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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 19:39


Il a  45/48 ans, plutôt beau gosse et plein de sous.  Cet homme marié et père de
famille consomme de l’érotisme payant avec une lucidité qui le rend intéressant : « Quand j’avais  vingt ans, dit-il, je draguais l’été entre Agde et Sète. C’était une période d’infinie liberté, juste avant le SIDA, où on profitait à plein de la gourmandise amoureuse des filles qui rejoignaient nos envies de garçons. L’après-midi,  il y avait un couple derrière chaque buisson et tout ce petit monde- parfois des gens bien plus âgés que je ne l’étais-  s’envoyait en l’air avec une spontanéité réjouissante. Même les flics nous laissaient à peu près tranquilles, du moment qu’on restait discrets. Aujourd’hui, je vais toujours en vacances dans cette région. Plus personne n’y drague, parce que l’endroit est truffé de clubs libertins. Comme les gens savent qu’ils leur suffit de payer leur entrée pour être sûr de consommer, ils ne se risquent plus à aborder qui que ce soit au dehors. »

Il rêvasse devant son verre : « Le sexe est à l’image de la société. Entièrement marchand et axé sur la sécurité. Plus question de courir le risque d’un râteau en abordant une femme, plus question de ne pas « concrétiser ». Il faut du résultat. Pour les femmes, le sexe marchand, balisé par un endroit clos où elles savent qu’en cas de problème le videur interviendra, est infiniment rassurant. Les medias ne leur parlent que d’agressions, de viols ou de Sida,  alors elles veulent des garanties, et les garanties, ça se paie. »

Ainsi, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes sexuels aseptisés ? Non, justement. Parce que le sexe transformé en prestation de service perd ce qui  fonde le désir : l’attente, la crainte de ne pas réussir, l’appréhension devant l’inconnu, le cœur qui bat plus fort, la relation en somme.  Ce qui rend une bite secondaire par rapport à l’homme qui la porte. Le plaisir tarifé, quelle qu’en soit l’expression (clubs, prostitution, messageries roses) offre du sexuel à foison mais fort peu de relationnel.  Le relationnel est évacué par l’argent : si vous payez, vous  exigez de consommer (d’où la déception des hommes lorsque certains soirs, ils se retrouvent avec une proportion  H/F de 4 pour 1 et voient fondre leurs espoirs de concrétiser, comme les souscripteurs de fonds de pension américains ont vu fondre leur espoir d’enrichissement) L’argent gomme aussi la culpabilité : l’homme qui trompe sa femme se sent coupable. Par contre, s’il paie pour un service sexuel, il perd toute notion de culpabilité. Il vient « s’essorer » une heure devant un écran grâce à sa carte bleue ou dans un lieu payant puis rentre chez lui le cœur serein.

« L’argent rend l’acte sexuel anodin, dit mon interlocuteur. Ce n’est plus qu’un instant de plaisir qui permet de calmer une excitation, voire de se détendre quand on est stressé.

-Comme les films pornographiques.

-Exactement. Ils apaisent sans mettre en jeu des sentiments. D’ailleurs, je ne pense pas que tous les jeunes soient mis en danger par la pornographie. Un ado élevé dans une famille aimante et qui discute avec lui, un lycéen qui a étudié les émois de la Princesse de Clèves et du Rouge et le Noir sait très bien qu’un film de cul est une fiction ne représentant aucunement la réalité de l’amour. Ceux que cette vision brute et brutale met en danger, ce sont les gamins livrés à eux-mêmes,  dans un milieu où les femmes ne comptent pas et où il faut être macho pour s’affirmer. Ca ajoute aux autres risques qu’ils courent… C’est très social, finalement !

Avant la contraception, une femme redoutait les rapports sexuels. La libération du plaisir féminin est la résultante directe d’un meilleur environnement médical.  La loi de 1920 qui  réprimait pénalement toute incitation au contrôle des naissances n’avait aucune visée morale, mais l’ambition de faire naître plein d’enfants pour remplacer les millions de morts de la guerre de 14/18. Napoléon 1er, après avoir fixé la majorité sexuelle des fillettes à 11 ans n’hésitait pas à dire, devant les cadavres de soldats : « Une nuit de Paris remplacera tout ça ». 

Aujourd’hui où la contraception existe et où les femmes sont pour la plupart financièrement indépendantes,  rien ne devrait s’opposer à une vie amoureuse libre, joyeuse, gratuite et diversifiée. Si ce n’est que celle-ci  ne facilite pas la vie des dominants. Les gens heureux et autonomes sont ingouvernables. Tout pouvoir s’appuie sur la frustration, la division et la soumission des citoyens, valeurs dont l’efficacité est déjà démontrée au travail. D’où l’intérêt de maintenir, quoi qu’il arrive,  une frustration amoureuse latente.  Certes, le sexe s’affiche, mais comme le dit cet homme qui le consomme sans illusion, entre deux rendez-vous professionnels, « il y manque le relationnel » et même à terme, l’érotisme : « Je suis excité la première fois. Dès la seconde, ça me semble répétitif. Tout est trop organisé pour qu’on ressente le moindre trouble. C’est juste une détente organique. » 

Alors, l’Amour et ses émotions comme ultime solution ? Certes, si ce n’est que l’Amour, qui devrait être la relation la plus naturelle et la plus épanouissante du monde, un élan spontané et joyeux vers les personnes qui nous plaisent, est  terriblement compliqué par les enjeux de possession, de rivalités et de doutes qui le minent. Ce qui crée, là encore, des frustrations favorables à la société marchande. Quand on a un chagrin d’amour, c’est bien connu, on a envie de claquer du fric ou d’aller chez le coiffeur pour compenser J

Voilà, Elise, pourquoi ce blog  mêle si souvent amour, érotisme et politique. Parce que la façon dont nous vivons nos relations amoureuses est le reflet d’une organisation sociale, et que, j’en suis persuadée, on ne changera pas le monde sans travailler sur nos comportements privés, dont on s’imagine qu’ils sont archaïques ou biologiques, alors qu’ils sont en majorité issus de conditionnements éducatifs et sociaux. Il suffit de voyager un peu pour se rendre compte qu’on aime différemment selon les latitudes et les époques. Mais que,  en revanche, tous les régimes, religieux ou communistes, libéraux ou démocratiques, veulent réglementer la sexualité de leurs concitoyens, tout en laissant se développer le sexe marchand.

Et parmi les questions qui me réjouissent : un exhibitionnisme est puni lorsque quelqu’un porte plainte contre lui. Mais comment se fait-il que celui ou celle qui porte plainte n’est jamais incupé(e)e pour son voyeurisme ?

Sur ce, je vous abandonne  quelque temps. Un peu de soleil, de mer et de Grèce….

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 19:22


LUNDI, début des épreuves du bac, épreuve de philosophie. Je ne peux résister à l’envie de proposer aux lecteurs de ce blog un sujet qu’ils ne devraient avoir aucune peine à réussir.

Carla était d’humour boudeuse. Son second album avait récolté un bide, au mieux un succès d’estime, terme consacré pour ne pas vexer l’artiste à qui son producteur annonce la courbe électro-encéphalogrammique faiblarde de ses ventes. Le premier avait pourtant valu à l‘intéressée moult louanges vantant son timbre de voix « flûté mais sensuel » et  sa pose alanguie sur la pochette du CD, moult commentaires stupéfaits, surpris, étonnés de constater qu’on peut être belle et écrire des textes aussi bien roulés qu’on est bien tournée, ou l’inverse.
Mais là, rien. Le bide, même si le sien gardait la fermeté qui sied à qui avale consciencieusement  des pro biotiques et des vitamines pro fermeté « Madame ne laissez pas les outrages du temps plisser votre ventre. »
Elle décida de consulter son oracle, le grand Jacques, maître incontesté de la communication,  mieux que Maître, gourou, dignitaire, qui se surnommait lui-même le « Com’ missionnaire » et dont la fière devise était « le savoir-faire n’est rien sans le faire savoir, alors que le faire savoir peut pallier un manque de savoir faire. » A coup sûr, elle avait manqué de faire savoir pour son deuxième album.

Elle frappa, ouvrit la porte de l’antre du maître, assis dans la pénombre :
« Ouh, dit-elle, c’est triste ici ».
« Oui, mais c’est gai là »  répliqua-t-il en lui désignant un fauteuil en osier authentique, vestige du tournage du film culte Emmanuelle, dans lequel Carla s’assit en croisant haut les jambes avant d’exposer son problème au Maître. Celui-ci réfléchit et lui dit :
« Tu tombes bien, j’ai deux dossiers en instance… qui pourraient résoudre ton problème et le leur. »
-Raconte.
-  C’est très confidentiel.  Je travaille des deux côtés, tu l’as remarqué, un tour à gauche, un tour à droite. Que veux-tu, le cœur et le portefeuille ne sont pas dans la même poche du costume, mais contrairement à ce d’aucuns imaginent, je ne trahis personne. Je suis capable de servir loyalement chacun de mes clients, y compris toi. Si tu acceptes ma proposition,  je te garantis toutes les Unes de magazines que tu souhaites et le succès de ton prochain album.  En contrepartie, je compte sur ton savoir-faire pour combler mon client numéro 1, mais cette fois ci, pas trop de faire savoir : travaille dans la discrétion et fais fantasmer la nation afin qu’elle se passionne pour votre romance et en oublie le reste.  Le temps venu, je te dévoilerai la suite du programme- le plan B comme on dit aujourd’hui- qui satisfera mon client numéro 2. » 

Commentaire de texte : expliquer en quoi consiste la stratégie de maître Jacques et imaginez le fameux plan B.  En quoi satisfera-t-il le client numéro 2 ? 

Dissertation : «  Le sexe permet aux femmes de prendre le pouvoir, le Pouvoir permet aux hommes de prendre les femmes. » Commentez et discutez ce point de vue à la lumière de l’Histoire passée et présente.

 

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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 14:44

John-Flaherty Cox est un auteur de textes érotiques dont les personnages récurrents-  Diane, Etienne, Paul-  se livrent à d’excitants ébats tout en y mettant du sentiment, ce qui permet de plaire à un public aussi bien libertin que romanesque, même si, parfois, la propension des héroïnes à  dire « je t’aime, je vous aime tous » aux mâles qui les font jouir prête à sourire. Ce n’est pas là-dessus que j’épiloguerai, mais sur le fait que JFC n’imagine que des personnages riches, habitant de superbes loft ou des villas splendides, portant robes et bijoux de marques, conduisant des bolides luxueux et travaillant dans la finance ou les galeries d’art.  « Fais-moi plaisir, lui ai-je demandé un jour, fait baiser Diane avec un livreur de pizzas dans ton prochain bouquin. » Il me l’avait promis, ne l’a pas fait : « J’ai essayé, je n’y arrive pas », m’a-t-il avoué.

Je raconte l’anecdote à l’ami avec qui nous avons parlé de la Révolution (nos sujets de conversation sont très éclectiques), un homme adorable et d’une simplicité totale. Pourtant, il hoche la tête : « Je comprend qu’il n’ait pas pu. Moi-même, quand j’ai des fantasmes, je visionne de superbes créatures en robe du soir, j’associe spontanément l’érotisme au luxe. » Effectivement, je reçois pas mal de textes d’auteurs en mal de publication, et presque à chaque fois, les personnages sont sinon riches, au moins aisés et surtout formatés pour consommer les objets censés se faire pâmer les femmes : « Il a l’argent, il a la voiture, il aura la femme » disait une publicité pour je ne sais quel bolide.  Dans l’inconscient masculin, les femmes sont attirées par l’argent, le luxe et le pouvoir, et comme me disait un ami : « Les hommes ne pensent qu’aux femmes, ils ne cherchent l’argent et le pouvoir que pour les séduire. » D’où la compétition permanente, l’ambition démesurée, le narcissisme médiatique, et  la misère affective de ceux  « qui aimeraient bien avoir l’air, mais qu’ont pas l’air du tout » comme chantait Jacques Brel.

A ceux là, frustrés et persuadés que l’érotisme est un luxe qui ne se conquiert qu’avec du luxe, la société marchande vend des montres, des Palm, des voitures, des parfums, des gadgets qu’ils achètent pour essayer d’au moins ressembler à ces héros et ces puissants capables d’avoir une superbe créature à leur bras malgré leurs rhumatismes, leurs rides, leur gros bide et leur prostate défaillante.

Casser ce couple infernal érotisme/luxe, rappeler que le désir et le plaisir peuvent être libres, joyeux et gratuits pour peu qu’on s’intéresse à la personne plus qu’au personnage, aux êtres plus qu’aux masques, c’est sans doute ce qui m’a amenée à écrire des textes érotiques, comme je l’expliquais dans « Autres désirs, autres hommes ».

« Pas envie des stéréotypes où on a l’impression que la sexualité est une activité à part, réservée à des oisifs qui n’ont rien d’autre à faire, des pétasses du 16è trompant l’ennui en trompant leur mari, des femmes soumises ne sachant jouir que la honte aux joues et la tête dans les feuilles mortes. (Car bien entendu leur Maître, toujours beau et fortuné, les attache en pleine nuit au pied d’un chêne séculaire pour mieux les enculer).
L’EROTISME EST AU COIN DE LA RUE !
Je dédie ce livre aux gens comme vous et moi, qui avons en mémoire des instants où le désir nous est tombé dessus comme un cadeau surprise, des partenaires d’une sensualité devenue torride par la seule brûlure de notre regard sur eux, et même des scénarios érotiques où on joue à se faire peur tout en s’amusant comme des fous car le sexe, on ne le dit jamais assez, est un plaisir parfois d’une drôlerie irrésistible."

On y croise des petits Beurs amoureux, un comédien au chômage, un bachelier homosexuel, une étudiante thésarde, un conseiller culturel, une quincaillière, un  publicitaire, une chercheuse scientifique, un aubergiste corse, un ouvrier mécanicien, un coopérant, une secrétaire ivoirienne…


Dans « Ce qui trouble
Lola » : un photographe, un presque SDF, un étudiant en lettres, des peintres en bâtiment, un barman, une confiseuse, un cancérologue, un informaticien, un décorateur, un représentant en lingerie et godemichés, des rockers, un balnéothérapeute,

Dans « Les latitudes amoureuses » : un médecin, un commercial, une artisane en bijoux, des fêtards parisiens, des musiciens et étudiants cubains, une infirmière, un architecte, un aventurier australien.  

L’érotisme n’est alors plus un luxe, ni une conquête, mais une exploration d’univers infiniment variés et multiples, où le désir et le plaisir sont finalement accessoirement sexuels et beaucoup plus jubilatoires, liés à l’alchimie de rencontres dont chaque personnage, outre des organes sexuels en parfait état, a aussi un cerveau,  une culture, un passé, un métier et des questionnements qui en font un être unique et précieux. Indépendamment de son statut social et de son argent.

Ca n’a pas l’air, mais c’est extrêmement politique…

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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 19:13

C’est une infirmière dévouée travaillant dans un service de soins palliatifs, présidente d’une association de parents d’élèves, militante contre la misère sociale et qui trouve encore le temps d’aider ses voisins et de faire la quête pour diverses ONG. Une femme solide,  mère de deux fils, mariée à un militant aussi actif qu’elle. Qui un jour la trompe avec une étudiante rieuse et écervelée dont elle dit : « Ce n’est pas qu’il la baise qui me navre, il a connu d’autres écarts, c’est de penser qu’il a craqué pour une écume de fille qui ne lui apporte rien que du vent léger. Est-ce donc cela dont il avait besoin ? »

Et elle ajoute : « Je travaille dans un service où il meurt deux patients par semaine, je m’occupe de cas sociaux à la mairie où je côtoie d’épouvantables misères, je lis le bulletin d’Amnesty International où on raconte d’horribles atteintes aux droits de l’homme. Tout ça me hérisse, me révulse, me révolte, mais la seule chose qui m’a fait mordre mon oreiller en pleurant,  avec l’envie de mourir là, tout de suite et sans regrets, c’est l’idée que mon mec en aime une autre. Non, même pas, je dis une bêtise. C’est l’idée qu’il a manqué de quelque chose que je n’ai pas su lui apporter. Dérisoire, non ? On ne souffre vraiment que lorsqu’on a son petit ego mis en cause. »

J’ai créé ce personnage dans un roman (non encore publié) à force d’entendre ce genre de récits. Le chagrin d’amour a ceci de particulier, me disait le dessinateur Reiser, qu’on souffre comme un malade sans l’avoir mérité. On ne comprend pas pourquoi on a été aimé et pourquoi on ne l’est plus. Parce qu’il n’y a aucune explication. On n’a rien fait de merveilleux pour être aimé, rien fait d’épouvantable pour ne plus l’être. Généralement. (Il y a des exceptions).   

« Le premier chagrin d’amour est une abomination parce qu’il oblige à faire le deuil de l’absolu à un âge où on est généralement épris d’idéaux. Certaines personnes poursuivent cet idéal impossible toute leur vie. Pour l’adolescente que j’étais, ce fût comme lorsqu’on révèle à un enfant que le Père Noël n’existe pas. Il n’y croit plus jamais mais continue d’aimer Noël, la fête et les cadeaux. Au sortir de ce chagrin, je ne croyais plus au Prince charmant, mais j’ai continué à aimer l’amour et ses cadeaux…. Je suis en fait tombée très vite amoureuse d’un autre, puis d’un autre, et d’un autre encore… et cela me ravissait à chaque fois de constater que le cœur, que l’on croit blessé à mort au moment du chagrin, ressuscite si vite, avec un enthousiasme intact… Je me suis émerveillée de ma capacité à rebondir et au fil des chagrins, j’ai appris à ne pas lutter contre le désarroi, à le laisser m’envelopper comme un manteau d’abord très lourd, puis de plus en plus léger, jusqu’à ce que tout simplement il s’envole…. (Aimer plusieurs hommes p. 19/20)

Voilà Caroline, ce que vous pouvez dire à votre amie : « On croit souvent mourir d’amour, mais on survit généralement ».  Et dans un mois, dans un an, elle se demandera comment elle a pu se mettre dans un état pareil pour un homme qui ne LA méritait pas.

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 12:23

Comme il y a les cafés philo, les cafés de la Science, ou les cafés psycho, il existe un Café de l’amour depuis… 4 ans !  J’y suis invitée lundi 21 avril à 20h pour débattre de l’Amurrr, objet de tant de questions chez les

hommes et les femmes qui participent à ces soirées ponctuées d’exercices et de jeux, pour tenter d’aimer ou d’être aimé(e)s mieux qu’ils ou elles ne le sont.

Je parlerai de l’application des principes écologiques à nos relations amoureuses, idée que j’avais déjà développée l’été dernier dans le Nouveau Consommateur, magazine dont je vous recommande fortement la lecture. Dans une approche écologique, faire l’amour, loin de se réduire à un objectif, devient un moyen privilégié de mieux se connaître. Il s'agit d'appréhender l'autre dans sa globalité, cet homme ou cette femme qui nous plaît avec sa peau, ses parfums, son langage et tout son univers. Privilégier le naturel, diversifier les énergies, respecter les rythmes biologiques et la diversité, tel sera, en partie, le programme de cet atelier/café/partage.

Ca se passe à la librairie Les cent ciels, 12, rue Jean Aicard, 75011 Paris. Métro Saint-Maur ou Ménilmontant.  Pour réserver (impératif, le lieu est petit)  connaître les tarifs et en savoir plus sur ces cafés de l’amour :  0612782630 ou cafedelamour@mac.com


 

 

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 21:07

Conversation avec O…, ami de longue date, toujours amoureux, puis en désamour, toujours en recherche. Il se demande pourquoi, lorsqu’il s’entend si bien avec une femme qu’il a envie de vivre avec elle « C’est moyen au lit » et pourquoi celles avec qui c’est sexuellement magique ne tiennent pas la distance au quotidien.

« Symptôme très fréquent, mon cher, d’où l’intérêt des amours plurielles qui savent faire la différence entre les différentes alchimies  amoureuses et ne les mettent pas en rivalité. » « J’aimerais pourtant tout trouver chez la même femme » insiste-t-il.C’est cela, oui, et que tu lui apportes tout aussi ? Un peu présomptueux, non ? Et à mon sens  presque impossible. » « A cause de la routine conjugale ? « Non, je ne crois pas à la routine. Les habitudes, quand elles sont des rituels, restent délicieuses, on ne les appelle routine que si on s’ennuie. Mais c’est parce qu’on s’ennuie qu’on les appelle « routine », pas parce qu’elles sont de la routine qu’on s’ennuie, tu comprends ? » « Tout à fait, depuis des années, je savoure mon café du matin et ça ne m’ennuie jamais ». « Exactement. Pour ta difficulté à conjuguer conjugo et Dunlopillo torride, j’ai deux théories. La première esquissée dans « Le jeune homme au téléphone », quand David, le jeune homme, confie à la femme du téléphone :

« Je joue avec de belles inconnues, je suis amoureux de Caroline avec qui je n’arrive ni à jouer ni à me livrer vraiment et je me livre à vous dont je ne suis ni amant ni amoureux. Parfois je me trouve un peu bizarre, comme si je cherchais à me protéger en ne m’abandonnant jamais complètement à une seule et même personne. » Ne pas te laisser aller sexuellement quand tu t’abandonnes affectivement et intellectuellement, c’est en quelque sorte te protéger, car l’amour rend vulnérable… A l’inverse, tu t’abandonnes sexuellement avec une femme dont tu ne partages pas la vie, car l’un et l’autre gardez alors suffisamment de mystère pour vous désirer. Le mystère est nécessaire au désir. »

L’autre théorie est que la nature, dans sa grande sagesse, rend le désir moins impérieux dans le couple, qui est projet trop important pour ne dépendre que du sexe, comme l’explique son ami cancérologue à Lola dans « Ce qui trouble Lola » :

 « Il n’y a qu’à toi que je peux raconter cela, murmure Luc à Lola… Tu imagines la tête de mes collègues s’ils apprenaient que l’éminent professeur de biologie moléculaire se fait fesser après avoir rendu visite à une amie qui se meurt, ils me prendraient pour un malade …» Luc touille lentement  le sucre dans son café … tout en tournant la cuillère, il  murmure qu’après une telle séance, il se sent si bien qu’il peut retourner dans la vraie vie, rentrer chez lui et écouter Christine lui raconter une journée difficile, mais il dit « la vraie vie » et se demande parfois pourquoi ces moments intenses avec Victoire ne seraient pas aussi la vraie vie… (et) quelques autres aussi, comme avec Lola, l’été dernier : « Tu sentais le caramel au lait, c’était ton parfum vanille je crois, je sortais de la cuisine avec la cafetière, tu me l’as ôtée des mains, posée  par terre en t’agenouillant … c’était une gâterie délicieuse, inattendue… « Et avec Christine,  tu ne joues pas comme avec Victoire ou avec moi ? »  « Non.  Tu ne peux pas jouer quand il y a un enjeu trop fort, et le couple, c’est cinquante millions d’enjeux trop forts,  un projet de vie, des enfants, de l’argent,  du pouvoir…..  «Et si tu vivais avec Victoire ? » Luc éclate de rire : « Surtout pas !  Ce que je dis n’a rien à voir avec Christine, il a à voir avec les enjeux du couple. Si je formais un couple avec Victoire, mêmes enjeux, mêmes effets, adieu nos délires ! Victoire adore son mari mais ne joue pas non plus avec lui comme avec moi. Si on habitait ensemble comme des colocs, en poursuivant nos délires, ce serait d’abord délicieux puis très vite invivable, je ne ferais plus que ça, je n’irais plus au labo, je ne verrai plus mes amis et un jour je lui en voudrais de m’avoir dévoré comme une mante religieuse. » Luc baisse la voix : « Parfois, quand on se quitte, on est pressé de rentrer chacun chez soi, tellement sidérés de ce qu’on arrive à faire ensemble qu’on a besoin de laisser décanter.  La vie est un subtil équilibre, tu ne peux pas vivre en permanence dans la pulsion, ce serait épuisant, mais je pense que c’est tout aussi destructeur de la réprimer sans cesse.  C’est générateur de violence envers les autres ou contre soi, parfois je me demande si les cancers ne sont pas la maladie des sociétés frustrées, les cellules malignes sont dites « anarchiques »,  ce n’est pas un hasard … » 

« Intéressant, murmure O. Mais va faire comprendre cela à une femme ! »

 

Erreur, mon cher !  Au festival Sciences Frontières, tandis que mon voisin dédicaçait son traité d’économie positive, je signais à tour de bras « Aimer plusieurs hommes » en justifiant la présence de ce livre sur le stand : « La monogamie est le reflet d’une société capitaliste basée sur la possession, le pouvoir et les solutions « mono » : tout-nucléaire, tout génétique, monogamie. Dès lors qu’on prône la biodiversité et la non appropriation du vivant (refus de breveter les gènes) la diversité amoureuse qui refuse de s’approprier un être, est curieuse des autres et ne jette pas un amour existant sous prétexte qu’un nouveau apparaît  est une solution écologique. Ajoutons que si la monogamie vous oblige à n’avoir qu’un seul amour, la biodiversité amoureuse ne vous oblige pas à en avoir plusieurs mais vous laisse le choix. Elle respecte donc les variations du désir comme l’écologiste respecte le cycle des saisons. »

A ce discours un tantinet provocateur, j’avoue, j’ai eu le plaisir de voir nombre de femmes chuchoter « 100% d’accord avec vous » et un certain nombre  me confier qu’elles vivent déjà cette diversité amoureuse tout en aimant leur compagnon, et s’en trouvent très bien, beaucoup plus épanouies. Une jeune fille de 21 ans m’a avoué : « En vous écoutant, ça me donne envie d’aimer, alors que jusqu’ici, l’amour me faisait peur, m’apparaissait comme une prison. »

Là encore, c’est une question de changement de mental. Ce qui semble iconoclaste aujourd’hui – et je ne vous dis pas il y a 30 ans !- semblera tout à fait naturel dans quelques années sans doute, et j’espère que les heureux pluriamoureux, se souvenant de moi, m’allumeront un cierge bio parfumé aux huiles essentielles d’Ylang-Ylang J

 

 

 

 

 

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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 19:44

 

Lumière ambrée, bar tranquille à l’heure du crépuscule. Elle lève son verre, sourit à l’homme de profil.  Il sourit aussi, creusant les petites rides de chaque côté de ses lèvres, plissant soleil ses yeux… Tous deux sont juchés sur de hauts tabourets. Ils bavardent sans hâte, se racontent après des mois d’absence. Les mois ne sont rien au regard de tant d’années. Elle parle avec les mains, envol de doigts en ombres chinoises, qui se posent sur la cuisse de l’homme, reconnaissent sa chair à travers l’étoffe du pantalon.
Et lui, soudain bouche contre la sienne, morsure, puis calme. Elle adore la brusquerie de ses baisers, ses impulsions gourmandes. Il se concentre sur la caresse qui se promène dans son dos et glisse sous la chemise. Le barman spontanément leur ressert un verre. Il l’avale d’un trait, jette un billet sur le marbre. « Viens, on s’en va ». Elle le suit comme une évidence, sans demander où. Il grimpera quatre à quatre les étages, ouvrira la porte comme on fracture un coffre fort. D’un geste large il fermera les rideaux de la chambre, ouvrira le lit,  puis sa robe. Ils se retrouveront.

Autre lieu, autre amant contre lequel se blottir, reconnaître son odeur et la veine qui palpite à la base du cou, ses mots doux qui la rendent belle. Son désir contre lequel elle se heurte et se frotte, heureuse de l’épanouir encore. Il sourit mi-fier, mi-gêné en dévoilant l’animal à tête casquée qu’elle recouvre de sa paume et presse doucement… Elle se souvient de ce qu’il lui a déjà fait,  l’eau lui en vient à la bouche et ailleurs. Elle marche vers l’homme, le force à reculer, l’abat sur son lit où il s’abandonne bras en croix et yeux clos. Minutieusement, elle redessine le paysage de son corps,  familier et différent. Il comporte de nouvelles pistes, d’infimes fissures à explorer, un tremblé nouveau sur une courbe. Avec la précision d’une lecture en braille, la pulpe de ses doigts déchiffre ce que la peau a vécu et lui raconte. Elle reprend ses marques sur ce territoire comme on parcourt un chemin connu, en s’étonnant d’y trouver des herbes nouvelles, des sillons creusés par la pluie comme sur les visages les sillons des larmes. Elle embrasse son cou, son torse, son ventre. Elle le goûte, il se laisse dévorer.

Au milieu des nuages, un éclair dans la rue,  regard émaillé, familiarité d’une silhouette qui s’avance vers elle au milieu de la foule.

Avant qu’elle ne l’ait reconnu son cœur l’avait vu, s’était mis à battre plus fort. Dix mètres à parcourir avant qu’il ne la prenne dans ses bras. Suffisant pour qu’elle se concentre sur le plaisir de se dire qu’il lui plaît, qu’il est beau, encore, toujours… Beau des années passées, des confidences échangées, du désir et des secrets partagés de leurs deux plaisirs. De leur capacité à jouer ensemble.

« Finalement, finalement, il leur fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes »

 

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 13:18

undefinedSoirée d’été dans le Vercors. J’ai 15 ans et demi, la famille qui me reçoit en vacances en a invité une autre dont le fils est réputé pour son succès auprès des filles. « C’est un salaud » résume rapidement ma copine E.  A l’époque, pour les filles, était salaud tout garçon qui flirtait sans être amoureux. J’étais fleur bleue mais les salauds m’intéressaient, je pressentais qu’ils apportaient d’autres émotions que l’amour dont je rêvais néanmoins. J’avais expliqué la différence à ma copine avec une référence « people » comme on ne disait pas encore : « Tu vois, Adamo, on l’épouserait volontiers, tandis que Dutronc, ce serait plutôt un amant. » La malheureuse avait été horrifiée qu’on pût envisager d’avoir un mari ET un amant.

Après le dîner dans le jardin, guirlandes d’ampoules accrochées aux arbres, odeur de forêt, exquis frisson sur la peau de la fraîcheur du soir, on avait dansé. Le garçon, un grand brun au sourire ravageur- j’ai encore une photo de lui, effectivement craquant- m’avait invitée pour un slow : « Un monde fait pour nous », Hervé Vilard, des paroles à faire fondre toute midinette « un monde à la mesure de notre chance, à la mesure de notre amour, un monde fait pour nous ».  « J’adore cette chanson » avais-je murmuré, blottie contre le torse du jeune homme. J’ai encore dans l’oreille le son de sa voix répondant « Elle est terrible, mais je préfère Capri ». Il préférait la chanson de la rupture, moi celle de l’amour fou, mais peu importait, j’étais bien dans ses bras et sa voix grave, profonde,  émettait les bonnes vibrations.

Deux heures plus tard, après le coucher des parents, après une balade dans la forêt obscure qui m’avait donné une excuse pour m’agripper à sa main, après ses ongles sur ma nuque, griffure légère et trouble intense, ce garçon fût mon premier baiser. undefined
Je me souviens de ses lèvres qui semblaient argentées sous la lune, de mon cœur prêt à tomber amoureux mais rapidement parasité par les mains masculines cherchant à s’introduire sous mon pull, à saisir mes seins, à remonter sous la jupe… tant et si bien qu’au lieu de fondre, je ne cessais de me répéter « Mais quels excités, ces garçons, quels excités »  phrase qui peu à peu prenait le pas sur mes émois et m’éloignait du jeune homme qui ne se doutait de rien.

Deux ans plus tard, sous ma fenêtre, trois garçons discutaient en riant.  Un brun, un châtain, un blond. Premier flirt, premier désir, premier amant. J'en ai parlé dans "Des désirs et des hommes". Je les regardais et me sentais immensément riche des sensations différentes éprouvées avec chacun d’eux, immensément riche de connaître leurs trois peaux, immensément riche de les regarder tous trois, copains et pas rivaux- savaient-ils seulement que j’étais leur point commun ?- et de me dire que je recommencerais volontiers avec chacun l’itinéraire enrichi de quelques étapes nouvelles. J’avais mis deux ans à parcourir la carte du Tendre et me sentais à présent l’âme baroudeuse.

undefinedTout ceci m’est revenu en écoutant un CD : « Cri du cœur » d’Hervé Vilard.( 2004) Depuis « Capri », je n’avais retenu du chanteur que cette redondance réjouissante dans sa chanson « Mourir ou vivre »: « De nouveau, on me quitte encore » à rapprocher du fameux « C’est à l’amour auquel je pense » de Françoise Hardy. Pléonasme sortez des rangs…

« Cri du cœur » ce sont des chansons/poèmes  de Marguerite Duras (India Song) Maurice Fanon (l’écharpe), Jean Genêt (le condamné à mort), Bertold Brecht (Alabama Song), Aragon (les mains d’Elsa) Pablo Neruda (Cuerpo de Mujer) et j’en passe, superbement interprétés par Hervé Vilard, dont la photo d’homme mûr, à l’intérieur du livret est un baume au temps qui passe tant cet homme, avec l’âge, a gagné en séduction et pétillante intelligence.

Et puisqu’on en est aux chansons rares, je cherche désespérément, même Internet ne donne rien, un titre de Serge Lama dont les premiers couplets disent :

« Tu enlèves ton jupon noir, comme un masque enlève son loup, ton mari au fond du couloir, S’il savait en serait jaloux. Des étincelles de printemps, me montent des reins jusqu’au cœur, y a que les femmes de 30 ans, pour vous donner tant de bonheur. »  Si quelqu’un a une piste, je suis preneuse.


 

 



[1]Cf  « Premiers émois » dans « Des désirs et des hommes »

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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 12:02

paris.jpgJe suis allée voir « Paris », le dernier film de Cedric Klapish.  Le pitch : un jeune homme (Romain Duris) atteint d’une grave malformation du coeur attend une transplantation cardiaque. Du coup, il regarde plus intensément la vie. » Sa vie, c’est Paris, pas le Paris bo-bo (comme dit la marionnette de Delanoë dans les Guignols « Honteux, ce film, on n’y parle pas de Paris-Plage, on n’y voit pas un Velib’ ! ») Effectivement. On y voit Paris et des gens qui ne sont ni dans la com’, ni dans le cinéma, ni dans la presse : une assistante sociale, un prof de fac, un sans-papiers camerounais, un architecte, une étudiante, des forts des Halles, un marchand de légumes, une boulangère, un SDF, etc. Tout ce monde se croise comme dans un film de Lelouch où d’un puzzle éparpillé surgit finalement l’histoire.  Dans « Paris », il n’y a pas d’histoire, plutôt des histoires. Comme me dit une cousine : « Des gens simples qui vivent des choses compliquées ». En fait, pas si compliquées, juste le menu fretin de nos vies, avec leurs contradictions et leurs émotions. Cedric Klapish l’a-t-il fait exprès ou inconsciemment ? Les hommes qui se veulent forts apparaissent fragiles, souvent un peu cons, les femmes qui assurent énergiquement au quotidien laissent affleurer une solitude poignante dès qu’elles se lâchent. Et par dessus tout cela, deux constantes : le désir qui surgit n’importe où en regards, en étreintes brèves, en séduction (sublime strip-tease de la merveilleuse Juliette Binoche,  assistante sociale dans le film, qui dégage plus d’érotisme en s’effeuillant de son jean, son pull et ses baskets qu’une danseuse du Crazy !) désir qui reste la seule parade à la grisaille quand le reste fout le camp. Pourquoi les hommes et les femmes sont-ils encore à se désirer ? Parce que, sans doute, c’est le seul moment où rien n’a plus d’importance que l’autre, que son corps, ses regards et la lumière qu’on essaie d’allumer dans ses reins. undefined
Moment magique, bref, selon l’expression d’un de mes potes, grand séducteur : « D’abord elles exultent, très vite elles exigent. »

L’autre constante, après Eros, est forcément Thanatos : le regard et le sourire de Duris partant à l’hôpital en taxi et se disant (en substance, je n’ai pas la phrase exacte en tête) : »Ils ne se rendent pas compte la chance qu’ils ont de simplement flâner dans la rue, marcher où ils veulent, râler… » Un tel message, répondant à mon billet « Le temps d’apprendre à vivre » ne pouvait que me toucher…

undefinedEncore quelques lignes pour parler de l’enquête sur la sexualité des français qui fait grand bruit. D’abord pour en souligner les écarts de commentaires. Sur France 2, on nous affirme que l’âge moyen du premier rapport sexuel n’a pas changé en 30 ans : un peu plus de 17 ans, pour les filles comme pour les garçons.  Je le crois volontiers, en 1972 une enquête avait donné ces chiffres... que le Nouvel Obs a zappé, puisqu’il affirme que l’âge moyen a baissé de plus de 3 ans chez les filles !

Ce sont d’ailleurs les filles, les femmes, que l’enquête présente comme de nouvelles Amazones, à l’aise dans leur petite culotte comme d’autres dans leurs baskets, en citant des chiffres sur le nombre de partenaires, leurs pratiques, etc.  Ce genre d’enquête me laisse sceptique : où faire la part de la vérité et celle de la mode ? Autrefois, si j’en crois un certain nombre de biographies intimes et de confidences de vieilles dames (j’ai travaillé plusieurs années dans un magazine pour « vieux »), les femmes avaient des amants et des enfants adultérins dont elles faisaient prudemment porter la paternité au mari. Cela ne se disait pas, on affirmait haut et fort être fidèle. Aujourd’hui, il est mieux porté de s’affirmer libérée. La parole s’est incontestablement « décomplexée », donc avouer quelques amants, ça le fait. Je suis presque sûre d’ailleurs qu’elles en ont avoué moins que la réalité, non pas parce qu’elles ne s’en souviennent pas comme elles le prétendent, mais parce que, aujourd’hui encore, s’il est bon de paraître à l’aise avec le sexe, mieux vaut ne pas  sembler trop salope… Des « salopes », les hommes en rêvent lorsqu’ils écrivent des textes sexuels ou parlent sur les forums du Web, mais pas chez eux.

Pour obtenir la parité dans la sexualité considérée comme un sport de combat, écrit le Nouvel Obs, les femmes souffrent d'un lourd handicap : les hommes paniquent dès qu'elles se montrent performantes. «C'est moi qui ai dragué mon mec, dit une Lyonnaise. Je lui ai pris la main au cinéma. Il me le reproche encore cinq ans après. Il a peur que je fasse ça avec d'autres.» Les prédatrices ne font pas recette. Malgré les progrès de l'émancipation, le temps n'est pas encore venu. 

Une petite analyse de texte montre ô combien le temps n’est pas venu.

La sexualité considérée comme un sport de combat : ne vient-il pas à l’idée du journaliste qu’on peut « Aimer plusieurs hommes » undefined
avec des sentiments et une qualité relationnelle et pas forcément pour aligner les conquêtes, consommer du sexe ?

Les hommes paniquent dès qu’elles se montrent performantes : que vient faire ici la performance, sinon conforter l’idée que le sexe- idée ô combien mercantile et macho- est une activité à rentabilité obligée. Ne vient-il pas à l’idée du journaliste d’écrire « dès qu’elles se montrent spontanées ? »

Les prédatrices ne font pas recette : une femme qui exprime son intérêt ou son désir pour des hommes n’est pas sensuelle ou sympathique, c’est une « prédatrice ». Au secours !

Un peu plus loin dans l’article, le journaliste considère que la difficulté des femmes âgées à trouver des partenaires vient des préjugés sur l’âge. Sans doute en partie. Mais aussi- eh oui, mon bon monsieur, vous êtes fragiles- parce que passé 70 ans, il y a un net déficit d’hommes, ceux-ci étant plus enclins à mourir prématurément.

Ces enquêtes m’amusent d’autant plus qu’il m’est arrivé d’y répondre n’importe quoi, au point d’être rappelée par le directeur d’enquête, affolé à l’idée que j’ai pu avouer tant de perversions (que je ne pratiquais d’ailleurs pas toutes…).

Certaines ambiguïtés sont aussi très réjouissantes, comme celle-ci. Pénétration anale : 37% des femmes ont essayé, ainsi que 45% des hommes. Mais essayé comment ? Comme pénétrants ou pénétrés, par un homme ou par une femme ?

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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 20:02

Tellement triste, le garçon,  quand sa copine l’a quittée, que son corps ne répondait plus à aucune caresse : « j’aurais la plus belle fille du monde entre les bras, je ne saurais qu’en faire ». Tellement heureuse la fille, quand elle a su que ses analyses étaient bonnes, que sa foutue maladie était une histoire finie, finie, finie… Elle riait : « je baiserais bien un réverbère pour fêter ça ! », elle qui depuis des mois, dans l’inquiétude des symptômes qui la minaient, n’aurait pas remarqué le plus beau garçon du monde. Désir fragile, si sensible à l’air du temps qu’il va, vient, disparaît et renaît. Pas linéaire. Fluctuant, liquide, insaisissable… Même le Viagra ne peut rien contre l’absence de désir, il se contente de rendre palpable le désir tapi dans un coin du cœur ou du cerveau.

En période d’eaux basses, les photos les plus excitantes semblent  ridicules ou vaguement dégoûtantes, les textes les plus érotiques,  les plus suggestifs, donnent le sentiment que le sexe, somme toute, est une activité assez grotesque. En période d’eaux basses, le désir ne manque pas. Il n’est pas là, tout simplement. On n’en meurt pas. On n’y pense pas.

En période de printemps,  un soupir derrière une cloison, un talon qui claque sur un trottoir ensoleillé, un échange de regard de trois dixièmes de secondes, quelques mots, n’importe quelle image suffisent à rappeler qu’il n’y a rien de plus important que le désir, rien de plus vital, rien de plus obsédant.

Curieuse énergie dont l’absence ne crée aucun manque et dont la présence engendre aussitôt le manque.

 

Un réverbère, disait la jeune fille, il me faut un réverbère…

 

 

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