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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 13:18

J'ai un bloqueur de pubs sur mon ordi, ce qui me permet de lire quantité de blogs, dont celui-ci, sans être harcelée par des panneaux publicitaires. Du coup, je ne sais pas quelles pubs me sont imposées. Il faut savoir que over-blog impose aux blogueurs des pubs et qu'il faut payer si on n'en veut pas. Le bloqueur de pubs- adblock ou ublock- voici la solution! Mais voilatipa que j'ai reçu ce message de la régie qui vend des pubs sur overblog, à propos de "Jouer au monde":

" Votre blog est classé dans un groupe qualitatif qui diffuse des publicités de marques. Les régies qui diffusent ces annonces sont très regardantes sur les contenus qui peuvent être associés.
Nous avons été alerté que votre catégorie "eros" http://fsimpere.over-blog.com/tag/eros/5 contrevient à leur niveau d’exigence par rapport à son contenu.
Nous pouvons vous laisser dans ce groupe qualitatif à condition que vous modifiez votre article avec les termes pornographiques. Dans le cas contraire, nous nous verrions dans l’obligation de baisser le niveau de qualité des publicités diffusées sur votre blog (avec potentiellement des publicités de sites de rencontres)."
Il vous faut donc faire en sorte de retirer tout contenu un peu "olé, olé" sur votre blog afin que ce dernier ne soit pas mis hors du groupe qualitatif auquel il appartient.

En cliquant sur le lien incriminé et donc l'article ayant donné lieu à "alerte", je m'aperçois qu'il est féministe, libre, mais en aucun cas pornographique. Pas question donc que je change quoi que ce soit, je déteste toute forme de censure. Par ailleurs, la menace de baisser le niveau de qualité des pubs avec "potentiellement des publicités de sites de rencontres" est assez rigolote et on devrait prévenir ces sites de l'estime en laquelle ils sont tenus par ceux qui leur pompent du fric! L'argent, il est vrai, n'a ni odeur ni exigence morale...

Je vous suggère donc, amis et amies de l'amour, du sexe et de la liberté d'expression, de continuer à fréquenter mon blog, avec un bloqueur de pub qui vous garantira une lecture sereine. Comme ces pubs ne me rapportent pas un centime, vous ne me priverez de rien

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 12:28

L'idée d'entrer "dans la tête d'un cancérologue" et de montrer qu'au-delà du médecin, c'est aussi un homme ou une femme avec ses douleurs et ses joies, sa vie privée et ses engagements publics, m'est venue en deux temps. D'abord il y a longtemps, lorsqu'une de mes amies, professeure de collège, croisa à la piscine deux de ses élèves d'une classe réputée difficile qui s'exclamèrent: "J'y crois pas! La prof en maillot de bain!" Loin de lui nuire, comme elle le craignait, cette découverte par les deux ados que la prof avait une vie hors du collège la rendit à la fois plus populaire et plus respectée.

Le second déclic se produisit pendant que je rédigeais la brochure sur les essais thérapeutiques à l'origine de ma rencontre avec le professeur Erick Gamelin. Un malade m'avait confié qu'il aimerait bien, ayant participé à deux essais, en connaître les résultats: "On donne notre corps à la science, ce serait la moindre des choses." Je transmis la demande au responsable de l'étude, un jeune et très talentueux cancérologue qui me répondit qu'il n'avait pas encore les résultats définitifs des études. "Quand vous les aurez, soyez sympa, envoyez-les à monsieur X..." - Quand je les aurai, lui ne sera plus là" me répondit-il froidement. C'était réaliste, mais glaçant, et  j'eus urgemment envie de raconter l'histoire d'un cancérologue à la fois scientifique et humain, celui dont rêve toute personne confrontée à la maladie.

Nos entretiens démarrèrent doucement: Erick Gamelin se demandait pourquoi diable je voulais qu'il me raconte sa vie, je me demandais comment agencer ce qu'il me racontait avec mes propres souvenirs de journaliste médicale et, je l'avoue, mes souvenirs d'amis proches revenus hanter ma mémoire tout au long du processus d'écriture. Comment, surtout, faire de ces bribes disparates un vrai livre...

C'est alors que se produisit ce miracle de l'écriture qui m'est arrivé plusieurs fois, la collision entre le réel et la fiction, les rêves et la réalité. Au cours d'une de nos conversations, Erick Gamelin s'anima soudain en me parlant de son goût pour les grands espaces et de sa fascination pour les bisons. C'était pour le moins inattendu, et totalement romanesque. De ces quelques phrases, je fis un ressort important du livre, avec par exemple cette conversation entre lui et un de ses jeunes patients:

Je ne sais pas si ton père t’en a parlé, mais je suis allé aux États-Unis au début de mes études de médecine, l’été après la seconde ou troisième année. J’ai sillonné la Californie et l’Arizona...

Je lui raconte mon émerveillement devant les paysages de western et la sensation jubilatoire de me trouver dans un décor  de cinéma, avec le désert à perte de vue et d’énormes cactus au bord des routes. J’avais tout aimé là-bas, hormis la nourriture: la terre rouge, la poussière, la brume de chaleur qui fait trembler l’horizon et ces drôles de villes bâties à la va-vite, qui donnent l’impression que les pionniers se sont contentés d’enlever les roues de leur mobile-home pour en faire des maisons. Je décris à Corentin les séquoias géants, les squelettes d’animaux desséchés en plein soleil et les haltes dans des stations-service en plein désert où les clients du saloon, avec leurs bottes à éperons et leur chapeau à bosses semblent déguisés mais sont en fait de vrais cow-boys, pour la plupart embauchés à la semaine dans des élevages de bisons.
Tu vois, si je n’étais pas médecin, je plaquerais tout pour aller élever des bisons en Amérique. C’est un rêve de gosse, non ?
Pas de gosse, toubib. Tout simplement un rêve. Je ne t’avais jamais entendu parler aussi longuement et avec autant d’enthousiasme ! Tu sais quoi ? Si tu y tiens vraiment, il faudra le réaliser un jour. Y a rien de pire que de rester avec un rêve en travers de la gorge. 

Il avait suffi de quelques phrases prononcées un soir d'automne pluvieux pour que j'écrive ces passages, lus par le professeur quand je lui envoyai le manuscrit. Est-ce le fait de voir noir sur blanc décrits ses rêves? Est-ce une prémonition qui m'a fait m'arrêter sur ce rêve? Je l'ignore, mais ce que je sais, c'est que Erick Gamelin, aujourd'hui installé aux Etats-Unis où il poursuit ses recherches, a pris le temps de visiter des élevages et m'a envoyé les photos des bisons dont il est probable qu'il partagera la vie à sa retraite, voire un peu avant. Et c'est pour cela que j'aime autant écrire.

 

 

 

 

 

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 11:42

Il y a 5 ans, je rédigeais pour un laboratoire une brochure sur "les essais thérapeutiques en cancérologie". Avec des interviews de malades fabuleux et de chercheurs hyper compétents, mais souvent un fossé entre les deux: les premiers regrettaient de n'être que des "cas" intéressants, sans possibilité d’exprimer leurs doutes, leurs craintes et leurs espoirs, les seconds exaltaient le courage des patients, façon polie d'esquiver le reste...

On me demanda d'interviewer le directeur de recherche du laboratoire, également directeur d'un centre anti-cancer. J'avoue y être allée à reculons, craignant de rencontrer un de ces mandarins sûrs d'eux, qui proclament que « tous les voyants sont au vert » parce que les statistiques de survie ont notablement augmenté, sans souci de ce que vivent réellement les patients.

A ma première question, au lieu de répondre du tac au tac comme un qui sait tout, le professeur Erick Gamelin prit trente secondes de réflexion. Ces trente secondes là ont tout déclenché. Sous la tignasse « Einsteinienne » de ce médecin, je découvris un scientifique d'une compétence remarquable, mais surtout un homme pétri d’humanité, humble, touchant... Il montrait une telle passion à parler de ses recherches et des malades qu'il aimait visiblement que je lui posai la question qui me taraude depuis que mon père, un amour, ma meilleure amie et une dizaine de proches sont morts de cancers autour de moi :

– Comment supportez-vous de côtoyer cette maladie 24h sur 24 alors que pour ma part, si on pouvait éliminer le mot "cancer" de la planète, je le ferai tout de suite?

– Madame, j'ai deux passions dans la vie: ma femme et le cancer.

Scotchée par cette phrase, j'ai envoyé au Pr Erick Gamelin certains de mes textes, et comme il lui ont plu, je lui ai confié mon envie d'écrire une fiction à partir de sa vie et de mon expérience de journaliste scientifique. Il a accepté et nous avons eu des entretiens passionnants, prolongés par de longs courriels lorsqu'il est allé poursuivre ses recherches aux États-Unis, puis devenus une véritable amitié, dont je dis en riant que cet homme m'a séduite par son intelligence, ses doutes et une dimension romanesque dont il n'avait même pas conscience avant que je la lui fasse découvrir !
En même temps que nous échangions me revenaient des souvenirs de mes trente ans de journalisme, fascination devant les mystères de la biologie, indignations devant les impératifs économiques et la logique de profit de l'industrie pharmaceutique qui prévaut parfois sur l'intérêt des et pour les malades.

A partir de nos entretiens et de mes archives personnelles, j'ai donc écrit un roman avec un héros que j'ai appelé Vincent, synthèse de plusieurs cancérologues que j'ai côtoyés, et de multiples personnages qui sortent le cancer de l'hôpital pour le replacer dans la vie amoureuse, amicale, sociale et parfois même politique. Erick Gamelin a vérifié la rigueur scientifique de ce que j'y ai écrit pour que sur ce point là il n'y ait aucun biais romanesque, aucune piste douteuse.

Ce n'est pas un livre "plombant" sur une maladie qui fait peur, mais l'histoire d'un homme fasciné par l'intelligence de la cellule maligne, à qui des malades confient leur vie et leurs secrets pendant des mois ou des années. Aucune autre maladie ne crée une telle intimité entre médecin et malade, mais peu de médecins sont surdoués pour vivre ce lien à nul autre pareil.

Une éditrice connue, qui a défendu le livre jusqu'au dernier cercle de lecture de sa maison m'a expliqué le refus catégorique de son directeur : " Il a peur de cette maladie, et vous allez avoir du mal à publier à cause de ça, mais c'est un très beau texte qui doit être édité". Elle ne croyait pas si bien dire : alors que les cancers touchent plusieurs milliers de personnes, plus les médecins, le personnel soignant, les proches… j'ai mis deux ans avant de trouver un éditeur que le sujet ne rebute pas, qui ne me réponde pas « Quel public visez-vous ? »

C'est à présent chose faite grâce à Kawa Editions qui n'a pas craint de publier en un an trois livres qui parlent des cancers sous des angles totalement différents. Récit d'une malade (« les Tétons flingueurs »), information sur tout ce qui peut aider à vivre durant et après la maladie (« Cancer sans tabou ni trompette ») et enfin cette « Fascination du chercheur » où je m'aperçois qu'avec un sujet très différent de ceux que je traite d'ordinaire, je parle encore de ce qui me tient à cœur : être l'artisan de sa vie quelles qu'en soient les difficultés, relier entre eux des faits pour comprendre ce qui se joue et penser aux humains en priorité.

La majorité des livres sur le cancer parlent de médecine et de malades. Celui-ci parle de la vie et des rêves que la maladie rend soudain urgents à réaliser.

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 17:34

C'était il y a quelques années, dans un café à Poitiers où j'étais allée faire une conférence. Je discutais avec un journaliste noir ( je dis noir à dessein, car en Afrique où je suis née, on parlait des noirs et les noirs nous appelaient les blancs sans qu'il y ait dans ces appellations autre chose que la constatation d'une couleur de peau). Donc, disais-je, je racontais à ce journaliste noir mon enfance en Afrique, notamment au Sénégal dont je garde un souvenir ému car c'est là que j'ai appris à lire.

Dans ma classe, nous étions une quarantaine, 38 noires et 2 blanches, dont moi qui suis légèrement jaune et dois l'être pas mal puisqu'une fois rentrée en France on me traitait parfois de chinoise ou de citron pourri. Classe de 12ème, ça doit correspondre au CP. L'âge des élèves variait de 5 ans et demi pour moi à 14 ans pour la plus âgée des élèves qui avait dû s'occuper de ses frères et soeurs et accoucher de son premier né avant de songer à l'école. Autant dire que j'étais cajolée comme le bébé de la classe. Certains, depuis, m'ont asséné que me faire cajoler était un signe évident de colonialisme. Ben non, voyez-vous... Ma géopolitique de gamine ne mettait aucun rapport de domination dans mes amitiés avec ces copines. Elles me chouchoutaient parce que j'étais petite, je les admirais parce qu'elles étaient grandes, couraient très vite, avaient une peau magnifique et surtout, surtout, j'étais fascinée par la corne sous leurs talons due à la marche pieds nus qu'elle préférait nettement aux chaussures. De temps à autre, elles me montraient comment elles élaguaient le surplus de corne à l'aide d'une lame de rasoir, ce qui me remplissait d'admiration et d'horreur mêlées.

La dernière année d'Afrique, c'était au Niger où j'avais une très bonne copine noire, la fille d'un greffier de mon père si mes souvenirs sont bons. Nous jouions sous les fenêtres du tribunal en chantant "S'il vous plaît, des chewing-gum, s'il vous plaît" dans l'espoir qu'un adulte compatissant nous lancerait quelques tablettes de ces friandises rares qui avaient à l'époque une couleur grisâtre et un goût de carton bouilli sucré.

Et puis, fin juin 62, nous sommes rentrés en France. Indépendance des pays africains oblige.

"Tu as fait tes adieux à ta copine?" m'a demandé le journaliste.

- Ben non, on s'est juste dit "au revoir, bonnes vacances" parce que je n'avais pas réalisé que nous ne reviendrions jamais."  En ce temps là, les histoires d'adultes n'étaient pas racontées aux enfants, et bien évidemment la fin des colonies était une histoire d'adulte.

Alors le journaliste- un Ivoirien- m'a raconté que son père, qui devait avoir quelques années de plus que moi mais pas beaucoup, avait été surpris, voire traumatisé à la rentrée scolaire suivante: "Mais il est où, mon copain blanc? Ils sont passés où, les blancs?"  Laconiques, ses parents lui avaient dit: "Ils sont repartis dans leur pays" sans expliquer le pourquoi du comment, les indépendances africaines étaient évidemment une histoire d'adultes. Sauf que l'enfant noir s'est senti lâché, abandonné par ses copains blancs, et les copains blancs- en tout cas ça s'est passé comme ça pour moi- ont été refroidis par le mauvais accueil que leur réservaient les élèves français et longtemps nostalgiques de cette période d'enfance où ils allaient se balader en brousse avec ce seul conseil des parents: "Attention aux serpents et aux chiens enragés" et allaient goûter au village africain les ragoûts mijotés par des mammas chaleureuses qui leur offraient des arachides crues- un délice- pesées, calibrées, dans des boites de concentré de tomate vides.

Après cette conversation, je mourais d'envie de retourner à Zinguinchor et à Maradi pour essayer de retrouver des copines d'antan, et j'aurais aimé faire un documentaire qui se serait appelé "Mais il est où, mon copain blanc?" J'ai proposé le sujet, on m'a répondu "Qui veux-tu que cela intéresse? C'est vieux tout ça". Sans doute, mais à ces gamins noirs et ces gamins blancs, les histoires d'adultes ont gommé une part de leur enfance, et chacun sait qu'on ne guérit jamais totalement de son enfance.

 

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 09:21

Je me souviens d'un temps encore proche: les trains arrivaient à l'heure et desservaient la moindre contrée rurale à un prix abordable, on trouvait un travail salarié en quelques jours, on voyageait vers l'Inde en passant par la Turquie, l'Irak, la Syrie, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan sans risque de sauter sur une mine ou de se faire kidnapper, au contraire: l'hospitalité locale laissait un souvenir ému aux routards. Les salaires augmentaient doucement mais régulièrement et l'impôt sur les sociétés était à 50% sans que celles-ci hurlent à la mort. Bref, l'avenir de ce passé devait forcément être radieux, puisqu'on produisait de plus en plus et de mieux en mieux, en travaillant de moins en moins. La diminution du temps de travail grâce aux gains de productivité était considérée comme naturelle, souhaitable et allant dans le sens du progrès. Tout ceci ouvrait la voie à d'intenses réflexions sur l'écologie, le nucléaire, le féminisme, la culture, les relations avec les pays pauvres... Dans les années 75/78, plusieurs milliers de réfugiés Chiliens ou Argentins fuyant les dictatures fascistes furent accueillis en France, tout comme 40 000 vietnamiens arrivés entre 1975 et 1990.

En 1989, le mur de Berlin tomba, le rideau de fer disparut et les goulags s'ouvrirent. C'était certain: désormais, nous allions être des européens partageant une joyeuse Auberge Espagnole et des citoyens heureux dans un village mondial où chacun circulerait librement et vivrait décemment dans un monde plus créateur de richesses que jamais.

Souvent je pense à ce passé pas si lointain et me demande:  “Mais comment en est-on arrivé là aujourd'hui?” Là? Guerre en Irak, Iran, Afghanistan, Syrie, Lybie, Egypte, Yemen, attentats un peu partout dans le monde, retour du racisme, montée de l'extrême-droite, chômage et pauvreté dans de riches pays occidentaux, déliquescence des services publics, faillite de la Grèce, retour de l'esclavage en Afrique, en Asie et dans le 16è arrondissement de Paris avec les domestiques Philippines, peur de l'Autre, sentiment que l'humanité n'en finit pas de s'auto-détruire et de détruire la planète qui l'abrite...

Dans mon roman, “Jouer au monde”, je situais le commencement de cette déroute au milieu des années 80, décennie où l'argent cessa d'être un outil pour devenir LE but, où l'ex-communiste Yves Montand criait “Vive la crise”, où l'on nous vendait “la mondialisation heureuse” comme un monde merveilleux où l'argent des riches ruisselleraient forcément sur les moins nantis. Bernard Tapie  devenait un héros national, tout comme les Golden Boys jouant à la Bourse avec l'argent des épargnants. J'avais l'intuition que ce monde globalisé autour de l'argent était dangereux, intuition que je n'arrivais pas à formuler assez précisément, avec assez d'arguments pour que mon intuition ne soit pas balayée par un cinglant: “ Tu serais pas un peu gauchiste, toi?”
Or voici que j'ai découvert et dévoré le livre de Thomas Guenolé “La mondialisation malheureuse” ( First). Thomas Guenolé est professeur à Sciences Po et chroniqueur dans des magazines et radios diverses, ce qui ne l'emêche ni d'avoir de l'humour, ni d'être sérieux sans se prendre au sérieux. Les livres d'économie ne sont pas ma tasse de thé préférée, mais celui-ci m'a tenue en haleine trois jours de suite tant je jubilais à chaque page...

Facile à lire et empli de données chiffrées dont les sources sont systématiquement indiquées et vérifiables, son livre n'est pas un plaidoyer contre la mondialisation, mais une démonstration point par point et dans tous les domaines –  économique, financier, social, politique – que cette mondialisation qui se prétendait heureuse et se révèle plus que malheureuse: désastreuse, n'est pas une fatalité, mais le résultat d'une idéologie parfaitement consciente. La mondialisation malheureuse creuse les inégalités et détruit méthodiquement les ressources naturelles de la planète de façon consciente, dans un but unique: toujours plus de profit financier concentré entre les mains de quelques-uns, qui de ce fait ont davantage de pouvoir que n'importe quel gouvernement.

Thomas Guénolé n'a pas écrit seul dans son coin, il s'est informé auprès de nombreux universitaires spécialistes de chacun des domaines qu'il aborde, ce qui rend son livre totalement crédible et argumenté. Pas à pas, il nous guide dans le mécanisme qui a créé le monde d'inégalités, de désastre écologique et de fortunes indécentes dans lequel nous vivons. Il aborde aussi un point sur lequel peu de gens insistent: le rapport de forces inhérent à une société basée non pas sur la solidarité mais sur la compétitivité et la compétition. Rapport de forces qui rend ridicule l'idée d'un contrat de travail “librement discuté” entre employeur et salarié, et rappelle que malgré tous les beaux discours, les hommes sont loin d'être tous égaux en droits et en libertés.

Au-delà de ce constat déjà fait ici ou là quoique avec moins de précision, l'intérêt de la démonstration est aussi que Guénolé donne, à chaque pas, des solutions pour sortir de ce qui n'est plus vivable. Il y a des alternatives, à tous les niveaux:  actions individuelles que chacun d'entre nous peut adopter, décisions politiques- et là, voyez si les candidats à la Présidentielle sont côté mondialisation malheureuse ou économie humaine- et solutions au niveau des entreprises.

L'auteur conclut en analysant le cas de la Grèce et l'échec d'Alexis Tsipras à résister aux diktats de “la Troïka” malgré le soutien de son peuple. Là encore, rapport de forces: que pouvait faire un pays plongé dans la misère dont l'économie ne représente que 2% de la richesse de l'Union Européenne face à la puissance de la France et de l'Allemagne? En revanche, si dans un de ces deux pays un candidat qu'il appelle “altersystème” arrivait au pouvoir, le rapport de forces deviendrait favorable à un monde plus équilibré, plus humain, qui entraînerait d'autres pays dans une spirale vertueuse. Et il conclut: “J'espère que ce pays sera la France”. A nous d'y penser le 23 avril...

 

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 16:49

 

… Pourvu de tous les défauts du monde : ouvrier métallo, syndiqué CGT, communiste et franc-maçon ! De quoi effrayer les honnêtes gens, surtout quand il fut élu député avec une dizaine d'autres communistes. Et arrêté pour cette raison en 1939 puis déporté au bagne d'Alger où il restera deux ans : « J'ai été élu par des milliers de gens et déchu par une poignée » dira-t-il. Sa fille Liliane, aujourd'hui une vieille dame, a encore les larmes aux yeux lorsqu'elle évoque les deux ans où elle n'a pas vu son papa.

 

C'est la vie de cet homme, Ambroise Croizat, que raconte le formidable film de Gilles Perret « La sociale » basé sur la biographie écrite par l'historien Michel Etievent. C’est à cet homme, et à ceux qui l'ont secondé avec enthousiasme que l'on doit la Sécurité Sociale: assurance-maladie, retraite, allocations familiales, comités d'entreprise, médecine du travail…

 

– Ah bon ? Ce n'est pas le général de Gaulle qui a fait tout ça ?

 

– Non. Et pas non plus Pierre Laroque, qui fut juste Directeur de la Sécurité Sociale, chargé de mettre en place le système imaginé par Ambroise Croizat, nommé Ministre du Travail et des affaires sociales après la guerre. Un système qui fait cotiser tout le monde en fonction de ses moyens et bénéficie à tout le monde, riches comme pauvres. Il a permis à l’espérance de vie en France de passer de 45 ans avant la guerre à 70 ans quinze ans après, à la mortalité infantile de chuter grâce au suivi pré et post natal, et surtout aux plus fragiles de ne pas sombrer dans la misère en cas de maladie. Tout ceci pour un coût de fonctionnement de 6 % contre 12 à 18 % pour les mutuelles et autres caisses d'assurances privées.1

 

Comment se fait-il alors que même à l’École nationale de la sécurité sociale, Ambroise Croizat soit oublié tandis qu'on célèbre avec dévotion Pierre Laroque ? Comment se fait-il que François Rebsamen, ancien ministre du travail prétendument socialiste, ne connaisse pas Ambroise Croizat et marmonne qu'on doit tout ça au Général de Gaulle ? Tout simplement parce qu'Ambroise Croizat était com-mu-niste. Communiste, quel vilain mot ! Dans les années 50 et jusqu'à la chute de l'URSS, c'était l'ennemi international désigné par les Etats-Unis, lesquels n'ont pas hésité, pour lutter contre les rouges, à former des Ben Laden et autres extrémistes qui ont fait le lit des Djihadistes actuels.

 

Ennemi non pas tant à cause des horreurs commises en URSS, mais en raison d'une lutte d'influence sans merci entre les deux blocs. L'Europe étant entre les deux, il était primordial pour les USA qu'elle ne succombe pas aux sirènes du communisme, sous peine pour eux de perdre leur suprématie sur le monde. Ce fut aussi la raison de leur engagement dans la guerre du Vietnam : barrer la route au communisme. Bref : Satan était rouge.

 

Pourtant si l'on considère que le « progrès » et les « réformes » ne valent que si elles améliorent la condition humaine et donc les chances d'être heureux, force est de reconnaître que dans l'histoire, c'est plutôt avec la gauche que les citoyens ont obtenu ces droits dont tout le monde, y compris les gens de droite, est bien content de profiter : les congés payés (Front populaire), la sécurité sociale (Ambroise Croizat) et la réduction du temps de travail. (tous les gouvernements de gauche). Plus récemment, la retraite à 60 ans, la loi sur l'égalité salariale entre hommes et femmes et la 5ème semaine de congés payés (Mitterrand 81 à 83)  Tous les cadres que je connais adorent prendre des RTT...

 

On m'objectera que les accords de Grenelle (mai 68) ont été signés sous le Général de Gaulle avec Pompidou comme Premier ministre. Des gouvernants de droite et pourtant des accords incroyables: augmentation du SMIG - ancêtre du SMIC - de 35 %, augmentation des autres salaires de 10 % en moyenne, réduction du temps de travail avec objectif des 40h et maximum de 48h, création des sections syndicales et du délégué syndical d'entreprise.

 

Tout ceci, on s'en doute, ne fut pas dû qu'à la générosité du Général... mais surtout aux événements de mai 68 aboutissant à une grève générale dès le 13 mai, avec 7 à 8 millions de grévistes, soit la paralysie totale du pays, pour que de Gaulle s'avise que la « chienlit » était en fait un mouvement important réclamant un changement de société et une amélioration de la vie quotidienne. On ne s'étonnera pas non plus de la haine viscérale de Nicolas Sarkozy envers mai 68, lui qui craignait tant l'esprit révolutionnaire des français, pourtant bien émoussé aujourd'hui ...

 

Pour en revenir à Ambroise Croizat, j'ai fait une expérience étonnante : je suis allée sur la page Wikipédia consacrée à Pierre Laroque, célébré comme « père » de la sécurité sociale et ait simplement écrit : « simplement organisateur du système social, le vrai "père" de la sécurité sociale étant le ministre communiste du travail, Ambroise Croizat. » Avec un lien vers le film « la Sociale ». Dès le lendemain, mes modifications avaient été enlevées !

 

J'ai réécrit: « Le véritable "père" de la sécurité sociale fut Ambroise Croizat et non Pierre Laroque, même si Pierre Laroque fut chargé par le ministre du travail Ambroise Croizat de l'organiser. » Avec toujours le lien vers le film, plus- au cas où on m'aurait reproché de manquer de « sources »- une référence à la biographie de Croizat de Michel Etievent.

L'obstination paie puisque maintenant le texte cite Croizat :

 

« Souvent appelé le « père » de la sécurité sociale de 1945, c'est pourtant de concert avec Alexandre Parodi, ministre du travail de septembre 1944 à novembre 1945, et Ambroise Croizat, député et ministre communiste du travail et de la sécurité sociale de janvier 1946 à mai 1947, qu'a été élaborée cette réforme. »

 

Mais le lien avec le film a été enlevé, et en regardant les commentaires de ceux ou celles qui ont modifié mon texte, je lis : « Faut arrêter cette pub pour le film. On va pas polémiquer pour savoir qui est plus le père que qui ici. » C'est fou comme rectifier un simple fait historique est mal vu quand cela contrarie l'histoire officielle... et j'en viendrais presque à regretter d'avoir donné des sous à wikipedia pour assurer sa survie.

 

1 Et qu'on ne nous parle pas du « trou » de la Sécurité sociale : 10 milliards d'euros sur un budget annuel de 475 milliards d'euros en 2014. La même année : budget de l’État: 373 milliards d'euros, 85, 6 milliards d'euros de déficit. Fraude et évasion fiscale : 148 milliards d'euros. Fraude aux cotisations sociales : 20 milliards d'euros.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 16:30

Mais qu'est-ce que ça peut leur faire, qu'un homme embrasse un homme, une femme ou les deux? Qu'une femme embrasse qui elle veut, quand elle veut, où elle veut? Qu'est-ce que ça peut leur faire qu'on vénère Dieu, Yahvé, Allah... ou aucun Dieu? Qu'est-ce que ça peut leur faire, qu'on soit noir, jaune, blanc ou de multiples couleurs mélangées? Pourquoi tant de haine, d'intolérance et de frustrations transformées en criminels passages à l'acte? Bref, pourquoi l'humain est-il si inhumain alors que, comme dit le chat de Geluck, on n'a jamais vu un bovin inbovin?

 

J'en étais là, et lasse, de ces lancinantes questions quand j'ai découvert un des livres de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015, "La guerre n'a pas un visage de femme". Elle y a recueilli des centaines de témoignages de femmes soviétiques, souvent âgées à l'époque de moins de 20 ans, parties au combat avec ferveur pour défendre la patrie et la liberté, et qui osent, à l'encontre des hommes, qui font de la guerre un mythe glorieux, dire la réalité des combats, capables de transformer une personne sensible en machine à tuer.

 

"Tout à coup je vois un Allemand sortir la tête hors de sa tranchée. Je fais feu, il tombe. J'ai fondu en sanglots. Quand je tirais sur une cible, ça ne faisait rien, mais là, j'avais tué! Puis ça m'a passé, et voici comment. Nous avons croisé un baraquement ou une maison... il n'en restait que des cendres. Au milieu de ces cendres nous avons distingué des os humains carbonisés... Ces restes étaient ceux des nôtres, des blessés ou des prisonniers qui avaient été brûlés vifs. Après cela, j'ai eu beau tuer, et tuer encore, je n'ai plus ressenti aucune pitié.... Je suis rentrée de la guerre avec les cheveux blancs. Vingt et un ans et la tête chenue comme celle d'une vieille femme."

 

Svetlana Alexievitch a aussi écrit "La supplication" où l'on découvre la réalité cachée de l'accident nucléaire de Tchernobyl, les gens qui continuent à en mourir, les bébés morts-nés ou monstrueux, et ce qui pourra se passer si la chape de béton- déjà fissurée- qui enferme les réacteurs accidentés laisse échapper un jour des tonnes de nuages encore plus radioactifs que celui de 1986.

 

Bref, après ces lectures, après avoir parcouru Internet et son flot de nouvelles dramatiques, absurdes ou consternantes, après avoir pris des nouvelles de vieux amis dont le corps part en vrille parce qu'on a beau dire que les gens vivent de plus en plus vieux, ce n'est pas toujours en très bon état, après avoir regardé la pluie tomber en trombes par les carreaux, j'ai été prise d'une énorme envie de plénitude, le mot de la langue française que je préfère, celui qui m'a fait découvrir le bonheur dans mon île grecque... Alors je me suis souvenue d'un tel sentiment éprouvé il y a quelques semaines à Paris.

Ça avait commencé comme une bonne action: aller soutenir les films de Pierre- Loup Rajot présentés à la cinémathèque.( "dans les pas d'Henri Langlois", 4 avril 2016) J'aime bien Pierre-Loup, pas seulement parce qu'il a produit et distribué "Ceci est mon corps", mais pour son grain de folie associé à une solide capacité de faire, qui évite à la folie de rester pur narcissisme. Il y a en lui une réelle interrogation artistique, voire métaphysique, mais j'avoue que lorsqu'il a annoncé que son film d'une heure "A la pêche" était le résultat de 8 heures passées sur une barque en compagnie de deux amis, Jean-Noël le parisien et Yvon le breton, partis une journée en mer, je me suis calée dans mon fauteuil en me disant que l'amitié est parfois un sacerdoce...

 

 

 

 

La mer, ça berce, les lumières de Bretagne changent sans cesse et dessinent d'improbables horizons, l'odeur des algues et de l'iode se devine pour peu qu'on soit un peu imaginatif. Dans ce calme à peine troublé par le clapotis des vagues et le vroum-vroum du moteur de la barque, je me suis peu à peu lovée et laissée gagner par la plénitude de l'instant, et le bonheur des deux pêcheurs, bonheur nourri de l'amitié qu'ils se portent depuis 30 ans, qui les autorise à se vanner, à rire, à se concurrencer parfois sans aucun rapport de forces malsain, tandis qu'affleure dans leurs regards et dans leurs gestes le plaisir et la jubilation qu'ils ont à être ensemble. Comme un couple, lorsqu'il s'aime depuis longtemps, arrive à ne plus s'affronter que pour rire.

 

Quel rapport avec les horreurs décrites en introduction? Le fait qu'à ne plus voir qu'elles, on finit, comme le dit Etienne Klein dans le film "Tout s'accélère", à être dans un tel état de désespérance qu'on ne pense plus qu'à détruire le monde au lieu d'en imaginer un où il ferait bon vivre. Créer des instants heureux est la meilleure antidote à cette désespérance, et cette partie de pêche m'a rappelée le mot d'un homme emprisonné par la Gestapo à qui son père avait dit: "Où que tu ailles, quoi qu'il arrive, pense qu'il y a toujours quelque part un pêcheur à la ligne". Conduit à la prison Montluc dans une voiture longeant le Rhône, l'homme a regardé vers la berge, et aperçu un pêcheur au bord de l'eau. Ce qui, inexplicablement, lui a donné du courage.

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 12:19

Un ami m'a envoyé une bd réalisée, lui avait-on dit, par un migrant avec des galets de Calais. Moins connus que la dentelle, mais tout aussi fins, poignants. Poignants parce que les 24 cases de la BD racontent l'exil, les rêves et les peurs de ceux qui sont contraints de quitter leur pays. Finalement, je découvre que l'auteur de ces oeuvres est un artiste Syrien, Nizar Ali Badr, et non un exilé anonyme. Le  fait qu'il soit "connu" n'enlève rien à la signification de ce qu'il illustre.

Cette histoire en galets rend chaque exilé humain. Il cesse d'être une statistique pour redevenir un être sensible qui aime, espère et souffre... En voici quelques images à partir desquelles j'ai raconté une histoire, sans doute semblables à des milliers d'autres.

" Mon histoire commence avec l'amour de ma femme, rencontrée un soir de pleine lune, là-bas, au pays. (1). Nous pensions y vivre heureux avec nos enfants (2) mais la guerre est entrée chez nous on ne sait trop pourquoi. Tout ce qu'on sait, c'est le bruit des bombes, la peur de mourir, les écoles et les maisons détruites, et la décision de faire nos bagages et de partir loin, dans un pays en paix où il serait possible de reconstruire une vie heureuse. (3)

Nous avons navigué longtemps sur une mer pas si bleue que dans mon dessin. Elle était parfois grise, parfois déchaînée, les vagues frôlaient le rebord des embarcations, manquant nous faire chavirer à chaque instant.  Deux de nos enfants se sont noyés... (4)

A l'arrivée, on ne s'est pas senti accueillis, le passeur nous a menacé et demandé encore plus d'argent pour nous rendre nos affaires, les policiers français nous encerclaient en aboyant comme les chiens de berger rassemblent le troupeau. (5)

Ma femme, les deux enfants qui nous restent et moi dormons sur la plage en espérant trouver un moyen d'aller en Angleterre où un cousin s'est installé (6) Mais impossible de passer! Les autorités françaises semblent s'être instituées gardiennes des frontières de l'Angleterre, elles nous enferment dans des camps, nous dénichent sous les camions, nous en extirpent violemment. Pourquoi? On se sait pas, on ne nous dit rien.

Une organisation nous a apporté à manger et des vêtements, mais le camp devient insalubre, intenable, inhumain. Nous avons décidé de repartir à pied. Pour où? Pour quoi? L'avenir reste inconnu et d'ailleurs, avons-nous un avenir? (7) Malgré tout l'espoir reste ancré dans nos coeurs comme les racines maintiennent l'arbre. (8)

Alors, pour ne pas perdre pied, pour donner une signification à ce qui nous arrive, je raconte notre histoire aux enfants avec des galets ramassés sur le sable. J'en suis à 24 petits tableaux, j'aimerais que les suivants racontent notre rencontre avec les gens d'ici, de nouveaux amis, un travail, une maison, peut-être un autre enfant... (9)

 

SUR LA PLAGE ABANDONNÉS...SUR LA PLAGE ABANDONNÉS...SUR LA PLAGE ABANDONNÉS...
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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 15:17

( Extrait de Jouer au monde" J'ai Lu, 2012)

... Le camarade syndiqué devint directeur de cabinet d’un ministre et jouit sans retenue des privilèges de son rang. Il s’amusait à traverser tout Paris en voiture de fonction cernée de motards, et faisait des chronos avec l’un de ses homologues, ancien compagnon de Groupes d’Action Révolutionnaire :

« Vingt minutes pour gagner Orly à 18h, tu dis mieux ?

... Quatre ans après sa nomination, il avait pris du poids et perdu sa tignasse rebelle, s’exprimant à présent dans un langage contraint où « l’idéologie à l’épreuve des faits » remplaçait le merveilleux « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Marine en fut blessée à l’aune des espoirs qu’elle avait nourris et se demandait, comme pour un amour déçu ou trahi, à quel moment, et pour quelle raison on lui avait menti.

« Ils avaient des idées et pas le pouvoir de les réaliser. Ils ont aujourd’hui le pouvoir, mais plus la volonté de réaliser leurs idées », se plaignait-elle à des amis tout aussi désappointés.

- Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument », lui rétorqua un camarade énarque, ravi de cette citation qu’il présentait comme une fatalité quasi biologique. Marine n’était pas loin de partager cette opinion, mais elle en resta meurtrie et son appétit de vivre s’en ressentait toujours, quelques cinq ans plus tard.

Vivre, oui, mais ailleurs, en marge, à côté… Loin de ce monde qui basculait irrésistiblement vers l’injustice sous couvert de modernité.

+ + +

Dehors, elle fut saisie par la quantité de cars de police stationnés autour des bouches de métro. De braves touristes cherchaient à se rendre aux Champs-Élysées et demandaient leur chemin à des CRS de province venus prêter main forte à leurs collègues... Une clameur lui fit tourner la tête. Le cortège des personnels soignants arrivait sur la place. Les manifestants étaient très nombreux, jeunes pour la plupart.

Un appel la fit sursauter :

- Marine ! Ma- rine !

Elle chercha d’où provenait la voix. Une main s’agitait au-dessus des têtes. Marine reconnut Anne-Marie. Elle fendit le cordon de sécurité et rejoignit son amie.

- Ça alors, quelle surprise ! Ça fait plaisir de te voir !

- Moi aussi. Depuis combien de temps ?

- Je dirais bien … trois ans ?

- Au moins, oui. Comment vas-tu ?

- Ça va. Et toi ?

-On fait aller, sourit Anne-Marie. Les conditions de travail se dégradent, les camarades sont de plus en plus mous, le pouvoir de plus en plus dur. La routine, quoi ! ...

- En tout cas, votre manif d’aujourd’hui est un succès !

- Encore heureux, soupira Anne-Marie, ça fait des mois qu’on remue les camarades pour organiser l’action. J’ai pas dû passer deux soirs de suite à la maison depuis la rentrée de septembre.

- Les troupes ne sont plus motivées ?

- Ce n’est plus pareil. Avant, on manifestait avec l’espoir que ça change, c’était plutôt gratifiant. Aujourd’hui c’est par désespoir que ça n’ait pas changé. Les revendications sont pratiquement les mêmes, mais le cœur y est moins. Pas évident de manifester contre un pouvoir dont on avait tellement rêvé !

La semaine dernière, je me suis défoncée pour trouver un logement et des vêtements pour une famille expulsée. Le père est venu me dire que les vieilleries que je leur avais envoyées, je pouvais les reprendre. Il exigeait des habits neufs et à la mode!

- C’est dingue !

- C’est comme ça. Si tu exceptes les mecs qui dorment dehors, ce qu’on appelle pauvreté à Paris ferait rêver plus d’un Africain ! Pas pour rien qu’ils veulent venir.

-C’est toi, la communiste, qui dit ça ???

-Eh oui ! Sans doute parce que je les côtoie plus que toi, les pauvres. Souvent je me dis que si le Che revenait, il découvrirait avec stupeur que l’Homme nouveau et fraternel dont il rêvait n’existe pas. Y a des exceptions, bien sûr, mais globalement c’est plutôt chacun pour soi.

... Anne-Marie sourit :

-Je garde mes idéaux, rassure toi. Mais le scandale aujourd’hui, c’est moins la pauvreté que la richesse indécente de certains, qui sont de vrais parasites. L’argent pour l’argent, sans la moindre idée d’intérêt collectif. Les usines paternalistes d’autrefois étaient moins pires ! Alors m’être tant battue pour en arriver là, tu comprendras que je fatigue. J’en ai marre de perdre mon temps en réunion. Les gars s’en foutent, ils n’ont que ça à faire après le boulot, mais moi j’aimerais bien voir davantage les enfants, lire, faire autre chose, quoi ! Quand j’ai aidé trois mourants à passer, j’ai envie de me consacrer à du plus gai que les cas sociaux.

Elle but une gorgée de son chocolat qui avait refroidi et manquait d’arôme. Dehors le ciel était bas, les voitures circulaient mal. C’était un temps d’automne en plein hiver, un temps de fin d’époque, début de quelle autre ?

Marine écouta longuement son amie et décortiqua avec elle les caprices de la vie, avec l’impression mitigée de vivre un instant d’amitié important et d’agiter des lieux communs.

- Plus les années passeront, songea-t-elle, plus je rencontrerai de ces gens blessés par la vie, plus tout neufs mais pas encore assez vieux pour encaisser le choc du temps et des désillusions. »

Elle se demanda fugitivement si la vie valait la peine d’être vécue pour assister à cette déliquescence universelle, puis sourit en regardant sa montre : dans quatre heures, elle avait rendez-vous avec le Brésil.

 

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 15:35

Octobre 2006/ septembre 2014: presque 8 ans que j'écris ce blog. Quand je l'ai commencé, ma mère vivait encore, et bien d'autres aujourd'hui disparus. Les années passent. Cet été il y a eu une rétrospective des musiques des années 90, une vidéo sur Internet  montre l'effarement d'un jeune de 2014 quand il découvre dans son placard un mec de 1996, autant dire la Préhistoire! Moi qui m'apprête à fêter les 50 ans de mon lycée (oouvert en 1964, j'y suis rentrée en 67), je mesure combien le temps s'accélère pour que les années 90 soient déjà historiques. 

 

Au vu de cette accélération, de l'apparition de la pub obligatoire sur over-blog, et du fait que je pousse déjà pas mal de "coups de gueule" ou "coups de coeur" sur FB, j'ai décidé d'arrêter ce blog. Il vous restera beaucoup à y lire cependant:

787 billets- 788 avec celui-ci- d'en moyenne un feuillet et demi, soit le volume de quatre livres. J'aurais pu écrire 4 livres de plus si je n'avais pas tenu ce blog! 

 

Il y a ici de quoi revivre l'épopée Sarkozienne et s'apercevoir qu'aujourd'hui n'est pas pire qu'hier, c'est le style qui a changé: on a troqué un hyperactif  de droite contre un moudiocre (mou-médiocre) de droite-déguisée- en- socialdémocratie,  des histoires de bling-bling contre des histoires de parapluie et de scooter. D'un côté un ex-président  mis en examen pour moult délits dont certains restent à découvrir, de l'autre un président qui ne résiste pas à l'examen.

Côté politique, donc, il y a de quoi se rafraichir la mémoire, ce qui n'est pas inutile dans un monde dominé par l'instant présent.

Côté Eros,  les choses ont progressé en 8 ans vers plus d'ouverture et d'acceptation des différences même s'il reste de quoi faire. Il ne se passe pas une semaine sans que je reçoive des lettres de personnes qui s'interrogent sur l'amour, le couple, les amours plurielles, l'importance ou la non importance du sexe... C'est riche, chaleureux, délicat, délicieux. Merci à toutes et tous pour ces lettres.

 

Enfin, comme je sais que la plume me démangera peut-être encore pour des textes plus longs qu'un post sur Facebook, j'ai demandé- et obtenu- l'asile Bloguistique chez des amis pas du tout virtuels puisque nous organisons régulièrement des rencontres festives et gourmandes entre nous dans le midi, en Auvergne ou ailleurs, j'ai nommé mes potes de BLOGBORYGMES   dont les billets aussi talentueux que variés dans leur inspiration méritent largement une visite.  A partir du 15 septembre, à une cadence irrégulière, uniquement dictée par le désir et non la culpabilité ( "dix jours que j'ai pas fait un billet, faudrait que j'alimente ce blog quand même!") j'irai mêler ma plume aux leurs.

Plume de canard, c'est la défintion cruciverbiste du journaliste...

 

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