Catherine Ternaux, écrivain et philosophe, vient de publier un essai: "La polygamie, pourquoi pas?" chez Grasset. En lisant ou écoutant ses interviews, on retrouve, quasi textuellement, tout ce que j'ai écrit dans "Aimer plusieurs hommes" ou "le Guide des amours plurielles" et tout ce que disent les pluriamoureux
interviewés depuis que le thème des amours plurielles excite les medias du monde entier. Les interrogations: pourquoi est-on sommé de "choisir" quand on aime une nouvelle personne? Pourquoi cet
attachement au couple monogamique quand il se termine une fois sur deux par une séparation? Pourquoi nier l'évidence quand la réalité montre que la majorité des personnes aiment plusieurs fois
dans leur vie et que, à chaque fois, il y a eu une période où elles les aimaient simultanément... et auraient bien continué si la société ne leur imposait de choisir?
Et surtout: pourquoi serait-il mieux d'aimer une seule personne que plusieurs? A cause de l'engagement? Non, pouisque l'expérience montre que les pluriamoureux sont extrêmement
sensibles aux engagements amoureux qu'ils prennent, et attentifs à toutes les conséquences que ceux-ci entraînent pour l'ensemble des personnes aimées (et les enfants qui en découlent parfois).
En fait, comme le dit un prêtre dans une des interviews où apparaît Catherine Ternaux: "la difficulté est que l'on a envie d'être l'unique de quelqu'un". Concevoir de ne pas l'être exige une
solide confiance en soi et en l'autre, comme le soulignent les pluriamoureux qui le vivent. Or ces confiances ne sont pas données à tout le monde, elles dépendent de l'enfance, de la façon
dont on s'est construit, etc... ce qui explique que loin de vouloir "remplacer la mçnogamie par les amours plurielles" comme le croient trop souvent les détracteurs, les pluriamoureux n'ont de
cesse de répéter qu'il s'agit d'un choix difficile, semé d'embûches, et qui ne convient pas à tout le monde.
Qu'apporte de neuf le livre de Catherine Ternaux? Une réflexion purement théorique puisqu'elle même est mariée et monogame.
Alors que mes écrits et les interviews des pluriamoureux relevaient d'une démarche scientifique "Claude Bernardesque": j'expérimente et j'en tire une réflexion... " avec le reproche implicite des
contradicteurs "Vous essayez de vous justifier...", le livre de Catherine Ternaux apporte au pluriamour, polyamour, amours plurielles, polygamie... une réflexion philosophique et sociologique
distanciée, plus la caution d'une auteure philosophe... et celle des éditions Grasset qui ont gros pignon sur rue.
Tout ceci apporte de l'eau à notre moulin, que par les temps qui courent, il est bon de boire à sa soif.

Trêve de persiflage, l’Eurovision c’est doux comme une madeleine proustienne, avec des fragments de chansons qui restent en mémoire. En 1964, Non ho l’eta, où Gigliola Cinquetti
chantant non ho l’eta
France Gall est une des rares gagnantes de l’Eurovision, avec Céline Dion, à avoir fait une belle carrière. En revanche, plusieurs candidats malheureux à ce
concours ont connu le succès après. Alain Barrière, le crooner préféré des mères de familles et des très jeunes filles de 1963 y chanta « Elle était si jolie », arrivé
3ème, mais fit ensuite une solide carrière. Une amie avec qui j’ai cohabité 9 ans me racontait son émoi de gamine
devant les yeux clairs et les chemises
bleu ciel de ce beau chanteur brun, et lorsque vingt ans plus tard elle rencontra son futur mari, la première chose qu’elle me téléphona fut : « Il ressemble à Alain Barrière. »
Serge Lama et Patrick Fiori, candidats malheureux au concours, devinrent d’heureux vendeurs de disques durant des années… Mais il y a aussi des bizarreries, comme la participation à
l’Eurovision de Patricia Kaas, alors qu’elle était déjà célèbre et n’avait rien à prouver. Et que patatras, elle se ramassa. France : 107 points, France : one hundred and seven
points, 8ème, Patricia Kaas, qu’allait-elle faire dans cette galère kitchissime ?
Sur une affiche 3x4m une blonde extasiée proclame : « J’ai découvert mon voisin sur CelibParis ». « Ce serait
pas plus simple, dis-moi,
L’amour au XXIème siècle dans les grandes métropoles me laisse perplexe : c’est compliqué, c’est commercial, ça se joue sur la toile
et pas dans la rue, dans des clubs et pas sur la plage, ça se termine dans un cas sur deux par une séparation, ça demande des coaches, des psys, et dernièrement des « intermédiaires sur
Internet ». L’intermédiaire sélectionne des fiches sur Internet pour son client, il prend contact, envoie les messages, drague les personnes qui lui semblent convenir au profil souhaité et
ne s’efface que pour le premier rendez-vous. Comme dit un adepte de cette formule, chef d’entreprise de 27 ans dans une ITV au Parisien: « Je n’ai pas le temps de m’en occuper, c’est
pratique. »
Mais mon gars, si tu n’as pas de temps à consacrer à la phase la plus magique d’une rencontre- la découverte, la séduction- qu’est-ce
que tu vas bien pouvoir offrir à une femme quand elle sera devenue « ta » femme, avec le quotidien pas toujours stimulant et toujours autant de boulot ? Tu crois pas qu’il vaudrait
mieux rester célibataire plutôt que de la faire souffrir et d’être plaqué un jour parce qu’elle s’ennuiera avec toi et en aura marre de « faire partie des meubles » ? C’est une des
grandes causes de séparation, la sensation de ne plus exister. Ces derniers jours, j’ai retrouvé deux amis perdus de vue le temps qu’ils étaient en ménage, surbookés au boulot dans la journée,
interdits de dîner dehors le soir, surtout en tête-à-tête avec une femme. Le premier a eu cette phrase terrible : « Je me sens dans l’état d’esprit d’un parisien en août 1944 :
libéré. » Le second à qui je rapportais cette phrase a soupiré d’aise : « Moi, pareil. »
C’est comme pour l’économie : on a beau s’efforcer de réparer le système capitaliste ou d’en atténuer les méfaits les plus
criants, la crise continue car c’est la logique même du système qui est pourrie.
Idem pour le couple, (ou comme on dit en économie « le ménage ») : plutôt que des rustines inefficaces pour le
réparer, ne vaudrait-il pas mieux réfléchir à la logique qui sous-tend cette institution :









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