Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 09:30

Je vous avais parlé en son temps du documentaire "Zambie: à qui profite le cuivre?" racontant comment la société Suisse Glencore, soutenue à l'époque par la Banque Européenne d'Investissement, exploitait le cuivre de Zambie sans reverser un centime au gouvernement zambien et a fortiori à son peuple, puis le revendait au prix du marché sans payer d'impôt, vu que la filiale le commercialisant se trouvait dans un paradis fiscal. Le documentaire décortiquait cette fraude fiscale ô combien répandue- rappelant au passage que Glencore avait déjà été lourdement condamnée aux Etats-Unis sur ce motif- et montrait les conditions environnementales et sociales lamentables dans lesquelles se déroulait l'extraction du cuivre: sols pollués par des toxiques, enfants contaminés, etc.

Ce film réalisée par deux jeunes femmes talentueuses, Alice Audiot et Audrey Gallet, vient de recevoir le PRIX ALBERT LONDRES, la plus haute récompense journalistique. Il le mérite à double titre. Il est passionnant à regarder:

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vimeo.com/25000940

et a contribué à la justice: quelques jours après la diffusion sur France 5, la BEI a annoncé qu'elle allait cesser de financer Glencore et le gouvernement Zambien a réclamé à la firme les sommes qui lui étaient dues. (j'ignore s'il les a reçues). 

Il était temps! L'association "Les Amis de la Terre" travaillait sur ce dossier depuis deux ans, et avait moult fois alerté les instances européennes et internationales sur ce scandale, recueillant l'approbation morale des intéressés... mais aucune décision. Comme quoi, il arrive que la télévision et la médiatisation donnent un coup de pouce efficace à l'action militante, comme cela a été le cas pour "le monde selon Monsato", "le cauchemar de Darwin" ou "we feed the world." 

La jeune femme  qui pilote les documentaristes à travers l'épineux dossier Glencore et explique les enjeux de ce scandale s'appelle Anne-Sophie Simpère. C'est ma fille aînée, elle a travaillé cinq ans aux Amis de la Terre avec une persévérance et une combativité efficaces, elle s'est également investie bénévolement au service d'une ONG en Inde, et donc, je le dis sans aucune modestie, je suis très fière d'elle, et émue que nous soyons sur ce point idéologique en parfaite harmonie.


zambie-copie-1.jpg

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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 00:48

Le 26 mai, je suis invitée. Je manquerai donc un de mes plaisirs inavouables, une régression comme je les aime,  du style regarder  au lit une émission ringarde avec une bière et des chips, la totale.  Je veux parler de la finale du Concours Eurovision de la chanson. Ah ! Voir défiler d’improbables artistes, célébrités d’un soir… Qui se souvient de Jessy Matador, Virginie Pouchain, Marie Line, Fanny, Roger Bens, Jean Gabilou ou Jean-Paul Mauric qui eurent l’honneur de représenter la France à ce concours, après une impitoyable sélection ?

Ah ! Entendre les présentateurs scander avec un fort accent : « Italie, un point. Italy, one point » « Azerbaïdjan, trois points, Azerbaïdjan, three points. » Ca dure des plombes,  le suspense est total, les costumes à paillettes, les chansons entre folklore et sirop, personne ne comprend les critères, peut-être  politiques, qui président aux votes des jurés puisque depuis quelques années les pays de l’Est ont la part belle dans le palmarès, mais on ressent à regarder cela le même plaisir que celui qu’on a à enfiler un vieux pull datant de ses quatorze ans : un sentiment d’intemporalité, de sécurité absolue loin des agitations du monde moderne. Et puis on peut se lever pour aller faire pipi ou se confectionner un solide en-cas, on ne risque pas de manquer des choses inoubliables.

Le concours Eurovision de la Chanson, c’est une institution qui dure depuis  le milieu des années 50, imperturbablement.  J’étais trop jeune pour savoir que la France était leader de ce concours à cette époque. Gagnante en 1958 avec « Dors mon amour » chanté par André Claveau, 1960 avec Tom Pillibi chanté par Jacqueline Boyer et 1962 avec « Un premier amour » chanté par Isabelle Aubret. Période de gloire effacée par des années de défaite successives… La dernière victoire date de 1977, avec Marie Myriam dont peu d’entre vous se souviennent. Le champion absolu est l'Irlande avec 7 victoires depuis 1965...  

  gall-1965.jpg Trêve de persiflage, l’Eurovision c’est doux comme une madeleine proustienne, avec des fragments de chansons qui restent en mémoire. En 1964, Non ho l’eta, où Gigliola Cinquetti chantant non ho l’eta  per amarti, non ho l’eta per uscire sola con te (je n’ai pas l’âge de t’aimer, je n’ai pas l’âge de sortir seule avec toi)  a fait rêver des milliers d’ados qui avaient justement le même problème : être amoureuses et ne pas avoir le droit de sortir avec leur flirt.  Ca ramène au temps de « Diabolo menthe », le moyen-âge comme diraient mes filles… En 1965, ce ne fut pas la France mais le Luxembourg qui triompha avec France Gall et sa « Poupée de cire, poupée de son » (chanson de Gainsbourg, tout de même !) que je suis encore capable de brailler par cœur…  Tout comme d’ailleurs je connais encore le refrain de la chanson représentant la France : « N’avoue jamais » de Guy Mardel, mais ne me demandez pas les couplets …

dion-1988.jpg France Gall est une des rares gagnantes de l’Eurovision, avec Céline Dion, à avoir fait une belle carrière. En revanche, plusieurs candidats malheureux à ce concours ont connu le succès après.  Alain Barrière, le crooner préféré des  mères de familles et des très jeunes filles de 1963 y chanta « Elle était si jolie », arrivé 3ème, mais fit ensuite une solide carrière. Une amie avec qui j’ai cohabité 9 ans me racontait son émoi de gamine alain-barriere-10831.jpgdevant les  yeux clairs et les chemises bleu ciel de ce beau chanteur brun, et lorsque vingt ans plus tard elle rencontra son futur mari, la première chose qu’elle me téléphona fut : « Il ressemble à Alain Barrière. »  Serge Lama et Patrick Fiori, candidats malheureux au concours, devinrent d’heureux vendeurs de disques durant des années… Mais il y a aussi des bizarreries, comme la participation à l’Eurovision de Patricia Kaas, alors qu’elle était déjà célèbre et n’avait rien à prouver. Et que patatras, elle se ramassa.  France : 107 points, France : one hundred and seven points, 8ème, Patricia Kaas, qu’allait-elle faire dans cette galère kitchissime ?

Depuis deux jours il fait beau. Pourvu que le concours ne ramène pas la pluie…

 

 

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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 12:21

l_vres.jpgSur une affiche 3x4m une blonde extasiée proclame : « J’ai découvert mon voisin sur CelibParis ».   « Ce serait pas plus simple, dis-moi,  de l’inviter à prendre un verre quand tu le croises dans l’ascenseur ? » D’autres sites de rencontres s’affirment « pour célibataires exigeants » ou « pour rencontres sérieuses ». J’adorerais que l’un d’eux ose écrire « site pour loosers et laissées pour compte qui aimeraient s’envoyer en l’air de temps à autre vu que chacun a droit au plaisir», ce serait plus drôle mais les pubeux manquent d’humour. Sauf dans la pub pour Gleeden, site pour adultérins honteux,  qui promet la discrétion et, (humour) assure : « on ne vous proposera jamais de carte de fidélité ».

adresse.jpgL’amour au XXIème siècle dans les grandes métropoles me laisse perplexe : c’est compliqué, c’est commercial, ça se joue sur la toile et pas dans la rue, dans des clubs et pas sur la plage, ça se termine dans un cas sur deux par une séparation, ça demande des coaches, des psys, et dernièrement des « intermédiaires sur Internet ». L’intermédiaire sélectionne des fiches sur Internet pour son client, il prend contact, envoie les messages, drague les personnes qui lui semblent convenir au profil souhaité et ne s’efface que pour le premier rendez-vous. Comme dit un adepte de cette formule, chef d’entreprise de 27 ans dans une ITV au Parisien: « Je n’ai pas le temps de m’en occuper, c’est pratique. » 

vin2.jpgMais mon gars, si tu n’as pas de temps à consacrer à la phase la plus magique d’une rencontre- la découverte, la séduction- qu’est-ce que tu vas bien pouvoir offrir à une femme quand elle sera devenue « ta » femme, avec le quotidien pas toujours stimulant et toujours autant de boulot ? Tu crois pas qu’il vaudrait mieux rester célibataire plutôt que de la faire souffrir et d’être plaqué un jour parce qu’elle s’ennuiera avec toi et en aura marre de « faire partie des meubles » ? C’est une des grandes causes de séparation, la sensation de ne plus exister. Ces derniers jours, j’ai retrouvé deux amis perdus de vue le temps qu’ils étaient en ménage, surbookés au boulot dans la journée, interdits de dîner dehors le soir, surtout en tête-à-tête avec une femme. Le premier a eu cette phrase terrible : « Je me sens dans l’état d’esprit d’un parisien en août 1944 : libéré. » Le second à qui je rapportais cette phrase a soupiré d’aise : « Moi, pareil. »

Ainsi donc, malgré toutes les rustines- libertinage, couples « ouverts » se résumant à une autorisation d’adultère,  sex-toys, coaches, sites de rencontres - appliquées à l’amour ou plutôt au couple, celui-ci a toujours et semble-t-il de plus en plus de ratés. Preuve qu’il faudrait le repenser de fond en comble.

singes.jpgC’est comme pour l’économie : on a beau s’efforcer de réparer le système capitaliste ou d’en atténuer les méfaits les plus criants, la crise continue car c’est la logique même du système qui est pourrie.

Le problème est qu’il est infiniment plus difficile et plus long de modifier sa logique de pensée que de mettre des rustines, et surtout cela fait peur : « On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on risque ». C’est pourquoi les tenants du « compromis acceptable » n’ont de cesse de traiter ceux qui veulent changer le système économique d’utopistes, de révolutionnaires, d’extrémistes, d’irréalistes, alors que ces derniers sont au contraire extrêmement réalistes, prenant en compte l’échec réitéré des politiques passées, pour concevoir d’autres logiques possibles où l’écologie et le partage des richesses, par exemple, seraient prioritaires.

mai68.jpgIdem pour le couple, (ou comme on dit en économie « le ménage ») : plutôt que des rustines inefficaces  pour le réparer, ne vaudrait-il pas mieux réfléchir à la logique qui sous-tend cette institution : rapports de force, possessivité, dépendance amoureuse, préjugés religieux, enjeux économiques… et choisir  une logique fondée plutôt sur l’autonomie, la confiance mutuelle et une réelle liberté d’être heureux avec et  sans l’autre, voire les autres ? Une liberté totale, pas seulement sexuelle, impliquant une responsabilité totale de ses actes. Difficile ? Oui, car il n’est pas facile de renoncer à des convictions somme toutes confortables. Mais pas tant que cela dès lors qu’on ose le faire. Comme dit le Sage « Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que cela semble difficile. »  

En somme, le libertinage et autres rustines amoureuses sont aux amours plurielles ce qu’est le PS au Front de gauche ou aux écologistes: un moyen de rendre un système supportable plutôt que de le remettre en cause.  Comme quoi réflexion intime et politique peuvent aller de pair.


  poissons.jpg

 

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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 12:07

A  juste titre, on s’est indigné du « bizutage » des pompiers de Paris à base essentiellement sexuelle et brutale. Mais dans le même temps d’éminents ethnologues décrivent des « rites d’initiation » cruels et souvent sexuels dans des tribus reculées, sans émotion ni critique, comme si le respect des « traditions » (argument employé par les pompiers pour excuser leur errements) justifiait là-bas ce qui est inadmissible ici. C’est d’ailleurs au nom du respect de la tradition que durant des années les institutions internationales ont refusé de condamner l’excision, jusqu’à ce que, grâce aux associations féministes, on découvre qu’une femme noire n’a pas plus envie qu’une blanche qu’on lui coupe le clitoris et ne l’accepte que sous la menace d’être rejetée par le village si elle résiste.

Pendant que la campagne électorale patinait sur l’abattage des animaux- hallal, pas hallal, avec ou sans étourdissement préalable- « Rendez-vous en terre inconnue » (magnifique émission que j’adore malgré mon esprit caustique) montrait des bergers éthiopiens enfoncer un pieu dans la gorge d’un taureau, laisser gicler le sang et le boire, puis renvoyer l’animal clopinant à sa destinée… tandis que le commentaire glorifiait l’authenticité de ces fiers guerriers devenus « messagers de la paix ».

Le citadin admiratif des « arts premiers » oublie que les sacrifices humains en Afrique noire comme en Amérique Latine devaient faire aussi mal aux victimes que si elles avaient été blanches et modernes et s’esbaudit devant les scarifications multiples sur des visages de couleur alors qu’il hurle lorsque sa fille réclame un piercing à la lèvre ou à l’arcade sourcilière.

Le même s’extasie devant les cordes à linge bien garnies qui vont d’une fenêtre à l’autre dans certaines ruelles du sud méditerranéen et se fend d’une lettre outrée au syndic pour peu qu’une locataire ait suspendu son petit linge sur le balcon pour le faire sécher. Il s’indigne des atrocités commises au Soudan, en Syrie ou ailleurs, mais écarte le militant d’Amnesty International qui lui demande quelques sous d’un revers de main : « Je suis pressé ».

Enfin, quel chœur unanime l’an dernier pour glorifier le stoïcisme des Japonais lors du tsunami à Fukushima, comme si un asiatique, forcément, ça supportait bien la douleur (alors qu’il s’agissait de la sidération face à l’horreur, phénomène bien connue des urgentistes) tandis qu’on ouvre une cellule psychologique au moindre fait-divers en France. L’homme blanc est fragile mais le spectacle de la douleur de lointains terriens le fascine.

Par parenthèse, on eu beaucoup moins d’écho des manifestations antinucléaires au Japon qui ont abouti à la fermeture des tous les réacteurs du pays, l’homme occidental ayant décrété que se passer du nucléaire est impossible… 

Parfois, on se demande si les expositions universelles qui exposaient des « sauvages » à la curiosité des Parisiens ne rencontreraient pas aujourd’hui encore du succès.


fou4.jpg 

 

 

 

Publié dans : Humeur
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 12:19

aleph1Ces comédiens ont un talent fou et multiple : création de spectacles, danse, musique, mise en scène, organisation de fêtes… ils savent tout faire sans se la péter, avec une gentillesse communicative et un enthousiasme  aussi « latinos » que le sont beaucoup de ses membres. Ce sont des amis que je côtoie depuis 7 ans sans jamais être déçue, et  dont aucun des amis que j’ai emmenés dans leur théâtre n’a été déçu. Ce sont des militants sans drapeaux  ni porte-voix, qui au quotidien agissent auprès de jeunes en difficulté en leur faisant découvrir les joies de la culture et du verbe. Ce sont les créateurs de la Compagnie Aleph dont je vous ai déjà parlé ici, ici, et là.  Parce qu'ils font partie de ceux qui contribuent à changer le monde.

aleph2Aujourd’hui, les voici obligés de quitter leur lieu pour cause de voisin irascible qui ne supporte pas le bruit, et comme le mime ne leur suffirait pas à exprimer tous leurs sentiments, comme la musique fait partie de leur culture, les voici contraints à s’exiler. Pas loin, toujours à Ivry, mais dans un hangar à aménager entièrement avec leurs petites mains et leurs gros bras pour le transformer en théâtre de 100 places avec foyer et accueil chaleureux. Tout ceci coûte cher, alors ils ont besoin de sous. De 1,54 € (oui, c’est précis) à 100 € et plus, vous pouvez leur offrir un petit bout de leur théâtre (don ouvrant droit à déduction fiscale) pour continuer leur rêve… et le nôtre car une soirée  avec la Compagnie Aleph est un absolu remède contre la morosité, une vivifiante source d’amitié et  de plaisir.

La culture étant la meilleure arme contre l’intolérance et la violence, vous ferez un investissement, pas une dépense J


album2_0117.jpg

photo qui n'a rien à voir, juste pour  le plaisir...

Publié dans : En vrac
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