'elle représente et sur l'amour qu'on lui porte, bref en allant sur son terrain et en l'aidant à dissiper ses craintes et son manque de confiance. Trop compliqué pour un simple alibi au désir d'adultère, que le lubrique exprime en faisant passer l' opposante au polyamour pour une fieffée rétrograde. ( par parenthèse, les pluriamoureux ne condamnent pas la monogamie, ils font juste un autre choix)

joueraumonde COUV4bisBref, ce qui semble évident à certains est Martien pour d'autres, pas plus bêtes qu'eux. Question de logique de pensée différente. A un Lutin qui me demandait comment faire pour ne pas gêner ses trois amoureuses – dont chacune connaît l'existence des deux autres sans pour autant les fréquenter-  si elles se trouvaient invitées à la même soirée que lui, j'ai répondu qu'il n'était nullement obligé de les câliner en public ensemble, et même pas l'une après l'autre. « La vie amoureuse s'appelle vie privée, ce n'est pas pour rien. » (ça c'est dans « Jouer au monde ») Alors même si l'on est très heureux d'être un Lutin, même si on jubile d'avoir acquis une liberté amoureuse dont on ne se croyait pas capable, même si on découvre avec délices la variété et la multiplicité de ses désirs,  ce sont des jardins privés qu’on n’est pas obligé d'ouvrir à tout le monde, sous peine d’être incompris « vu de l'extérieur » .

 

jerry-perch-e.jpg

Publié dans : EROS
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 12:58

joueraumonde COUV4bisLe 18 janvier, sort mon roman : « Jouer au monde ». Comme le blog ? Oui. Si ce n'est que le roman n'a pas ce titre à cause du blog. C’est le blog qui s'appelle « Jouer au monde » à cause de ce livre qui me tient à cœur depuis plus de quinze ans.

Dans ces années 90, je trouvais que la vie, contrairement au vin, ne se bonifie pas avec le temps. Les uns après les autres, mes amis perdaient leurs enthousiasmes en même temps que leurs cheveux et se rangeaient dans les mêmes logements, mêmes distractions, mêmes lectures, même ennui... Conformistes et résignés à l'être. Deux chocs pétroliers et plusieurs crises– déjà!- avaient gommé les utopies  au profit de l'économie. Depuis 1986 à peu près, on avait le sentiment qu'une certaine vision du monde, utopiste et généreuse, s'écroulait, terrassée par l’argent-roi et les traders voraces déjà très « bling-bling »

fran_oise_27.jpgJe refusais cette donne si peu affriolante et me posait sérieusement la question : pour rester fidèle à soi-même et ne pas « se ranger », faut-il être forcément dérangé ? (mes choix de vie personnel et professionnel ayant été souvent qualifié de folie j’avais quelques raisons de me le demander.)

funambule.jpgAlors j’ai pris un congé sans solde de trois mois et écrit « Jouer au monde », dont les deux héros, Antoine et Marine, ont le don de créer leur propre univers pour résister à la morosité du monde adulte. Autour d’eux se sont greffés une vieille dame sensuelle et fantasque, une communiste désabusée en plein chagrin d'amour, un hôtelier homosexuel surendetté,  deux baroques émigrés d'Europe de l'Est, un businessman gréco-romain joueur et philosophe, la mère de Marine, sereine, et celle d'Antoine qui a voulu vivre plusieurs vies en une. Tous posent à leur manière deux questions : « Que faire de sa vie ? Que fait la vie de nous ? » Dans ce maelström insolite,  la rencontre d’Antoine et Marine  se joue sur le fil du désir, fragile, si fragile... A la fin de la toute première version, Marine mourait pour ne pas décevoir Antoine. Histoire d’amour tragique, forcément  tragique. J’étais alors en pleine recherche existentielle…

Je me rappelle, comme un souvenir lumineux, le coup de fil personnel de Dominique Aury, auteur d’Histoire d’Ô : « J’ai lu votre manuscrit, je voudrais vous en parler, venez me voir chez Gallimard ». C’était quelques années avant sa mort, elle avait 85, 86 ans…. Elle descendit lentement l’escalier et me dit : « J’ai beaucoup aimé votre roman, on y suit très bien le déchirement de Marine et d’Antoine, mais je voulais vous prévenir : aucun éditeur ne le prendra. – Pourquoi ? – Parce qu’il n’est pas dans l’air du temps, et aujourd’hui on publie ce qui est dans l’air du temps ». Deux autres éditeurs ayant eu la même réflexion, je rangeai mon manuscrit, tout en notant soigneusement les critiques que je trouvais intéressantes.

première couvdsirsQuand je l'ai repris, du temps avait passé.  « Aimer plusieurs hommes » et quelques autres titres m'avaient permis de trouver comment, au lieu de regretter le temps des rêves, agir pour transformer ceux-ci en réalité. « Jouer au monde », toujours, mais  pas pour le fuir. Pour y vivre pleinement. Du coup, il devenait absurde de faire mourir Marine. Une autre fin s'est imposée, certains personnages ont pris de l’importance, d’autres en ont perdu, j’ai élagué, corrigé, réécrit… et repris mon parcours des éditeurs dont je retiens deux souvenirs. Le refus le plus original que j’ai jamais eu : « J’ai lu votre manuscrit. Très bien écrit, très bien construit. Les personnages sont attachants. Et alors ? Alors je ne crois pas que je saurai le lancer. Pourquoi ? Je ne sais pas. »   Le bonheur le plus grand, bien sûr, fut l’acceptation du roman par l’éditrice, trentenaire, qui m’a dit : « Même si cette histoire se situe à une époque que j’ai peu connue, je m’y suis reconnue. On y trouve les questions que l’on se pose à l’entrée dans la vie adulte, quand on redoute la laideur des jours ordinaires. »

C’est une histoire d’amour à une époque charnière de l'Histoire, une pure fiction dont aucun des personnages n’est inspiré d’une personne réelle. Pourtant, en le lisant, mon cher et tendre m’a dit : « J’entends ta voix derrière chaque phrase, c’est le roman qui te ressemble le plus. »  C’est sans doute pour cela qu’il me tient tant à cœur…


4eme-couv--JAM.jpg

 

Publié dans : Publications
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 15:41

sarko_masqu_.jpgJe n’écouterai pas cette année les vœux du président et vous n’en aurez donc pas l’exégèse. Pour les nostalgiques, j’ai fait cet exercice en janvier 2009,  réitéré en janvier 2010, puis imaginé le 31 décembre 2010 (pour l’année 2011) ce que pourraient être les vœux rêvés du président. Vous avez donc de la lecture en perspective, surtout les nouveaux lecteurs, et c’est certainement plus instructif de relire des discours anciens avec du recul que de se fader des promesses qui n’engagent, comme disait l’autre, que ceux qui y croient.

En 2012,  mieux vaudra parler non pas de vœux, mais de bilan,  et ne pas oublier quelques petites phrases ou promesses du Président dérisoires à l’aune d’aujourd’hui. Je ne les citerai pas, on a du temps pour se rafraîchir la mémoire, profitons encore de la « trêve des confiseurs ».  Allez si, une seule, car elle est terrible : « Si je suis élu, en 2008, plus personne ne dormira dans la rue ».

capitalisme-malade.jpgA part cela, l’année 2011 a été fascinante, fatigante. Année de chute : de la Bourse,  du système capitaliste, de nombreux dictateurs, bûcher des vanités (DSK, Delarue), disparition de Ben Laden. Chute, aussi, d’une certaine idée du « progrès » mise à mal par Fukushima, centrale vendue comme bardée de systèmes de sécurité et capable de résister à tous les séismes. Enfin parmi les bonheurs de 2011, l’idée - qui fait son chemin- d’une réelle démocratie, la redécouverte par les jeunes que l’action collective et la solidarité sont importantes et que le bonheur ne se résume pas à un taux de croissance, ni au dernier gadget électronique.

Il reste à le prouver et à le vivre. C’est le vœu que je forme pour 2012, plus un de caractère privé : que l’an prochain à la même date, tous ceux et celles que j’aime soient encore là pour qu’on s’embrasse à minuit.

 

img_0109.jpg 

 

lecture.jpgAh si, encore un vœu : que vous fassiez tous provision de livres sur le site « Autres Mondes », afin que nous puissions poursuivre cette aventure et vous proposer d’autres écrits stimulants. (cf à droite de ce blog)

Publié dans : Humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

Présentation

ACHETEZ MES LIVRES

C'est terminé pour les promotions de fin d'année sur  l'Algue fatale, le CDI de Dieu et Him-li-co et autres contes.  En revanche, alors qu'on parle un peu partout de la crise du logement, il est urgent de lire "Frapper les cieux d'alignement", qui montre comment cette "crise" est le résultat de trois décennies de n'importe quoi en matière de construction et de politique urbaine.    AUTRES MONDES          

 

algue.jpgP1020375image-sites-400pxcouv century3 copie première couv autresdesirs.jpg

NOUVEAU: 2 CD de jazz avec le clarinettiste Philippe de Preissac 

en vente dès aujourd'hui dans notre boutique

chabadas jazz-feeling-trio-copie-1.jpg

 

PAGE " FAN-CLUB "

Françoise Simpère (nouvelles de)

ma vie, mon oeuvre, mais surtout mon oeuvre

Catégories

Recherche

Désirs de lecturehttp://fsimpe

                                                                                                 lien-guide.jpg  

                                          
                                                                    des questions, des réponses, l'ouverture des possibles

L’érotisme est au coin de la rue

Le livre du grand Tout


Un livre indispensable
voyages torrides et beaux paysages
une belle histoire de peau et de coeur
documenté, ça énerve parfois, ça fait aussi du bien
à découvrir ou redécouvrir pour la finesse de l'analyse et de l'écriture
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés